Politique européenne de la Suisse
Du refus du Traité de l'EEE à la conclusion des négociations
bilatérales avec l'UE (1992-1999)
(Dieser Text ist nur auf französisch verfügbar.
Ce dossier comprend
les textes intégraux concernant la politique d'intégration européenne
de la Suisse publiés dans l'Année politique suisse (APS) depuis
1992. A cette fin, sept éditions consécutives ont été
réunies, ce qui constitue une première. Les textes n'ont pas été
modifiés de façon significative, si ce n'est la suppression des
notes de bas de pages citant les sources et la réorganisation hiérarchique
du texte à des fins de meilleure vi-lisibilité. Par ailleurs,
l'édition imprimée de l'APS met également à disposition
une sélection bibliographique qui permet d'approfondir une recherche
éventuelle .
1992 aura été
l'année de l'Europe pour la Suisse. Durant douze mois, la question de
l'adhésion à l'EEE ou à la CE a monopolisé l'attention
de la classe politique et des médias. Après la signature du traité
EEE puis le dépôt d'une demande de candidature pour adhérer
à la CE, la campagne référendaire qui s'est étalée
sur plusieurs mois a soulevé les passions; le taux de participation,
proche des 80%, en témoigne.
Suite à l'avis
de la Cour de Justice de la CE (CJCE) du mois de décembre 1991 au sujet
du traité EEE, qui concluait à l'incompatibilité de la création
d'une Cour de justice de l'EEEavec le texte du traité de Rome, les
délégations des pays de l'AELE et de la CE ont dû renégocier
certaines dispositions du volet juridictionnel. Les enjeux principaux de cette
révision résidaient dans la préservation maximale de l'homogénéité
du droit de l'EEE - l'uniformité de son interprétation et de
son application - et dans le règlement des différends. Ayant
rapidement admis qu'il n'était plus envisageable d'établir une juridiction
commune chargée d'interpréter les dispositions du traité,
les négociateurs de l'AELE, tout particulièrement suisses, ont surtout
insisté sur l'instauration d'un mécanisme d'arbitrage paritaire
permettant de relativiser la "soumission aux juges étrangers" de la CJCE.
Après deux mois d'âpres négociations, la CE et les pays de
l'AELE ont finalement abouti à une solution de compromis sous la forme
d'un mécanisme juridictionnel complexe en remplacement de la Cour de l'EEE.
Il a ainsi été prévu que les tribunaux nationaux de l'AELE
interpréteraient eux-mêmes le droit de l'EEE, mais conformément
à la jurisprudence de la CJCE établie jusqu'à la date de
la signature de l'accord; cependant, ils n'ont pas l'obligation formelle de suivre
la jurisprudence ultérieure. En cas de différend relatif à
l'application du droit de l'EEE dans les pays de l'AELE (application des tribunaux
nationaux sans l'aide de la CJCE ou dans le cas où ceux-ci ne suivraient
pas la nouvelle jurisprudence de la CJCE), la recherche d'un règlement
entre la CE et les pays de l'AELE devrait se faire au sein du Comité
mixte de l'EEE , chargé de la mise en oeuvre du traité. Si les
partenaires n'arrivaient pas à se mettre d'accord au sein du Comité
- qui devra se tenir au courant de l'évolution de la jurisprudence de la
CJCE -, deux solutions seraient envisageables. Premièrement, ils pourraient
demander d'un commun accord à la CJCE de se prononcer sur l'interprétation
correcte; deuxièment, la CJCE n'est pas sollicitée et, dans cette
hypothèse, les pays de l'AELE auraient la possibilité d'adopter
des clauses de sauvegardetandis que la CE serait autorisée à
prendre des mesures de rééquilibrage(adoptées en réponse
à une mesure de sauvegarde des pays de l'AELE) ou des mesures de suspensionà
l'égard de tous les pays de l'AELE pour la partie concernée du traité.
Un différend au sujet des clauses de sauvegarde ou des mesures de rééquilibrage,
notamment leur proportionnalité, sera soumis à un tribunal d'arbitrage
ad hoc , composé de façon paritaire et dont la décision
sera contraignante. En revanche, les mesures de suspension ne pourront pas être
soumises au mécanisme d'arbitrage. En cas de différends concernant
le développement futur du droit de l'EEE , le règlement aura
lieu à un niveau strictement politique, au sein du Comité mixte
de l'EEE: si un pays de l'AELE s'oppose à la reprise d'une règle
communautaire, la CE sera en mesure de suspendre l'application de la partie concernée
du traité.
D'autre part, une Cour de justice de l'AELE a été instituée;
elle aura notamment pour tâche de régler les conflits internes à
l'AELE et d'accorder aux entreprises de l'AELE, en matière de concurrence,
des garanties juridictionnelles semblables à celles qui existent dans la
CE. Cependant, seuls les différends concernant des affaires réalisées
pour 33% au moins sur le territoire des pays de l'AELE et dépourvus d'effets
sur la CE seront soumis à la Cour de l'AELE. Pour le reste, les entreprises
des pays de l'AELE devront s'adresser à la CJCE.
Quelques jours après la conclusion de ce compromis, la Commission européenne,
suite à une résolution du Parlement européen qui avait exprimé
certaines critiques à l'égard du traité, a encore une fois
demandé à la CJCE de se prononcer sur la conformité des
nouveaux articles de l'accord EEE avec le traité de Rome. Au début
du mois d'avril, à la satisfaction du Conseil fédéral et
des négociateurs suisses qui avaient déjà laissé entendre
leur appréciation positive du traité révisé, les magistrats
de la CJCE ont rendu un verdict favorable sur la conformité de ces deux
textes. Elle a cependant émis quelques réserves, notamment en soulignant
que le Comité mixte ne pouvait en rien contredire la jurisprudence communautaire.
Même si dans l'ensemble, l'aboutissement de la révision du traité
EEE a plutôt été bien accueillie par les partis politiques
et les divers acteurs socio-économiques, une majorité des commentaires
a souligné que la renégociation des dispositions juridiques avait
accentué le déséquilibre du volet institutionnel en faveur
de la CE. Certains, le PS notamment, ont déclaré que la nouvelle
version de l'accord n'avait fait que renforcer son caractère transitoire.
Pour leur part, le PRD et le PDC se sont montrés satisfaits de la conclusion
du traité, alors que l'UDC a annoncé qu'elle s'y opposerait très
vraisemblablement. A la mi-avril, les négociateurs en chef des délégations
de la CE et des pays de l'AELE paraphaient le traité EEE; deux semaines
plus tard, les gouvernements des 19 pays européens le signaient.
Durant les mois
de février, mars et avril, une large discussion s'est ouverte, aussi
bien dans la presse, dans les partis qu'au sein même du Conseil fédéral,
sur la stratégie européenne que devait suivre le gouvernement:
devait-il déposer une demande d'ouverture de négociations en
vue d'une adhésion à la CE avant ou après le vote du
peuple suisse sur le traité EEE ? Les opinions étaient très
divergentes à ce sujet. Afin d'obtenir de plus amples informations sur
la politique d'élargissement de la CE et d'informer leurs partenaires
sur le processus de ratification en Suisse, le Conseil fédéral
a multiplié les contacts avec les Etats membres de la CE et la Commission
européenne. Les conseillers fédéraux en charge du dossier
se sont ainsi rendus à Bruxelles, où ils ont rencontré
J. Delors, président de la Commission européenne, à Londres,
à La Haye et au Portugal, dont le gouvernement assumait la présidence
du Conseil des ministres.
Les partisans d'une demande rapide, parmi lesquels les chefs du DFAE et du DFEP,
ainsi que les principaux hauts fonctionnaires qui avaient participé à
la négociation du traité, ont avancé comme
principal
argumentla possibilité de participer en même temps que les
trois pays neutres de l'AELE aux futures négociations sur l'élargissement
de la CE [
(1)]. La capacité d'influencer la
construction européenne a également été mentionnée
par les partisans. De plus, en cas de refus populaire du traité EEE,
il ne serait plus possible de déposer une candidature d'adhésion,
ce qui fermerait les portes à tout rapprochement ultérieur avec
la Communauté. Les opposants à une telle demande avançaient
essentiellement qu'un dépôt rapide ruinerait les chances d'un vote
favorable sur l'EEE.
Lors de la session parlementaire du mois de mars, le Conseil des Etats a adopté
par 22 voix contre 15 un postulat Weber (AdI, ZH) qui invitait le Conseil
fédéral à examiner le dépôt immédiat
d'une demande d'adhésion de la Suisse à la CE et à
en informer le parlement avant le début de la session d'été.
La majorité des sénateurs a estimé qu'une telle demande
clarifierait le débat sur l'Europe et permettrait une plus grande transparence
pour les citoyens dans l'orientation de la politique européenne du Conseil
fédéral. Par la suite, le groupe de travail parlementaire "Communauté
européenne", composé de 45 députés, a fait savoir
qu'il était favorable au dépôt immédiat d'une demande
d'ouverture de négociation avec la CE. Les partis socialistes des cantons
romands ont exprimé la même requête dans une résolution
envoyée au Conseil fédéral.
Après plusieurs mois d'hésitations et de tergiversations, le Conseil
fédéral a décidé, au lendemain du vote positif sur
l'adhésion aux institutions de Bretton Woods, à une majorité
de 4 - R. Felber, J.P. Delamuraz, A. Ogi et F. Cotti - contre 3 de déposer
une
demande d'ouverture de négociations en vue d'une adhésion
à la CE [
(2)]. Les conseillers fédéraux
ont justifié leur décision en soulignant plusieurs raisons. Tout
d'abord, il était important pour la Suisse de prendre position avant
le sommet de la CE à Lisbonne au mois de juin qui devait traiter de la
question de l'
élargissement de la CE . D'autre part, cela permettrait
de participer avec les trois autres pays de l'AELE aux futures
négociations
sur l'adhésion à la Communauté . Enfin, en adhérant
à la CE en 1996, il serait possible d'
influencer la redéfinition
des structures communautaires qui devrait intervenir à cette période.
A la fin du mois de mai, la lettre de candidature de la Suisse a été
officiellement transmise au Conseil des ministres de la Communauté.
La décision du Conseil fédéral a suscité des
réactions
très partagées . Les dirigeants des partis radical et démocrate-chrétien
se sont montrés très critiques et ont qualifié la décision
du Conseil fédéral d'
erreur tactique car elle risquerait
de créer une certaine confusion parmi la population entre la participation
à l'EEE et l'adhésion à la CE. Certains ont également
reproché la précipitation dont a fait preuve le gouvernement.
A l'inverse le PS, l'USS et le Vorort ont salué la décision du
Conseil fédéral en soulignant qu'elle clarifiait l'orientation
de la politique européenne. Estimant que cette décision levait
le voile sur les intentions du Conseil fédéral, certains adversaires
à toute forme d'intégration ont également exprimé
leur satisfaction [
(3)].
Quelques semaines
après le message relatif à l'approbation de l'accord EEE, le Conseil
fédéral a publié son message sur l'
adaptation du droit
fédéral au droit de l'EEE , élaboré sous la
direction du DFJP dans le cadre du programme Eurolex. Dans ce message, composé
de deux "paquets législatifs", 51 arrêtés fédéraux
de portée générale étaient soumis aux Chambres qui
prévoyaient la modification de 61 lois existantes et l'introduction de
9 actes législatifs nouveaux (voir tableau ci-dessous) [
(4)].
Les autorités fédérales se sont limitées aux seules
modifications juridiques indispensables, à savoir, d'une part, celles
qui étaient destinées à supprimer des dispositions législatives
ou à les rendre conformes au traité EEE lorsque elles contredisaient
le droit de l'EEE directement applicable et, d'autre part, celles nécessaires
à la transposition du droit de l'EEE non directement applicable. La marge
d'appréciation dont disposait le législateur helvétique
et la portée politique des projets législatifs variaient considérablement
d'un projet à l'autre. Etant donné le délai très
court pour l'introduction de ces modifications, il n'a pas été
possible de suivre la procédure de consultation habituelle: il a fallu
renoncer à la consultation écrite et se contenter d'informer les
cantons, partis et organisations intéressées [
(5)].
La
ratification
du traité EEE et l'adaptation du droit fédéral par le parlement
ont eu lieu dans le cadre de
deux sessions parlementaires spéciales
à la fin du mois d'août et du mois de septembre. Parmi les groupes
parlementaires du Conseil national opposés à la ratification du
traité EEE se trouvaient les groupes DS/Lega dei Ticinesi, PA, UDC -
par 18 voix contre 7 - et le groupe écologiste; du côté
des partisans, on pouvait distinguer les groupes des trois principaux partis
gouvernementaux, le groupe libéral et celui de l'AdI/PEP. Le point de
vue des fractions parlementaires n'a toutefois pas été suivi à
l'unanimité par leurs membres; que ce soit du côté des partisans
ou des adversaires, de nombreuses dissidences ont été constatées.
Lors de l'ouverture de la première session, plus de 126 orateurs individuels,
en plus des portes-paroles des groupes, se sont exprimés au Conseil national.
Après trois jours de débats, la chambre basse a finalement adopté
à une large majorité, par 128 voix contre 57 et trois abstentions,
l'arrêté fédéral d'approbation tout en y apportant
quelques modifications. Seuls trois Romands - Sandoz (pl, VD), Rohrbasser (udc,
FR) et W. Schmied (udc, BE) - se sont prononcés négativement.
Au Conseil des Etats, l'arrêté d'approbation a également
été accepté par une très large majorité (38
voix contre 2).
Durant les délibérations aux Chambres et auparavant dans les commissions,
la question du maintien du droit de référendum lors de l'adaptation
du droit fédéral au droit de l'EEE suscita un large débat.
Le Conseil fédéral avait opté en faveur d'une procédure
législative spécifique qui prévoyait la délégation
des compétences au parlement pour toutes les modifications législatives
qui devaient entrer en vigueur le 1er janvier 1993. Plusieurs motifs
ont été avancés par le gouvernement pour justifier une
telle procédure: tout d'abord, celle-ci permettait de respecter les obligations
internationales de la Suisse - entrée en vigueur de l'EEE le 1.1.1993.
-; ensuite, elle constituait une procédure simple et transparente qui
ne donnait pas l'illusion aux citoyens qu'ils auraient la possibilité
de s'opposer sur le fond aux modifications législatives et, enfin, elle
garantissait la cohérence et la sécurité du droit. Dès
les premières séances des commissions parlementaires, un accord
s'est dessiné entre les représentants des partis gouvernementaux
pour s'opposer à la ligne restrictive du Conseil fédéral
et maintenir dans une plus large mesure le droit de référendum.
Estimant que la marge de manœuvre du législateur dans la procédure
d'adaptation était plus large que prévue, la commission du Conseil
des Etats, à laquelle s'est ralliée sa consœur de la chambre basse,
a proposé d'introduire un nouveau type de référendum, le
référendum a posteriori . Son lancement n'aurait pas eu
d'effet suspensif et la loi contestée serait entrée en vigueur;
si la loi avait été rejetée en votation populaire, celle-ci
aurait immédiatement cessé d'être en vigueur et c'est le
droit de l'EEE qui aurait primé; par la suite, une nouvelle loi fédérale
eurocompatible aurait dû être adoptée. Aux Chambres, les
députés ont suivi les propositions des commissions parlementaires;
l'article 20 des dispositions transitoires de la Constitution prévu dans
l'arrêté d'approbation a ainsi été modifié
par l'adjonction d'un alinéa prévoyant le maintien du droit de
référendum contre les adaptations législatives. Pour des
raisons de transparence et d'honnêteté vis-à-vis des citoyens
et afin d'éviter certains litiges entre le droit européen et le
droit fédéral, la chambre haute avait proposé une disposition
qui exprimait clairement la primauté du droit de l'EEE en cas
de référendum, ce qui était une façon d'indiquer
la portée limitée du référendum a posteriori. Estimant
que ce principe allait de soi et qu'il était pas indispensable de le
mentionner explicitement, le Conseil national a refusé, par 91 voix contre
80, de se rallier à la solution des sénateurs, ce à quoi
se rallia la chambre des cantons. La commission des institutions politiq>
Übertragung
unterbrochen
nt donné suite,
sous la forme d'une initiative parlementaire, à la proposition socialiste
d'introduire un référendum constructifqui consisterait en
la possibilité de présenter une contre-proposition lors d'une demande
de référendum. En raison de la portée de cette réforme,
qui dépassait le cadre des adaptations législatives dues à
la reprise du droit de l'EEE et afin d'examiner cette question de manière
approfondie, les députés ont décidé de renvoyer ce
texte à la commission.
Par ailleurs, la chambre haute, sur une proposition du libéral vaudois
Reymond, a modifié l'article de l'arrêté d'approbation relatif
à la participation des cantons lors de la mise en oeuvre et du développement
futur du droit de l'EEE de telle manière que le respect des compétences
des autorités cantonales soit renforcé, notamment par la participation
de celles-ci à la formation des mandats des négociateurs helvétiques.
Suite au retard de la signature du traité EEE en raison de la seconde consultation
de la CJCE, le Conseil fédéral avait annoncé que la votation
populaire sur le traité , initialement prévue pour la fin de
l'année 1992, était reportée au début de l'année
1993. Cette déclaration suscita les protestations du premier ministre suédois,
qui déclara que la Suisse exerçait un frein à la ratification
du traité EEE. Les autorités fédérales ont réagi
en déclarant que ces propos étaient inacceptables et constituaient
une ingérence dans les affaires intérieures .
Consécutivement à la signature du traité à Porto au
début du mois de mai, les autorités fédérales sont
revenues sur leurs déclarations des mois précédents pour
annoncer que le peuple se prononcerait malgré tout le 6 décembre
1992 afin de ne pas retarder l'entrée en vigueur du traité EEE .
Le Conseil fédéral
avait annoncé au mois de février qu'un crédit de 5,9 millions
de francs serait consacré à une vaste campagne d'information
sur l'intégration européenne; cette opération a été
conduite par le Bureau de l'intégration DFAE/DFEP, complétée
par la participation d'une agence de relations publiques. Répondant à
différentes interventions parlementaires, le Conseil fédéral
avait déclaré qu'il entendait fournir une information objective
et exhaustive sur les différentes questions relatives à la participation
à l'EEE. Les principaux axes de cette campagne d'information furent la
publication de différentes brochures, générales ou thématiques,
la mise à disposition d'une ligne téléphonique gratuite
et l'organisation de nombreuses conférences. Le gouvernement a finalement
renoncé à financer des affiches et des annonces payantes insérées
dans la presse, comme il en avait été question dans un avant-projet
au début de l'année. Au mois de juin, le débat parlementaire
au sujet de l'octroi du crédit de 3,4 millions de francs consacrés
à la campagne d'information - les 2,5 millions restant étant à
la charge de la Chancellerie fédérale - donna lieu à une
première confrontation entre partisans et adversaires d'une participation
à l'EEE. Alors que les socialistes, démocrates-chrétiens,
libéraux et indépendants soutenaient la proposition du Conseil
fédéral, les démocrates du centre, les démocrates
suisses, la Lega dei Ticinesi et les automobilistes, craignant la "propagande"
des autorités fédérales, s'y opposaient vigoureusement,
les radicaux et les écologistes restant pour leur part divisés
.
Tout au long de l'année, la question de la participation de la Suisse
à l'EEE a suscité un large débat dans les médias
et la population. Les opinions au sein des partis et des associations économiques
se sont affinées et cristallisées au fur et à mesure que
l'échéance de la votation populaire se rapprochait. De nombreux
sondages sur l'opinion des Suisses à l'égard de l'EEE ont été
publiés durant l'année. Outre la campagne d'information menée
par le bureau d'intégration, les conseillers fédéraux,
O. Stich excepté, sont intervenus à de nombreuses reprises dans
les médias ou lors de conférences publiques pour soutenir et exposer
le point de vue du gouvernement durant les mois précédant la votation.
Quelques semaines avant la date du 6 décembre, face aux craintes de la
population et au ton virulent, voire même intolérant, de la campagne,
le Conseil fédéral est intervenu solennellement lors d'une conférence
de presse pour demander aux citoyens un plus grand respect de la diversité
des opinions. A cette occasion, il a réaffirmé que l'accord EEE
ne mettait pas en danger l'identité et les particularités culturelles
et politiques de la Suisse. Par ailleurs, 23 des 26 exécutifs cantonaux
, de même que la Conférence des chefs des départements cantonaux
de l'économie publique, ont formellement salué la participation
de la Suisse à l'EEE, alors que les trois autres - Thurgovie, Zurich
et Glaris - ont manifesté leur approbation mais sans évaluer le
traité. Plusieurs Grands Conseils cantonaux ont également pris
position en faveur du traité .
Outre le parti des automobilistes, la Lega dei Ticinesiet les
Démocrates suissesqui ont clairement rejeté le traité
EEE, l'UDC, lors de son assemblée des délégués,
s'est également prononcée négativement, par 289 voix contre
119. Il est à noter que l'UDC zurichoise, emmenée par Ch. Blocher,
figure centrale du front de l'opposition à l'EEE durant toute la campagne,
avait déjà pris position au début du mois de juillet. Par
la suite, les sections bernoise, à une courte majorité, et vaudoise
se sont démarquées du parti national en optant pour le oui .
Outre les partis et les associations économiques, de nombreux comités,
en faveur ou contre le traité EEE, réunissant des personnalités
publiques, ont vu le jour aux niveaux national et cantonal . Au début
de l'été a eu lieu la fondation du principal comité d'opposition:
le "Comité d'action contre la tutelle de l'EEE et de la CE - pour
une Suisse ouverte au monde", présidé par W. Frey (udc, ZH) et
J.P. Bonny (prd, BE) et composé d'une quarantaine de députés
nationaux, dont seulement trois romands - 20 démocrates du centre, huit
radicaux, sept automobilistes, cinq démocrates suisses, 3 membres de
la Lega dei Ticinesi, 1 libéral et le représentant de l'Union
démocratique fédérale -, et de représentants du
monde économique .
Comme lors de la votation sur l'adhésion à l'ONU, l' Association
pour une Suisse Indépendante et Neutre (ASIN) fut l'un des animateurs
principaux de la campagne des opposants. Ses arguments rejoignirent dans les
grandes lignes ceux du comité national d'opposition. Tous deux ont mis
l'accent sur les pertes de souveraineté qu'entraînerait l'EEE et
sur ses atteintes à la démocratie directe et à la neutralité.
D'autre part, ils ont insisté sur la baisse des salaires et l'augmentation
du chômage qui découleraient d'une immigration accrue des travailleurs
en provenance des autres pays européens. De plus, ils ont constamment
affirmé que l'adoption du traité était indissociable d'une
adhésion à la CE, ce qui leur paraissait inacceptable. Par ailleurs,
selon eux, la Suisse n'aurait rien à craindre de ne pas participer à
l'EEE .
Après que le comité directeur, puis le comité de l' Union
Suisse des Paysans - par 58 voix contre 27 - se sont déclarés
favorables au traité EEE, tout en rejettent l'idée qu'il s'agisse
d'une étape transitoire vers l'adhésion à la CE, l'assemblée
des délégués s'est prononcée contre la participation
à l'EEE par 287 voix contre et 253 .
L'autre principal camp d'opposition à l'EEE émanait des rangs
écologistes et de certaines personnalités de gauche. Par 82 voix
contre 30, les délégués du PES ont clairement pris
position contre le traité EEE; comme souvent au sujet de l'intégration
européenne, un clivage entre romands et alémaniques a pu être
observé. Au début du mois d'octobre s'est formé un comité
d'orientation écologiste et sociale , composé de 17 parlementaires
fédéraux écologistes et de gauche, contre le traité
EEE. Selon les membres du comité, ce dernier aurait eu des conséquences
néfastes sur le plan de l'environnement, de la démocratie et de
la solidarité. D'autre part, ils ont également insisté
sur le fait que le non à l'EEE ne devait pas être monopolisé
par l'extrême droite.
Les deux principaux courants en faveur de l'EEE se sont réunis au sein
de deux comités nationaux: d'une part, le comité d'action suisse
"Oui à l'EEE", composé de parlementaires issus de tous les
partis gouvernementaux, sauf le PSS, ainsi que de nombreuses personnalités
des milieux économiques; d'autre part, un comité rouge-vert "
pour un oui critique à l'EEE", comprenant des députés du
PSS, PTT, du PES, des syndicalistes et des défenseurs des locataires.
Dans le premier comité, les membres se sont entendus sur un accord minimum
pour soutenir l'EEE; par contre, de nombreuses divergences persistaient quant
à la vision à plus long terme au sujet d'une éventuelle
adhésion à la CE. Le second considérait l'EEE comme une
étape intermédiaire avant une adhésion à la CE et
s'est déclaré favorable à "une Suisse sociale dans une
Europe sociale" .
Que ce soit le PRD, le PDC, le parti libéralou l'
AdI, tous se sont prononcés à une large majorité
en faveur de l'EEE, même si certains de leurs membres ont adopté
des positons divergentes. Cependant, ils sont restés divisés sur
la question de l'adhésion à la CE, sauf l'AdI qui s'y est déclaré
favorable .
Quant à eux, les délégués du PSS ont approuvé
dans une proportion de 10 contre 1 le traité EEE, tout en soulignant
qu'il ne constituait pour eux qu'une étape transitoire vers l'adhésion
à la CE. La préservation du droit de référendum
pour les adaptations législatives et l'obtention de certaines garanties
sociales lors des débats parlementaires expliquent en bonne partie un
résultat si net. Les opposants socialistes ont surtout dénoncé
le caractère purement économique du traité et le peu de
respect des droits démocratiques .
Le Vororta avancé 6 raisons pour motiver son soutien au traité
EEE: 1) ce dernier permet à la Suisse de participer sans discrimination
au grand marché européen intégré; 2) l'EEE facilite
le recrutement d'une main d'oeuvre européenne qualifiée; 3) avec
ce traité, un produit peut être offert en Suisse et dans l'ensemble
des pays membres au terme d'une procédure unique; 4) les petites et moyennes
entreprises peuvent tirer profit de l'EEE dans une mesure notable; 5) l'EEE
garantit la participation aux importants programmes de recherche de la CE; 6)
en participant à l'EEE, la Suisse donne la preuve de son attachement
à la formation d'une Europe unie et pacifique .
A la surprise des observateurs, l' USAM, qui s'était montrée
très réticente à l'égard de l'EEE, s'est finalement
prononcée, à une courte majorité de ses délégués,
en faveur du traité. Il semblerait que les retombées négatives
d'une non-participation à l'EEE pour les sous-traitants des grandes industries
d'exportation, qui se recrutent principalement dans les milieux des arts et
métiers, aient influencé de façon décisive les délégués
de l'association. Toutefois, en raison du score serré - 549 voix contre
456 - et des prises de position de certaines sections cantonales, l'USAM n'a
pas mené une campagne active en faveur du oui .
Rassurée par les deux motions adoptées par le Parlement contre
la sous-enchère salariale dans le cadre de l'EEE et les modifications
législatives du programme Eurolex, l'assemblée des délégués
de l' USSs'est clairement prononcée en faveur du traité.
Outre les progrès sociaux que ce dernier entraînerait, les dirigeants
syndicaux ont également souligné que seules des réglementations
sociales et écologiques prises à un niveau européen constituaient
une réponse valable dans une économie de plus en plus internationalisée.
L'USS a également rappelé que l'EEE ne devait être qu'une
étape avant une adhésion complète à la CE .
La votation historique
sur l'EEE a donné lieu à une participation exceptionnelle (78,7%)
; il faut remonter au mois de juillet 1947 pour retrouver un pareil taux. Alors
que, pendant la session spéciale des Chambres fédérales,
les sondages effectués indiquaient encore qu'une majorité de citoyens
avait l'intention de voter oui, le peuple et les cantons ont rejeté le
traité EEE à une majorité de 50,3% et par 14 cantons et 4
demis-cantons. L'élément marquant de ce scrutin a été
le clivage net entre la Suisse romande d'une part et la Suisse alémanique
et le Tessin d'autre part .
Participation
de la Suisse à l'Espace Économique Européen:
Votation du 6 décembre 1992
Participation:
78,7%
Non: 1 786 708 (50,3%) / 14 et 4/2 cantons
Oui: 1 762 872 (49,7%) / 6 et 2/2 cantons (BL, BS, FR, GE, JU, NE,
VS, VD)
Mots d'ordre:
- Non: UDC (2*: VD, BE), PES (6*: VD, FR, GE,
NE, JU, BL), PA, DS, Lega dei Ticinesi, UDF, FraP; ASIN, USP, Astag, LSPN
- Oui: PRD (2*: GR, SZ), PDC (2*: OW, NW), PSS,
PLS, AdI, PEP, PdT, gouvernements cantonaux; UCAP, Vorort, USAM (8*:
AG, AI, BL, GR, NW, TG, ZH, BE), USS, CSCS, Association suisse des banquiers,
nombreuses associations économiques
- Liberté de vote: WWF, ATE
*
Recommandations différentes sur les plans cantonaux.
Selon l'analyse
VOX, les premières traces de recul des opinions favorables au traité
sont intervenues dans le courant de l'été dès le début
de l'offensive des opposants, emmenés par l'UDC zurichoise, et avec la
prise de conscience des conséquences de la participation à l'EEE
sur la démocratie directe et sur le plan social. Les adversaires du
traité ont renforcé leur potentiel d'oppositionpar une publication
d'annonces conséquente qui faisait contrepoids à la partie rédactionnelle
de la presse. D'autre part, la campagne des partisans a débuté
plus tardivement. Durant les dernières semaines avant la votation, la
campagne a atteint une intensité jamais connue ces dernières années.
L' analyse du comportement des citoyens montre que, au moment du vote,
les indécis se sont largement ralliés aux courants majoritaires
de leur région: ce phénomène a ainsi renforcé l'acceptation
en Suisse romande alors que, de l'autre côté de la Sarine, les
indécis se sont plutôt rangés du côté du non.
Le même phénomène s'est répété pour
les abstentionnistes habituels qui s'étaient rendus aux urnes à
cette occasion. Outre le clivage linguistique manifeste, il a également
pu être mis en évidence que les citadins, les personnes de niveau
de formation supérieur et celles se situant politiquement à gauche
ont été largement favorables à l'EEE. La plupart des grandes
villes alémaniques, telles Bâle, Zurich, Berne, Lucerne et Winterthour,
ainsi qu'une partie de leur banlieue, se sont prononcées en faveur du
traité. L'analyse par communes confirme cette tendance générale
et révèle que le non a été beaucoup plus important
dans les régions économiquement pauvres, les zones périphériques
et les communes traditionnellement "conservatrices" que dans les régions
riches ainsi que dans les villes et les communes "progressistes". Ces conclusions
s'appliquent tout particulièrement aux communes alémaniques alors
qu'elles doivent être relativisées pour la Suisse romande, où
l'acceptation de l'EEE a été plus forte.
Les principales motivations avancées par les partisans s'articulent autour
de deux thèmes principaux: d'une part, des motifs d'ordre culturelcomme
le refus de l'isolement et la volonté d'ouverture vers l'Europe; d'autre
part, des arguments économiques , basés sur les avantages
que procureraient l'accès au grand marché européen. Ces
deux types de motivations étaient également présents chez
les adversaires de l'EEE, mais en sens inverse: d'un côté, un réflexe
identitaire, alimenté par la crainte de voir s'effondrer une certaine
conception de la Suisse, qui s'est manifestée par le refus de toute perte
de souveraineté et de une immigration de travailleurs étrangers;
d'un autre côté, la peur du chômage et de la baisse des salaires.
Enfin, une troisième catégorie d'opposants a invoqué les
lacunes d'information et le manque de clarté du Conseil fédéral.
La victoire des adversaires, en Suisse alémanique, a résidé
dans leur capacité à énoncer des arguments qui "cadraient"
avec certaines croyances et valeurs de la population.
Le revirement récent des autorités fédérales qui,
jusqu'à ces dernières années exprimaient une certaine indifférence,
voire de la méfiance à l'égard de la CE, peut expliquer
un certain désarroi et finalement l'opposition d'un grand nombre de citoyens.
Il n'a pas été possible d'évaluer l'impact de la décision
du Conseil fédéral de déposer une demande d'adhésion
à la CE; on peut cependant signaler qu'une forte majorité des
personnes sondées se seraient opposées à une adhésion
et qu'un peu plus d'un tiers des personnes ayant approuvé l'EEE auraient
refusé d'adhérer à la CE .
Réagissant au résultat de la votation, le Conseil fédéral
a écarté d'emblée toute éventualité d'une
démissionparmi ses membres et a annoncé, d'une part, qu'il
proposerait prochainement un programme de revitalisation de l'économie
suisse afin de compenser les risques de discrimination progressive, ainsi que
la reprise d'une partie des lois adoptées dans le cadre d'Eurolex et
d'autre part, qu'il entendait maintenir toutes les options ouvertes en ce qui
concerne l'intégration européenne. Il a également exprimé
son inquiétude face au clivage entre les communautés linguistiques,
beaucoup plus net que prévu.
Du côté de la CE , la volonté de mettre en vigueur
l'EEE sans la Suisse a été réaffirmée, sans toutefois
que cela n'implique une rupture des relations diplomatiques avec les autorités
helvétiques; par ailleurs, la négociation d'accords bilatéraux
dans certains domaines avec la Suisse n'a pas été exclue, mais
pas avant une période de plusieurs mois.
La grande majorité des parlementaires fédéraux, dont plusieurs
opposants au traité EEE, se sont déclarés favorables au
maintien de la candidature à la CE afin de garder des contacts
avec les autorités de Bruxelles. Pour les socialistes, la politique d'intégration
européenne ne devrait pas être abandonnée et de nouvelles
négociations avec les pays de l'AELE et de la CE devraient être
menées. Le PES s'est montré satisfait du résultat en ajoutant
qu'il ne s'agissait pas d'un non à l'Europe, mais du refus d'un mauvais
accord. Quant au PA, suivi par la Lega dei Ticinesi et les démocrates
suisses, il a réclamé de nouvelles élections au parlement
fédéral, ainsi que le retrait immédiat de la demande d'ouverture
de négociations d'adhésion. Les milieux économiques et
les partis bourgeois, dont l'UDC, ont réclamé des mesures de libéralisation
économique afin d'améliorer la compétitivité de
l'économie suisse. En Suisse romande, de même qu'à Bâle,
où la déception a été particulièrement vive,
les autorités cantonales ont déclaré qu'elles veilleraient
à renforcer leur collaboration et qu'elles essaieraient, sur la base
de l'article 9 de la constitution, de dynamiser la coopération transfrontalière
.
Au lendemain du vote, le rejet de l'EEE, et tout particulièrement, le
clivage entre Romands et Alémaniques qu'il a révélé,
ont été largement abordé aux Chambres. Plusieurs propositions
concernant les rapports entre les communautés linguistiques, les compétences
des cantons en matière de politique étrangère et les réformes
économiques internes ont été avancées .
Plusieurs propositions émanant de députés des Grands Conseils
des cantons de Bâle-ville, du Jura, de Vaud et de Genève en faveur
du lancement d'une initiative cantonale pour relancer le processus d'intégration
européenne ont été avancées durant les semaines
suivant le 6 décembre .
Le
"Comité né le 7 décembre", regroupant différents
mouvements de jeunesse pro-européens, a organisé un rassemblement
national des jeunes "contre une Suisse étriquée" sur la place
fédérale qui a réuni une dizaine de milliers de personnes.
Cette action qui avait été précédée par plusieurs
manifestations à l'échelon cantonal avait pour objectif de relancer
le débat sur l'Europe. Le "comité né le 7 décembre"
a également annoncé le lancement d'une
initiative populaire
demandant un nouveau vote sur le traité EEE [
(6)].
La Chambre fribourgeoise du commerce et de l'industrie, ainsi que la section
valaisanne du Réseau d'échanges transfrontaliers alpins (RETA),
avaient exprimé l'intention de lancer une initiative de type similaire.
Après concertation, les associations fribourgeoise et valaisanne se sont
ralliées au projet du comité des jeunes. Le texte de l'initiative
"Pour notre avenir au cœur de l'Europe" prévoit l'adjonction d'une
disposition transitoire à la constitution qui autorise le Conseil fédéral
à négocier, conclure et ratifier les traités nécessaires
à la participation à l'EEE; la préservation des acquis
sociaux, démocratiques et écologiques de la Suisse est également
mentionnée dans une autre disposition.
A l'occasion de la réunion des ministres des pays de l'AELE ,
les représentants helvétiques ont annoncé que la Suisse
renonçait à la présidence de cette association, qu'elle
devait normalement assumer à partir du 1er janvier 1993, afin
de faciliter la mise en place de l'EEE. Les autres pays de l'AELE ont fait connaître
leur volonté de mettre en vigueur le plus rapidement possible le traité
EEE et ont invité la Suisse à participer en tant qu'observateur
aux travaux relatifs à la concrétisation de l'EEE. Aucune modification
substantielle de l'accord ne devrait intervenir, même si la contribution
de la Suisse au fonds de cohésion de la CE devrait faire l'objet d'une
nouvelle négociation entre les pays de l'AELE et la CE. Par ailleurs,
les sièges de l'Autorité de surveillance et de la Cour de justice
de l'AELE, prévus à Genève, devraient être transférés
à Bruxelles.
Lors du sommet d'Edimbourg, les Etats de la CE se sont prononcés
en faveur d'un élargissement rapide de la Communauté; les négociations
en vue de l'adhésion des trois pays de l'AELE autres que la Suisseayant
déjà fait acte de candidature, ont commencé dès
le début de l'année 1993; leur adhésion devrait intervenir
en 1995. La CE a clairement indiqué aux pays de l'AELE qu'ils devraient
accepter l'intégralité du traité de Maastricht et de l'acquis
communautaire. Ils pourront cependant bénéficier de périodes
transitoires. D'autre part, le Conseil des ministres, tout en demandant à
la Suisse de clarifier sa position au sujet de sa candidature, a invité
la Commission européenne à prendre en considération la
position du Conseil fédéral sur le résultat du 6 décembre
lors de l'élaboration de son avis sur la candidature suisse.
Une semaine après le rejet helvétique, le peuple liechtensteinois
a accepté par 56% des voix le traité EEE . Avec ce résultat,
la Suisse s'est ainsi retrouvé le seul pays de l'AELE à avoir
refusé la participation à l'EEE. Comme en Suisse, les autorités
politiques et les milieux économiques de la principauté s'étaient
engagés en faveur de la ratification de l'accord. Le gouvernement avait
constamment plaidé pour une intégration européenne conjointe
avec la Suisse. Suite au non helvétique, le chef du gouvernement, ainsi
que le prince avaient pris position en faveur d'une participation indépendante
à l'EEE. L'acceptation du traité par le Liechtenstein devra nécessiter
une renégociation de l'union douanière qu'il entretenait avec
la Suisse; une première réunion entre les autorités des
deux pays a eu lieu à la fin de l'année .
Communauté
européenne
Simultanément
à l'annonce du dépôt d'une demande d'ouverture de négociation
en vue d'une adhésion à la CE, le Conseil fédéral
a rendu public son rapport sur la question de l'adhésion de la Suisse
à la CE . Faisant suite à la déclaration du Conseil
fédéral, en octobre 1991, qui, pour la première fois, fixait
comme objectif de la politique européenne suisse l'adhésion à
la CE, le rapport présente les motifs qui ont conduits le gouvernement
à prendre cette décision. A la différence des deux premiers
documents sur la position de la Suisse dans le processus d'intégration
européenne de 1988 et de 1990, ce texte est consacré exclusivement
à la question de l'adhésion de la Suisse à la CE. Il constitue
en quelque sorte l'aboutissement de l'évolution de la position du Conseil
fédéral dans ce domaine. Après une première partie
exposant les raisons d'adhérer, ainsi qu'à la place et au rôle
de la Suisse au sein de la CE, la seconde présente les conséquences
d'une adhésionà la CE sur les plans économique, institutionnel,
de la fiscalité, de la politique agricole et de la politique étrangère.
Les principaux motifs invoqués par le Conseil fédéral sont
les suivants: 1) l'accélération du processus d'intégration
2) le renforcement du rôle de la CE dans l'Europe et dans le monde 3)
la perspective d'élargissement de la CE à de nouveaux Etats 4)
les enseignements de la négociation du traité EEE 5) la liberté
de choix.
A l'occasion du
débat parlementaire , les députés
ont préféré, à trois mois de la votation sur l'EEE,
ne pas prendre position sur le rapport et ont décidé de le renvoyer
au Conseil fédéral en exigeant plusieurs compléments d'information.
En raison de l'imminence du vote, la discussion n'a pas donné lieu à
un débat de fond sur l'adhésion à la CE. Une minorité
de la commission de la politique étrangère, composée entre
autres de députés favorables à l'EEE mais opposés
à une adhésion à la CE, a proposé de renvoyer le
rapport au gouvernement en le désapprouvant. D'autres l'ont critiqué
et ont reproché au Conseil fédéral d'avoir déposé
une demande d'adhésion avant le vote sur l'EEE. Les opposants à
toute forme d'intégration ont eu des propos très virulents à
l'encontre du Conseil fédéral et de sa politique européenne.
Ce sont finalement les groupes libéral et indépendant qui se sont
montrés les plus positifs à l'égard du texte du Conseil
fédéral [
(7)].
Quelques jours
après la décision du Conseil fédéral de solliciter
l'adhésion de la Suisse à la CE, le parti des démocrates
suisse et la Lega dei Ticinesi ont annoncé le lancement le 1er août
d'une initiative populaire " Négociations d'adhésion à
la CE: que le peuple décide!" qui propose d'introduire dans la constitution
un article transitoire stipulant que l'ouverture de négociations en vue
de l'adhésion à la CE est soumise à l'approbation du peuple
et des cantons. Lors du lancement de l'initiative, les dirigeants des deux partis
ont clairement indiqué qu'ils espéraient mettre un frein à
la politique d'intégration européenne du Conseil fédéral.
Outre des membres de ces deux partis, le comité de soutien à l'initiative
comprend plusieurs personnalités politiques de l'UDC et du PRD. Les deux
formations politiques avaient annoncé qu'elles espéraient récolter
les 100 000 signatures nécessaires avant la votation du 6 décembre.
Cependant, à la fin du mois de novembre, les initiants n'en avaient recueillis
qu'environ 65 000.
Suite au rejet du
traité de l'EEE et au retrait de R. Felber, le Conseil fédéral
a retardé de quelques mois la publication de son rapport sur la politique
extérieure de la Suisse dans les années 90. Résultat
de différentes interventions parlementaires, ce rapport a pour objet de
définir la conception de la future politique étrangère de
la Suisse.
Sur la base d'une analyse de l'environnement international et en fonction des
intérêts de la Suisse, le Conseil fédéral a défini
les objectifs prioritaires , les moyens de les réaliser ainsi
que les principes et les priorités sur lesquelles doit se fonder la future
politique extérieure. Cinq objectifs prioritaires sont traités de
manière approfondie dans le rapport: maintien et promotion de la sécurité
et de la paix, défense des droits de l'homme, accroissement de la prospérité
commune, promotion de la cohésion sociale et préservation du milieu
naturel.
Avec l'accélération du processus d'intégration européenne
et la globalisation croissante des problèmes économiques et politiques,
le rôle des formes d'organisation et de coopération supranationalesest
devenu de plus en plus important. Un nombre croissant de problèmes internes
à la Suisse (réfugiés, environnement, transports, énergie,
drogue, terrorisme) ne peut être résolu que par des mesures adoptées
au niveau international; ces changements rendent caduque la dissociation traditionnelle
entre la politique extérieure et intérieure. Dans un tel contexte,
la souveraineté d'un petit pays comme la Suisse est progressivement vidée
de sa substance. Le Conseil fédéral souligne dans son rapport que
l'absence de la Suisse dans les principales instances de décision internationales
ne pourra que nuire à moyen et long terme à la défense de
ses intérêts. En cette fin de siècle, la sauvegarde de l'indépendance
du pays exige donc une plus large coopération avec les autres Etats ainsi
qu'une participation aux principales organisations internationales. La volonté
d'ouverture et de participer pleinement aux décisions prises sur le plan
international constitue le fil-conducteur du rapport.
Dans cette perspective, l'adhésion à des organisations internationales,
les politiques d'aide aux pays en voie de développement et à l'Europe
centrale et orientale, les normes juridiques nationales dont l'effet se déploie
au-delà des frontières (sanctions économiques, contrôle
de l'exportation des biens à double usage civil et militaire) et les traités
internationaux représentent autant d'instrumentsqui doivent servir
à la réalisation des objectifs prioritaires de la politique extérieure.
Alors que, selon certaines révélations de la presse, de nombreuses
tractations au sein de l'administration et du gouvernement eurent lieu sur le
calendrier de l' intégration européenne, le Conseil fédéral
précise, dans son rapport, que durant la législature 1991-95, ce
sont les négociations bilatérales avec l'Union européenne
qui seront prioritaires alors que, lors de la prochaine législature, il
conviendra, en fonction des conditions de politique intérieure et extérieure,
d'entrer en négociation en vue d'adhérer soit à l'Espace
économique européen soit à l'Union européenne. Le
rapport mentionne que, compte tenu de l'importance d'une participation pleine
et entière de la Suisse au processus d'intégration européenne,
l'adhésion à l'Union européenne constitue l' objectif
stratégique de la politique d'intégration.
Dans son programme
consécutif au rejet du traité de l'EEE , le Conseil fédéral
a exposé les principaux axes de sa politique d'intégration européenne
et les mesures de revitalisation de l'économie suisse. Le gouvernement
entend mener son action selon trois axes: les négociations bilatéralesavec
l'Union européenne, la reprise de 27 modifications législatives
duprogramme Eurolex , rebaptisé Swisslex, et le programme
de régénération de l'économie suisse qui concerne
principalement les domaines du droit de la concurrence, du marché du travail,
de la formation et de la recherche, du marché intérieur suisse et
de l'accélération des procédures. Au sujet de l'avenir des
relations avec l'Union européenne, il a indiqué que la priorité
allait aux négociations bilatérales mais que les autres options
(participation à l'EEE ou adhésion à l'UE) restaient ouvertes
afin d'éviter l'isolement de la Suisse.
Après avoir pris connaissance des chapitres du message consacrés
à faire le point de la situation sur la politique européenne et
sur la régénération de l'économie suisse, les sénateurs
ont approuvé sans opposition l'entrée en matière sur le programme
consécutif au rejet de l'EEE. Au Conseil national, lors de la session
parlementaire spéciale d'avril, les propositions du gouvernement se
sont heurtées à une plus forte opposition qu'à la chambre
haute. Toutefois, les propositions Blocher (udc, ZH) et du groupe des Démocrates
suisses/Lega de renvoyer le programme au Conseil fédéral afin de
le revoir ont été rejetées par une large majorité
des députés. Les opposants au traité de l'EEE ont estimé
que le Conseil fédéral ne tenait pas suffisamment compte de la volonté
populaire exprimée lors du vote du 6 décembre et qu'il devait se
contenter des négociations bilatérales avec l'Union européenne
et renforcer son action pour la régénération de l'économie
suisse. Lors des différentes sessions parlementaires, les Chambres ont
approuvé sans opposition importante les modifications législatives
contenues dans le programme Swisslex .
Lors des sessions parlementaires, plusieurs interventions sur le sujet de la politique
européenne ont été traitées par les Chambres. Ces
dernières ont rejeté à la quasi-unanimité les initiatives
parlementaires jumelles Morniroli (Lega, TI) et Ruf (ds, BE) qui, reprenant
le texte de l'initiative populaire des Démocrates suisses et de la Lega,
demandaient que les négociations entamées avec l'UE en vue d'une
adhésion soient rompues et que l'ouverture de celles-ci soit soumise au
vote du peuple et des cantons. Dans les deux Conseils, les commissions de politique
extérieure ont estimé que la décision du Conseil fédéral
de 1992 de transmettre une demande d'ouverture de négociation en vue d'une
adhésion à l'UE était conforme à la Constitution .
Lors de la session parlementaire de septembre à Genève, le bureau
des deux Chambres fédérales avait prévu de mettre à
l'ordre du jour plusieurs interventions parlementaires traitant de l'avenir de
la politique européenne du Conseil fédéral. Cependant, dans
les deux Conseils, une motion d'ordre, déposée par M. Suter (prd,
BE) au Conseil national et par E. Rüesch (prd, SG) au Conseil des Etats,
demandant un report du débat sur la politique européenne
ont été approuvées par 90 voix contre 62 à la chambre
basse et 24 contre 14 à la chambre haute. Pour le député
radical bernois, pourtant partisan de l'EEE et d'une adhésion à
l'Union européenne, l'ouverture d'un débat parlementaire sur cette
question était prématurée et nécessitait une plus
grande préparation pour aboutir à des résultats concrets.
Il a également été souligné qu'un débat parlementaire
risquait d'affaiblir la position du Conseil fédéral dans les négociations
bilatérales avec l'Union européenne. Les auteurs des motions d'ordre
ont proposé que les Chambres fédérales abordent la question
de la politique européenne lorsque le Conseil fédéral aura
publié son rapport sur la politique extérieure ou pris position
sur l'initiative populaire "Pour notre avenir au coeur de l'Europe". Les députés
socialistes et écologistes étaient favorables à l'ouverture
d'un débat alors que les groupes radical et de l'UDC y étaient opposés,
le PDC restant divisé sur la question. Les discussions autour du report
du débat ont révélé les stratégies divergentes
des partis sur la question de l'intégration européenne. La plupart
des députés radicaux et de l'UDC voulaient accorder une priorité
exclusive aux négociations bilatérales, alors que dans les rangs
du PDC, du PS, des écologistes et des libéraux, une majorité
envisageait plutôt d'organiser rapidement un deuxième vote sur la
participation au traité de l'EEE, voire d'entamer dans les plus brefs délais
des négociations en vue d'adhérer à l'UE.
Par ailleurs, le Conseil national a transmis un postulat Caccia (pdc, TI) qui
prie le Conseil fédéral de mandater un institut indépendant
de l'administration fédérale pour établir une étude
scientifique sur les conséquences, avant tout sur les plans économique
et technologique, du vote négatif du 6 décembre 1992. Le gouvernement
a annoncé qu'une analyse systématique des discriminations rencontrées
par les entreprises suisses à la suite du rejet de l'EEE allait être
effectuée. La chambre basse a également accepté une motion
Gross (ps, ZH) qui demande au Conseil fédéral d'élaborer
un rapport sur les différentes options et positions concernant l'évolution
institutionnelle future de l'UE en tenant compte de l'attachement du peuple suisse
à la démocratie directe et au fédéralisme.
Une motion Rechsteiner (ps, SG), qui charge le Conseil fédéral,
lors des négociations futures d'adhésion de la Suisse à l'UE,
de partir du principe que la Suisse ne doit pas participer à des alliances
militaires, a été transmise comme postulat par la chambre basse.
Six mois après son lancement, l'initiative populaire du "Comité
né le 7 décembre", intitulée "Pour notre avenir au coeur
de l'Europe", a abouti. Les initiants, comportant une forte proportion de
Romands, se sont efforcés de récolter des signatures à travers
l'ensemble du pays; un peu plus de 40% d'entre elles provenaient de Suisse alémanique.
En Suisse alémanique, a vu le jour l' Association pour une Suisse ouverte
(APSO) . Placée sous la présidence de l'ancien conseiller aux
Etats Paul Bürgi (prd, SG), elle a pour but de rassembler les forces favorables
à une plus grande ouverture politique et économique de la Suisse.
Des personnalités de tous les horizons politiques font partie de l'association;
plusieurs parlementaires, dont Ch. Friderici (pl, VD), R. Simmen (pdc, SO), et
T. Onken (ps, TG) ainsi que l'ancien conseiller fédéral R. Friedrich,
en sont membres. Les représentants de l'association se sont déclarés
favorables à un nouvel élan pour une participation de la Suisse
à l'EEE, mais n'ont toutefois pas apporté leur soutien à
l'initiative populaire du "Comité né le 7 décembre". Un mois
après sa présentation publique, l'organisation comptait déjà
près de 1000 membres.
Un nouveau mouvement politique, "Renouveau Suisse-Europe" , a été
fondé en Suisse romande. S'opposant aux tendances nationalistes et xénophobes,
il poursuit trois objectifs: adhésion de la Suisse à l'Union européenne
avant l'an 2000, stimulation des réformes intérieures et défense
des équilibres socio-économiques. Cette nouvelle organisation a
annoncé qu'il envisageait de présenter une liste de candidats pour
le Conseil national lors des prochaines élections fédérales
.
Plusieurs Grands Conseils romands (JU, GE, FR notamment) ont adopté une
résolution demandant au Conseil fédéral de maintenir sa demande
d'ouverture de négociations en vue d'une adhésion à l' Union
européenne. Sur les revendications des cantons romands et les interventions
parlementaires concernant le renforcement de l'influence des cantonsdans
la définition de la politique étrangère, ainsi que l'élargissement
des possibilités des cantons pour mener une politique de coopération
transfrontalière plus active, voir supra part. I, 1d (Beziehungen zwischen
Bund und Kantonen).
Suite au rejet par la Suisse du traité de l'EEE, les pays de l'AELE et
de l'UE ont dû renégocier un protocole additionnel au traité.
Fin mars, les 18 pays concernés ont signé ce texte qui prescrit
notamment que les contributions de la Suisse prévues pour le fonds de cohésion
de l'EEE soient compensées par les autres pays de l'AELE. Le parlement
européen et les pays signataires ont ratifié la nouvelle version
du traité de l'EEE; toutefois, suite à quelques retards dans les
procédures de ratification dans certains pays de l'UE, l'entrée
en vigueur du traité, initialement prévue le 1er juillet,
a dû être reportée au 1er janvier 1994.
Dans son message sur
le programme consécutif au rejet du traité de l'EEE, le Conseil
fédéral a indiqué qu'il donnait dans l'immédiat la
priorité aux négociations bilatérales avec l'UE afin
de conclure des accords sectoriels sur les dossiers intéressant la Suisse.
Lors d'une première réunion du comité mixte de l'accord de
libre-échange de 1972 en février, il est ressorti que, parmi les
nombreuses propositions (16) de négociations bilatéralesde
la Suisse, les dossiers directement liés à l'accord de 1972 (règles
d'origine et produits agricoles transformés) revêtaient un intérêt
commun pour la Suisse et l'Union. Un groupe d'experts a ainsi été
institué afin d'examiner ces problèmes. Au sujet des dossiers moins
directement liés à l'accord de libre-échange (entraves techniques
aux échanges, marchés publics, propriété intellectuelle,
questions vétérinaires et phytosanitaires, responsabilité
du fait produit) la commission européenne s'est montrée beaucoup
plus réservée. Enfin, concernant les domaines hors accord de libre-échange,
comme par exemple les transports et la participation aux programmes de recherche
de l'UE, la commission s'est contentée de prendre note des souhaits de
la Suisse.
Fin juin, les conseillers fédéraux F. Cotti et J.P. Delamuraz se
sont rendus à Bruxelles, à l'invitation de la commission européenne,
pour rencontrer plusieurs de ses membres, dont son président J. Delors,
afin de faire le point sur les relations entre la Suisse et l'Union européenne.
Sur la base des propositions de négociation de la Confédération,
la commission européenne, dont les relations avec la Suisse étaient
loin de constituer une priorité, a élaboré un rapport sur
les relations futures avec la Suisse à l'intention du Conseil des ministres.
Dans ce document, qui souligne que les accords bilatéraux devaient se baser
sur l'avantage mutuel et la réciprocité, les commissaires européens
préconisaient dans une première étape d'ouvrir des négociations
bilatérales que sur deux dossiers: transports routier et aérien
et libre circulation des personnes . Afin de ne pas risquer le rejet par le
peuple suisse d'un des accords bilatéraux, la commission de Bruxelles a
exigé que ceux-ci soient juridiquement liés. Les négociateurs
suisses ont réagi de façon très critique aux propositions
de la commission; ils ont notamment estimé que le lien établi par
la commission entre les transports et la libre circulation des personnes était
incompréhensible et injustifié notamment parce que l'ouverture de
négociations sur les transports était déjà prévue
dans l'accord sur le transit conclu en 1992.
Sous l'impulsion de la présidence belge, le Conseil des ministres
des affaires étrangères a modifié le cadre des négociations
avec la Suisse dans le sens d'un assouplissement et d'un élargissement
des propositions de négociation. Les ministres des affaires étrangères
des douze se sont montrés divisés sur la stratégie à
suivre lors des négociations avec la Suisse; les pays du Sud de l'Europe
(Espagne, Italie et Portugal), dont les ressortissants sont nombreux à
travailler en Suisse, soutenaient une ligne dure, alors que les pays du Nord de
l'Europe, moins intéressés à des concessions de la Suisse
dans le domaine de la libre circulation des travailleurs, étaient plus
modérés. Le Conseil des ministres a ainsi adopté un cadre
de négociationà l'intention de la commission européenne
comprenant cinq dossiers; outre les transports et la libre circulation des personnes,
trois nouveaux domaines prioritaires furent retenus: la participation de la Suisse
aux programmes de recherche de l'UE, l'accès au marché des produits
agricoles et la question des règles d'origine, ce dernier dossier devant
être réglé dans le cadre du comité mixte Suisse-UE
de l'accord de libre-échange de 1972. Par ailleurs, les ministres des douze
se sont déclarés prêts à entamer ultérieurement
des négociations dans les domaines évoqués par la Suisse
comme les obstacles techniques aux échanges et l'accès aux marchés
publics. Bien qu'ayant renoncé à établir un lien juridique
entre les différents dossiers, le Conseil des ministres, afin de se prémunir
d'un rejet par le peuple suisse d'un accord conclu, a averti qu'il ratifierait
ces accords après que la Suisse l'aura fait. Le Conseil fédéral
a accueilli avec soulagement la décision du Conseil des ministres. Les
négociations entre la Suisse et l'Union européenne devraient formellement
débuter en 1994.
En fin d'année, un accord a pu être trouvé entre les négociateurs
suisses et européens au sein du comité mixte de l'accord de libre-échange
de 1972 sur la question des règles d'origine; à quelques
nuances près, la Suisse pourra ainsi bénéficier du même
régime que les autres pays de l'EEE. Ce premier succès de la "voie
bilatérale" revêtait une grande importance pour l'industrie d'exportation
qui écoule près des deux tiers de ses produits vers les pays de
l'EEE.
Union européenne
Avec l'entrée en vigueur du traité de l'Union européenne,
la Communauté européenne a été rebaptisée
Union européenne; ce changement symbolise l'approfondissement
des relations entre les Etats membres.
Après 6 ans à la tête de la délégation helvétique
auprès de l'Union européenne, Benedikt de Tscharner s'est retiré;
il a été nommé ambassadeur de la Suisse auprès de
la CSCE et de l'ONU à Vienne. Alexei Lautenberg a été désigné
pour lui succéder à Bruxelles.
Les Chambres fédérales ont approuvé un crédit supplémentaire
de 1,3 millions de francs en faveur de l'Office suisse d'expansion commerciale
(OSEC), destiné à assurer le financement de la participation suisse
au réseau Euro Info Centres (EIC) de l'Union européenne.
Ce centre a pour but d'informer les petites et moyennes entreprises sur les
règles et les programmes communautaires ainsi que sur les différents
aspects du marché unique.
Regroupant l'ensemble
des pays membres de l'Union européenne (UE) ainsi que cinq des sept pays
de l'AELE, le traité sur l' Espace économique européen
(EEE) est entré en vigueur le 1er janvier 1994. Exclue de l'EEE en raison
de la votation du 6 décembre 1992, la Suisse a cependant obtenu un statut
d'observateur au sein de la Commission parlementaire mixte de l'EEE. Cette instance
consultative, qui a été constituée en début d'année,
a pour but de favoriser le fonctionnement et le développement de l'EEE.
En raison de l'adhésion de l'Autriche, de la Finlande, puis de la Suède
à l'Union européenne, la portée du traité sur l'EEE
a cependant singulièrement diminué. Réunis en fin d'année,
les ministres des affaires étrangères des 17 pays y participant
ont néanmoins réaffirmé leur volonté de coopérer
au sein du plus grand marché intégré du monde. Les effectifs
de son secrétariat bruxellois seront toutefois réduits.
La perspective des élections fédérales de 1995 a,
cette année déjà, divisé les acteurs politiques sur
l'opportunité d'introduire ou non la problématique européenne
dans le débat électoral. Par ailleurs, l'institution de l'Europe
des Quinze - de par l'adhésion de l'Autriche, la Finlande et la Suède
à l'UE - et les interrogations induites par cet élargissement quant
au devenir de l'EEE et de l'AELE ont contribué à relancer le débat
sur l'Europe, gelé depuis le rejet de l'Espace économique européen
en 1992. Partisans d'une campagne électorale axée sur la thématique
européenne, l'Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN)
associée à l'aile dure de l'UDC, d'une part, et le PSS, d'autre
part, ont d'ores et déjà défendu des positions antagonistes:
jugeant indispensable que les divers candidats aux élections se prononcent
sur l'Europe, le président de l'ASIN et conseiller national UDC zurichois
Christoph Blocher a rappelé que son association combattra toute tentative
d'adhésion à l'EEE ou à l'UE. A l'opposé, le comité
central du PSS a voté une résolution réclamant un vote populaire
sur l'adhésion à l'UE avant l'automne 1995. En revanche, les partis
radical et démocrate-chrétien se sont prononcés en faveur
du report du débat sur l'adhésion ou non à l'UE jusqu'au
lendemain des élections fédérales, ceci afin de ne pas porter
préjudice aux négociations bilatérales et de ne pas renforcer
le front des opposants à l'Europe. Ne souhaitant pas nourrir la polémique,
les partis gouvernementaux ont par ailleurs émis le vœu que le Conseil
fédéral renonce à présenter un rapport intermédiaire
aux Chambres sur l'état de la question européenne au début
1995. Malgré ces réticences, le gouvernement a confirmé sa
volonté de publier ce document.
Craignant que les partis n'occultent la question européenne durant la campagne
des prochaines élections fédérales, le mouvement Renaissance
Suisse-Europes'est constitué en parti politique et présentera,
en octobre 1995, des candidats dans une dizaine de cantons.
L' Association des jeunes pour l'avenir de la Suisse (ASAS) a vu le jour
en Suisse alémanique. Ce mouvement, coprésidé par Patrick
Woerz et Thomas Weber des jeunesses radicales et de l'UDC, entend empêcher
une entrée de la Suisse dans l'UE sous sa forme actuelle et s'engager pour
le maintien des droits démocratiques dans une Suisse neutre et autonome.
La création de ce groupement, qui compte quelque 300 membres dont un délégué
francophone, a été saluée par les démocrates suisses
et le parti de la liberté (ex-PA).
Lancée en juillet
1992 par les démocrates suisses et par la Lega, l'initiative populaire
"Négociations d'adhésion à la CE: que le peuple décide!"a
abouti avec 101 337 signatures valables. Cette initiative, qui demande que l'ouverture
de négociations en vue de l'adhésion à l'UE soit soumise
à l'approbation du peuple et des cantons, constitue par ailleurs un contrepoids
à l'initiative du comité "Né le 7 décembre" intitulée
"Pour notre avenir au cœur de l'Europe". La récolte des signatures de l'initiative
des démocrates suisses et de la Lega n'a pratiquement eu lieu qu'en Suisse
alémanique.
Réunies deux ans après le vote négatif sur l'EEE, cinq organisations
proeuropéennes, dont le mouvement "Né le 7 décembre", ont
décidé de lancer une nouvelle initiative intitulée
" Oui à l'Europe " dans le but de réactiver le débat
européen avant les élections fédérales de 1995. Plus
ambitieuse que la première qui requérait un second vote sur l'EEE,
celle-ci demande que la Suisse participe au processus d'intégration européenne
et vise dans ce but l'adhésion à l'UE.
Le Conseil des Etats a transmis - partiellement en tant que postulat et partiellement
en tant que motion - une motion Cottier (pdc, FR) priant le Conseil fédéral
de procéder chaque semestre à l'appréciation et au contrôle
des négociations bilatérales avec l'UE, ainsi que de faire rapport
sur l'évolution de la réalisation des conditions intérieures
et extérieures nécessaires au progrès de la politique européenne
de la Suisse. Le gouvernement est par ailleurs prié d'analyser les conséquences
pour la Confédération des votations de l'Autriche, la Finlande,
la Suède et la Norvège sur leur adhésion à l'UE et
de présenter aux Chambres un avis sur l'importance future de l'EEE pour
la Suisse. Le texte de la motion demande également au Conseil fédéral
d'examiner si un contre-projet commun aux initiatives "Négociations d'adhésion
à la CE: que le peuple décide!" et "Pour notre avenir au cœur de
l'Europe" est possible et opportun. Finalement, les autorités fédérales
sont chargées de soumettre au parlement des lignes directrices sur lesquelles
elles entendent se fonder pour rendre régulières l'information et
la communication sur des questions de politique européenne.
Après une longue discussion au sein du Conseil des Etats, le député
Roth (pdc, JU) a décidé de retirer la motion qu'il avait déposée
en 1993 et qui demandait au Conseil fédéral d'ouvrir des négociations
avec l'UE en vue de l'adhésion de la Suisse.
En fin d'année, le Groupe socialiste a déposé une
initiative parlementairevisant à modifier les dispositions transitoires
de la Constitution de façon à ce que les autorités fédérales
soient expressément chargées de réactiver la demande d'ouverture
des négociations d'adhésion avec l'UE et de mettre à profit
toute leur marge de manœuvre sur le plan de la politique intérieure afin
de créer les conditions propres à apaiser les diverses craintes
que suscite l'idée d'une adhésion à l'UE au sein de l'opinion
publique. L'initiative veut par ailleurs modifier les droits populaires, les prérogatives
du parlement et les droits de participation des cantons pour les rendre compatibles
avec une intégration de la Suisse dans l'UE.
Au début
du mois de février, le Conseil fédéral a chargé
le Comité interdépartemental pour l'intégration européenne
d'assumer la coordination des négociations bilatérales entre la
Suisse et l'Union européenne. La présidence de ce comité
a été attribuée au secrétaire d'Etat Jakob Kellenberger
.
Suite à l'acceptation par le peuple et les cantons de l' initiative
des Alpes , les relations entre la Confédération et les pays
membres de l'Union européenne se sont détériorées
de façon significative. Réunis à Bruxelles au lendemain
de la votation, les ministres des affaires étrangères de l'UE
se sont en effet prononcés pour une réévaluation de l'ensemble
de leurs relations avec la Suisse, remettant en cause l'ouverture même
des négociations bilatérales, prévue initialement pour
le printemps. Après une pause de réflexion de 3 mois - durant
laquelle les préparatifs des mandats de négociation ont été
gelés - les ministres des affaires étrangères de l'UE ont
confirmé leur intention de négocier, "au moment approprié",
des accords sectoriels avec la Suisse. A cet égard, ils ont demandé
à la Commission européenne d'achever la préparation des
directives de négociation dans les domaines de la libre circulation des
personnes, de la recherche, de l'accès au marché pour les produits
agricoles, des obstacles techniques aux échanges et de l'accès
aux marchés publics. L'adoption d'un mandat de négociation dans
le domaine des transports routier et aérien a, pour sa part, été
soumis à de plus amples clarifications quant aux modalités d'une
application de l'initiative des Alpes non-discriminatoire et conforme à
l'économie de marché par les autorités suisses. Pour répondre
aux sollicitations des Douze, le Conseil fédéral a proposé
un paquet de mesures (taxe poids lourds proportionnelle aux kilomètres
parcourus, taxe pour le franchissement des passages alpins concernés,
mesures visant à promouvoir le trafic combiné) s'appliquant tant
aux transporteurs suisses qu'à leurs collègues européens.
Si les ministres des transports de l'UE ont approuvé, au mois de septembre,
les principes émis par le Conseil fédéral, ils ont toutefois
réclamé davantage de précisions avant d'entamer des négociations
bilatérales en matière de transports routier et aérien.
Réunis au mois d'octobre à Luxembourg, les ministres des affaires
étrangères des Douze ont donné leur feu vert à
l'ouverture de négociations bilatérales en matière de libre
circulation des personnes, de recherche, d'accès au marché pour
les produits agricoles, d'obstacles techniques aux échanges et d'accès
aux marchés publics. L'intégration du volet des transports dans
ce premier paquet de négociations demeurait alors soumise aux explications
complémentaires requises par l'UE. Conscients des risques d'achoppement
dans des domaines tels que la libre circulation des personnes ou la levée
de la limite de 28 tonnes pour les poids lourds, les ministres de l'UE ont tenu
à rappeler que les négociations sectorielles devront progresser
parallèlement, empêchant ainsi la Suisse de rejeter les accords
qui ne lui conviennent pas.
Après huit mois de remise en question, le Conseil des ministres des transports
de l'UE a finalement décidé de réactiver les dossiers
routier et aérienen demandant à la Commission européenne
de reprendre la préparation des directives de négociations en
matière de transports. L'ouverture proprement dite des négociations
dans ce secteur prioritaire pour la Confédération n'a cependant
été fixée qu'au printemps 1995. Ayant toutefois reçu
la certitude que les transports feraient partie intégrante du premier
paquet de négociations, le Conseil fédéral a répondu
favorablement à la proposition de la Commission européenne d'
ouvrir les négociations bilatérales dès le 12 décembre
à Bruxelles. Les autorités fédérales ont néanmoins
souhaité reporter les discussions sur la libre circulation des personnes
et sur l'accès au marché des produits agricoles de quelques semaines
afin d'affiner leurs mandats de négociation dans ces deux domaines particulièrement
sensibles pour la Suisse. Face à l'insistance de l'Union européenne,
ces deux secteurs ont cependant été abordés dès
l'ouverture des négociations qui ont débuté à la
date prévue. A cette occasion, le coordinateur suisse des négociations,
Jakob Kellenberger, a indiqué que la Suisse souhaitait également
aborder d' autres dossiers importants avec l'UE tels que celui du perfectionnement
passif des textiles, de l'audiovisuel (programme MEDIA), des statistiques ou
encore de l'éducation et de la formation (ERASMUS, COMETT).
Bien que le Conseil fédéral ait tenu, pour des raisons tactiques,
à rester le plus discret possible sur le contenu de ses mandats de négociations,
les enjeux des sept secteurs prioritaires concernés peuvent être
résumés comme suit: En matière de recherche, il s'agit
principalement pour la Suisse de participer au 4e programme-cadre de l'UE pour
les années 1995 à 1998. Dans le domaine des marchés publics,
la négociation doit assurer que les entités publiques qui achètent
du matériel, effectuent des travaux ou commandent des services traitent
d'une manière égale tous les fournisseurs potentiels, qu'ils soient
suisses ou étrangers. Concernant les obstacles techniques au commerce,
l'enjeu consiste à faciliter les échanges par la conclusion d'un
accord sur la reconnaissance mutuelle des certificats de conformité.
Dans le secteur de la libre circulation des personnes, l'UE désire que
la Suisse ouvre son marché de l'emploi aux ressortissants de l'EEE. La
reconnaissance mutuelle des diplômes, le droit de résidence des
étudiants et retraités ainsi que la coordination de la sécurité
sociale constituent les autres volets de ce domaine clé de la négociation.
En ce qui concerne l'agriculture, il s'agit d'améliorer, de part et d'autre,
l'accès au marché d'une soixantaine de produits agricoles. En
matière de transports routiers, l'UE est prête à ouvrir
son marché aux transporteurs suisses, à condition que la Confédération
abandonne l'interdiction des 40 tonnes, sur les routes de plaine tout au moins.
Quant aux transports aériens, l'enjeu pour la Suisse est de permettre
à Swissair de participer au marché unique du ciel européen.
Des résultats concrets ne sont cependant pas attendus avant mi-1995.
Le président de l'UDC zurichoise et de l'ASIN, Chrisoph Blocher, a déclaré
qu'il se réservait expressément le droit de lancer un référendumcontre
les résultats des négociations bilatérales, notamment en
ce qui concerne la libre circulation des personnes et la levée de la
limitation de 40 tonnes pour les poids lourds.
En vue de l'ouverture des pourparlers avec l'Union européenne sur la
libre circulation des personnes, le Conseil national a transmis un postulat
Stamm(prd, AG) demandant au Conseil fédéral de négocier
une clause d'urgence qui permettrait à la Suisse de suspendre unilatéralement
cette libre circulation en cas d'afflux de ressortissants des pays de l'UE supérieur
à 10 ou 15% au maximum.
Conformément
à ce qui avait été annoncé en 1993, puis réaffirmé
l'année suivante, le Conseil fédéral a transmis aux Chambres
un rapport intermédiaire sur la politique d'intégration européenne
de la Suisse. Répondant à un besoin d'information sur ce thème
controversé, ce document se veut un état général
des lieux depuis la votation du 6 décembre 1992 sur l'EEE et non une
base à un nouveau débat parlementaire sur la question européenne,
comme a tenu à le souligner le gouvernement.
Le rapport décrit premièrement l' évolution de la construction
européenne qui - de par l'entrée en vigueur du Traité
de Maastricht, l'avènement de l'Europe des Quinze et l'affaiblissement
consécutif de l'EEE et de l'AELE - a été marquée
par des mutations importantes. Dans un deuxième temps, il passe en revue
les développements qu'a connus le processus d'intégration
européenne à l'échelle nationale . Sur le plan intérieur
tout d'abord, le rapport mentionne l'étroite coopération instituée
dans ce domaine entre le Conseil fédéral, d'une part, et le parlement,
les cantons et les associations faîtières économiques, d'autre
part. Il relève, en outre, les modifications juridiques adoptées
de façon autonome en vue d'assurer l'eurocompatibilité du droit
suisse ainsi que les différentes initiatives populaires et interventions
parlementaires pendantes ayant pour objet l'intégration de la Suisse
au sein de l'Europe. Sur le plan extérieur ensuite, le document rappelle
les mesures prises au nom de la politique européenne helvétique,
telles que l'intensification du dialogue politique avec l'UE ou l'observation
de la mise en oeuvre et du développement du Traité EEE. Se fondant
sur les résultats d'études confiées à des instituts
indépendants, la troisième partie du rapport fait état,
quant à elle, des effets économiques de la non-participation
de la Suisse à l'EEE , dans la mesure où ceux-ci sont déjà
perceptibles. Le document traite finalement des négociations bilatérales
sectorielles entre la Confédération et l'UE. A cet égard
sont notamment évoqués la stratégie d'ensemble retenue
par le gouvernement ainsi que le déroulement des négociations
en général, puis secteur par secteur, pour chacun desquels les
objectifs suisse et communautaire de même que les premiers résultats
sont systématiquement mentionnés.
Quoique factuel, ce rapport intermédiaire a néanmoins été
à l'origine d'un débat de fond sur la politique européenne
au sein du Conseil national qui a profité de cette occasion pour
se prononcer simultanément sur diverses initiatives parlementaires et
motions encore pendantes en matière de politique d'intégration.
Toutefois, le nombre de celles-ci avait alors singulièrement diminué
en raison de la décision des groupes socialiste et démocrate-chrétien
de retirer leurs deux initiatives déposées en 1994 au profit d'une
motion de la Commission de politique extérieure. Rédigé
dans l'optique de fournir une assise consensuelle solide à la politique
européenne poursuivie par le Conseil fédéral, ce texte
demande principalement au gouvernement de se concentrer, dans un premier temps,
sur les négociations bilatérales puis, durant la législature
1995-1999, de déterminer le moment où il conviendra de relancer
la procédure d'adhésion de la Suisse à l'UE. Ne souhaitant
pas cautionner cette logique de compromis minimal entre les formations politiques
proeuropéennes, la députée Grendelmeier (adi, ZH) a, pour
sa part, maintenu son initiative parlementaire invitant fermement le Conseil
fédéral à engager, au plus tard en 1996, des négociations
avec l'UE en vue de l'adhésion de la Suisse.
A quelques mois des élections fédérales d'automne, ce débat
sur l'Europe a permis de constater que les positions des différentes
forces politiques représentées au Conseil national n'avaient
guère évolué, notamment sur la question d'une éventuelle
adhésion de la Suisse à l'UE. Ainsi l'UDC, les Démocrates
suisses, la Lega et le parti de la liberté se sont à nouveau clairement
prononcés contre toute forme d'intégration. A l'opposé,
les socialistes, les libéraux, la majorité des écologistes
et les indépendants ont réitéré leur souhait de
voir la Confédération faire partie, à plus ou moins court
terme, de l'Union européenne. Plus réservées, les interventions
des députés radicaux et démocrates-chrétiens ont
mis une nouvelle fois en exergue la retenue de ces deux partis quant à
une éventuelle intégration de la Suisse à l'UE: le PRD
et le PDC ont en effet souhaité que l'attention soit avant tout portée
sur les négociations bilatérales et que, par ailleurs, l'option
EEE reste ouverte.
Bien que le rapport intermédiairedu Conseil fédéral
ait été l'objet d'une proposition de renvoi Moser (pdl, AG) et
d'une proposition de désapprobation Pini (prd, TI), le Conseil national
a décidé d'en prendre acte par 115 voix contre 27. Si, par ailleurs,
la motion de la Commission de politique extérieurea été
transmise par 93 voix contre 44 et 7 abstentions sous la forme moins contraignante
d'un postulat, les députés de la Chambre du peuple ont en revanche
décidé de ne pas donner suite à l'initiative Grendelmeier.
Dernier objet à avoir été traité à cette
occasion, la motion Cottier (pdc, FR) - sur laquelle le Conseil des Etats s'était
penché en 1994 - a quant à elle été transmise comme
postulat.
C'est à l'issue d'un débat moins mouvementé que le Conseil
des Etatsa, à son tour, décidé de prendre acte du rapport
intermédiaire du Conseil fédéral. A cette occasion, la
très forte majorité des intervenants s'est largement entendue
sur la nécessité d'accorder la priorité aux négociations
bilatérales que la Suisse mène avec l'UE, notamment dans l'attente
de la révision du Traité de Maastricht qui interviendra lors de
la Conférence intergouvernementale de 1996. Il est à relever que
la Suisse ne devrait probablement pas bénéficier d'un statut d'observateur
lors de cette conférence.
Le Conseil fédéral a pris position sur les initiatives populaires
"Négociations d'adhésion à la CE: que le peuple décide!"et
"Pour notre avenir au cœur de l'Europe" : dans deux messages leur étant
consacrés, le gouvernement a proposé aux Chambres de soumettre
ces textes sans contre-projet au vote du peuple et des cantons, en leur recommandant
de les rejeter. La première de ces initiatives, déposée
en janvier 1994 par les Démocrates suisses et la Lega, propose que le
peuple et les cantons prennent eux-mêmes la décision de l'ouverture
de négociations d'adhésion à l'ancienne CE, dénommée
désormais Union européenne. Constatant que le système institutionnel
suisse charge expressément l'exécutif des relations extérieures
et, qu'à ce titre, il lui incombe de décider de l'ouverture de
négociations internationales, le Conseil fédéral a tenu
à souligner que l'initiative change foncièrement la répartition
constitutionnelle des compétences entre l'exécutif, le parlement
et le souverain. Cette répartition ayant fait ses preuves, le gouvernement
a dès lors estimé qu'il n'y avait pas lieu de la modifier. Il
a également jugé inopportun de présenter un contre-projet
au texte des Démocrates suisses et de la Lega, estimant que cette démarche
ne conduirait somme toute qu'à répéter sa position en matière
d'ouverture d'éventuelles négociations d'adhésion - telle
qu'exposée dans le rapport de novembre 1993 sur la politique extérieure
de la Suisse dans les années 90.
En ce qui concerne la seconde initiative, déposée en septembre
1993 par le Comité
"Né le 7 décembre" , le Conseil
fédéral a également mis en exergue le fait que son adoption
par le peuple et les cantons conduirait à un changement profond dans
la répartition constitutionnelle des compétences entre l'exécutif,
le législatif et le souverain. Le texte des initiants propose en effet
de déléguer au gouvernement la faculté de négocier,
conclure et ratifier l'accession de la Suisse à l'EEE. Son acceptation
aurait dès lors pour conséquence que le parlement, le peuple et
les cantons ne seraient plus appelés à se prononcer sur un accord
dont le contenu a été substantiellement modifié et enrichi
depuis décembre 1992. Dans de telles circonstances, le gouvernement a
estimé qu'il serait politiquement déraisonnable et juridiquement
contestable de s'écarter de la procédure ordinaire d'adoption
des traités internationaux. Le Conseil fédéral a en outre
renoncé à établir un contre-projet, du fait que son calendrier
d'intégration pour la législature 1995/99 répond à
l'attente du Comité "Né le 7 décembre". Ce dernier a toutefois
déclaré qu'il ne retirerait en aucun cas son initiative [
(8)].
Suite à
la décision du Conseil fédéral de rejeter sans contre-projet
l'initiative des jeunes "Pour notre avenir au cœur de l'Europe", le groupe de
travail Suisse-Europe - composé d'une centaine de parlementaires bourgeois
ainsi que de représentants des milieux économiques helvétiques
- a lancé l'idée d'une éventuelle votation populaire sur
une adhésion "à l'essai" de la Suisse à l'EEE
. Passé un délai de cinq ans, le peuple et les cantons seraient
à nouveau consultés pour confirmer ou infirmer leur premier vote.
Si l'ensemble des partis gouvernementaux a qualifié cette alternative
à l'initiative du Comité "Né le 7 décembre" de base
de discussion intéressante, le PRD et le PDC ont néanmoins jugé
qu'à l'heure des négociations bilatérales avec l'UE une
telle option ne pouvait faire partie de l'agenda politique actuel. Quant au
PSS, il a clairement rappelé que sa préférence allait à
une adhésion de la Suisse à l'Union européenne, alors que
de son côté, l'UDC a rappelé son opposition à une
entrée de la Confédération au sein de l'EEE.
Concrétisant ce qu'elles avaient annoncé en décembre 1994,
cinq organisations proeuropéennes, regroupées au sein d'un même
comité, ont officiellement lancé l'initiative populaire " Oui
à l'Europe ". Celle-ci dispose que la Suisse participe au processus
d'intégration européenne et charge, à cette fin, le Conseil
fédéral d'engager sans délai des négociations avec
l'UE en vue d'y adhérer. Le texte demande par ailleurs aux autorités
fédérales de veiller à ce que les valeurs fondamentales
de la démocratie et du fédéralisme ainsi que les acquis
sociaux et environnementaux soient assurés par des mesures adéquates
lors de ces négociations et de l'adaptation du droit suisse à
celui de l'Union. La nouvelle initiative proeuropéenne n'a pas tardé
à recevoir le soutien de multiples forces politiques dont l'USS, le PSS,
le PLS et le PES ainsi que celui de nombreuses personnalités des mondes
académique, du spectacle et du sport.
La confrontation entre opposants et partisans d'une intégration de la
Suisse au sein de l'Europe a atteint une intensité toute particulière
à l'occasion de trois
manifestations d'ampleur nationale qui se
sont déroulées dans les villes de Zurich, puis Bienne. C'est tout
d'abord à l'appel du conseiller national et président de l'ASIN
Christoph Blocher (udc, ZH) que quelque 10 000 défenseurs d'une Suisse
indépendante se sont rassemblés, fin septembre, dans les rues
de la ville bordant la Limmat sous le slogan "Oui à la Suisse - Non à
une adhésion à l'EEE/UE". L'après-midi du même jour,
le parti socialiste zurichois - désireux de contrecarrer l'aile dure
de l'UDC à quelques semaines des élections fédérales
- a mis sur pied une contre-manifestation sur le Platzspitz qui devait à
son tour rassembler près de 10 000 participants favorables à une
"Suisse ouverte et tolérante", dont le conseiller fédéral
démissionnaire Otto Stich. La présence, en marge des deux manifestations,
de nombreux casseurs issus de la droite et de la gauche extrémistes a
été à l'origine d'importantes échauffourées
provoquant des dégâts matériels non-négligeables.
Clairement placée sous le signe de l'apaisement, puisque organisée
une semaine plus tard dans la ville bilingue de Bienne, une seconde manifestation
pro-européenne a réuni environ 3000 personnes, sous la houlette
du mouvement "Né le 7 décembre". Outre le PSS, le PLS, les grands
syndicats, l'UNES ainsi que les jeunes libéraux, radicaux, démocrates-chrétiens
et écologistes, de nombreuses personnalités du monde politique
- dont la conseillère fédérale Ruth Dreifuss - ont apporté
leur soutien à la manifestation. Quelque 700 anti-Européens devaient
parallèlement se rendre à Morgarten (ZG) à l'occasion d'une
rencontre de l'UDC de Suisse centrale durant laquelle Christoph Blocher a rappelé
son attachement à une Suisse indépendante et neutre [
(9)].
Signalons enfin que la population liechtensteinoise s'est prononcée,
pour la seconde fois en l'espace de deux ans et demi, en faveur de l'adhésion
de son pays à l'Espace économique européen en acceptant
par 55,9% des votants le protocole d'entrée de la principauté
dans l'EEE ainsi que les adaptations du traité d'union douanière
avec la Suisse de 1924. C'est précisément cet accord, non encore
révisé, qui avait empêché la concrétisation
du premier vote favorable de 1992: du fait de la participation parallèle
du Liechtenstein aux espaces économiques suisse et européen, l'EEE
redoutait que des marchandises non conformes aux normes européennes pénètrent
par ce biais sur son territoire. Les modifications apportées au traité
d'union douanière avec la Confédération ont dès
lors pour objectif de supprimer cette éventualité. Suite au verdict
populaire, le Liechtenstein est officiellement devenu membre de l'EEE le 1er
mai 1995.
Inaugurées
officiellement à la mi-décembre 1994, les négociations
bilatérales entre la Suisse et l'Union européenne n'ont réellement
débuté qu'à partir du mois de janvier avec l'ouverture
successive des pourparlers dans les domaines de la recherche, des obstacles
techniques au commerce, de la libre circulation des personnes, des produits
agricoles et de l'accès aux marchés publics. Egalement partie
intégrante du premier paquet de négociations défini en
1994, et conformément à ce qui avait été agendé,
les secteurs relatifs aux transports routiers et aériens n'ont été
empoignés qu'en mars, après que les ministres des transports des
Quinze eurent approuvé le mandat de négociation élaboré
par la Commission européenne. Cette approbation risqua néanmoins
d'être sérieusement compromise suite au paraphe de l'accord "Open
Sky" prévoyant la libéralisation du trafic aérien entre
les Etats-Unis et la Suisse. Les prévisions selon lesquelles les premiers
résultats concrets concernant les dossiers "techniques" (recherche, obstacles
techniques au commerce et marchés publics) auraient pu être obtenus
dans le courant du mois de juillet n'ont pas tardé à être
démenties en raison des blocagesinduits par les divergences
de vues des négociateurs suisses et européens sur le délicat
sujet de la libre circulation des personnes et sur celui des transports routiers,
principalement. Outre ces conflits d'intérêts relatifs au contenu
même des mandats de négociation adoptés par les parties,
la menace permanente d'un référendum contre toute proposition
jugée trop défavorable aux intérêts helvétiques,
le refus du peuple suisse d'assouplir la législation relative à
l'acquisition d'immeubles par les étrangers (Lex Friedrich) ainsi que
la perspective des élections fédérales d'automne n'ont
également guère favorisé la progression des concessions
mutuelles.
Tour à tour évoquée par les autorités fédérales
et la Commission européenne dans l'optique de sortir de l'impasse avant
la pause estivale, la possibilité de conclure un premier "mini-paquet"
d'accords bilatéraux relatifs aux secteurs les moins controversés
ainsi que de scinder en deux le dossier de la libre-circulation des personnes
ne devait finalement pas être retenue en raison de l'attachement de la
majorité des Etats membres de l'UE aux principes de " globalité
et de parallélisme approprié ". Etablis dès
le début des pourparlers par les Quinze, ces principes visent à
garantir que les résultats obtenus au sein des sept secteurs progresseront
de façon symétrique. Or, si les principaux problèmes soulevés
par les dossiers relatifs à la recherche, aux obstacles techniques au
commerce et aux marchés publics devaient être réglés
six mois après le début des négociations, d'importantes
divergences subsistaient néanmoins entre la Suisse et l'Union européenne
dans les secteurs de la libre circulation des personnes et des transports terrestres
et aériens, empêchant ainsi la conclusion d'un quelconque accord
entre les parties. Ainsi, la proposition helvétique d'apporter des améliorations
"qualitatives" (telle que la suppression du statut de saisonnier) à la
situation des ressortissants de l'UE travaillant ou résidant en Suisse
devait être jugée nettement insuffisante par les négociateurs
européens. Bien qu'ayant proposé en juillet la conclusion d'un
accord d'une durée de sept ans selon lequel la Confédération
ne serait tenue d'appliquer la libre circulation des personnes qu'après
une phase transitoire de trois ans, ceux-ci ont en effet exigé que la
Suisse, passé ce délai, procède à la levée
pure et simple de son système de contingentementde la main-d'œuvre
étrangère. Les conflits d'intérêts rencontrés
dans le domaine des transports routiers devaient, pour leur part, continuer
de se focaliser sur l'éventuelle suppression de la limite des 28 tonnes
circulant sur le Plateau ainsi que sur la question des taxes que la Suisse prévoit
de prélever sur les poids lourds européens.
Suspendues durant l'été, les négociations bilatérales
devaient reprendre dans le courant du mois de septembre, sans pour autant que
les négociateurs suisses et européens parviennent à parachever
l'un des sept secteurs négociés avant la fin de l'année.
Hormis au sein des dossiers techniques déjà évoqués,
des progrès furent également enregistrés dans les domaines
de l'agriculture et, dans une moindre mesure, dans celui des transports aériens.
En revanche, l'absence de convergences entre les parties sur les délicats
dossiers relatifs à la libre circulation des personnes et aux transports
terrestres devait se confirmer. C'est pourquoi les autorités fédérales
- qui multiplièrent les contacts diplomatiques avec les instances européennes
dans l'optique de sortir de l'impasse - proposèrent à nouveau
que les négociations bilatérales soient conduites selon une stratégie
en deux volets: le premier relatif à la conclusion, avant la fin
1995, d'un premier paquet d'accords bilatéraux ayant trait aux secteurs
les plus avancés; le second visant au renvoi à une date ultérieure
des pourparlers sur les points les plus controversés, en scindant le
dossier des transports en deux parties, d'une part, et en assortissant celui
sur la libre circulation des personnes d'une "clause évolutive",
d'autre part.
Exposée dans un mémorandum sur l'état des négociations
adressé fin novembre aux Quinze, cette clause évolutive aurait
permis la conclusion rapide d'un premier accord basé sur les "améliorations
qualitatives" proposées jusqu'alors par la Suisse, la libre circulation
des personnes proprement dite étant quant à elle reportée
jusqu'à la mise sur pied d'un second round de négociations consacré
spécifiquement à cette question. Ne contenant aucun engagement
ni calendrier précis, cette option fut cependant jugée insuffisamment
contraignante par la Commission européenne qui réitéra
son exigence relative à une application entière de la libre
circulation des personnes à l'issue d'une période transitoire
de trois ans.
Réunis à Bruxelles en fin d'année afin de faire le point
sur l'avancement des pourparlers, les ministres des affaires étrangères
des pays membres de l'UE devaient réaffirmer le caractère indissociable
des sept secteurs négociés et rejeter dès lors la stratégie
en deux volets proposée par les négociateurs helvétiques.
Les Quinze ont toutefois chargé la Commission européenne de poursuivre
activement les négociations bilatérales en cours avec la
Confédération.
Union européenne
C'est avec plus de trois ans de retard par rapport au calendrier initial que
la Convention d'application des Accords de Schengen (Luxembourg) - qui
supprime les contrôles d'identité lors du passage des frontières
intérieures de l'Espace Schengen - est entrée en vigueur, fin
mars, entre sept des neuf Etats alors signataires. Bien qu'ayant pour principal
corollaire le renforcement des contrôles douaniers aux frontières
extérieures de cette zone, la mise en application de cet accord ne devrait
affecter que marginalement la Suisse en raison des traités bilatéraux
visant à faciliter le franchissement des frontières que la Confédération
a conclus avec les pays voisins. Avec l'adhésion, peu après, de
l'Autriche à cette convention, l'isolement de la Suisse au sein d'une
Europe de plus en plus intégrée s'est néanmoins renforcé.
Quant à une éventuelle participation de la Confédération
à l'Espace Schengen, les ministres de la justice des Etats-parties ont
laissé entendre qu'elle ne serait possible qu'après l'adhésion
du pays à l'UE.
Alors qu'en 1995
le Conseil fédéral avait simultanément pris position sur
les initiatives populaires " Négociations d'adhésion à
la CE: que le peuple décide!" des Démocrates suisses/Lega
et " Pour notre avenir au cœur de l'Europe " du Comité "Né
le 7 décembre", le parlement s'est quant à lui limité à
l'examen de la première des deux initiatives, laissant en suspens la
seconde compte tenu de son éventuel retrait au cas où l'initiative
des jeunes "Oui à l'Europe" viendrait à aboutir.
La majorité des députés siégeant au Conseil national
s'étant entendue sur la nécessité de se limiter au strict
traitement de l'initiative des Démocrates suisses et de la Lega - à
savoir à la question de l'opportunité de modifier ou non la répartition
des compétences prévues par la Constitution en matière
de politique étrangère - la discussion relative à cet objet
n'a pu être à l'origine d'un nouveau débat de fond sur la
question de l'intégration de la Suisse au sein de l'Europe. C'est dès
lors principalement sur les terrains formel et institutionnel que les différents
groupes parlementaires sont intervenus pour finalement tous rejeter, à
l'exception des initiants et du groupe du parti de la liberté, l'initiative
déposée en janvier 1994 par les Démocrates suisses et la
Lega. Les arguments invoqués pour justifier ce rejet massif ont
principalement porté sur le fait que le report de compétences
du Conseil fédéral au souverain prévu dans l'initiative
conduirait ni plus ni moins à l'atrophie et à l'immobilisme total
de la politique étrangère helvétique. Par ailleurs, nombre
de députés ont mis l'accent sur la nécessité de
ne voir intervenir le peuple et les cantons en matière de politique extérieure
qu'une fois connus le contenu et les résultats des négociations,
ce qui au demeurant n'entraîne aucun déficit démocratique
puisque, en fin de compte, la décision finale incombe au souverain. De
leur côté, les défenseurs de l'initiative ont principalement
soutenu que face à l'ouverture de négociations engageant pareillement
l'avenir du pays, il n'était pas concevable de laisser au seul gouvernement
le pouvoir de décider et qu'en conséquence, il fallait que cette
prérogative soit transférée au peuple et aux cantons.
Si la Chambre du peuple a ainsi recommandé au peuple et aux cantons de
rejeter cette initiative à une très forte majorité, elle
a également refusé de présenter un contre-projetau
texte des Démocrates suisses/Lega, conformément au souhait exprimé
par la Commission de politique extérieure.
Une fois achevé le débat relatif à l'initiative des Démocrates
suisses et de la Lega, le Conseil national a en outre traité à
la suite divers motions et postulats ayant pour objet la politique d'intégration
européenne de la Suisse. Ainsi, la motion déposée en 1994
par le groupe de l'Union démocratique du centre selon laquelle
le gouvernement est chargé de donner une nouvelle orientation à
la politique extérieure de la Suisse en renonçant avant tout à
l'adhésion à l'UE comme objectif stratégique a été
transmise comme postulat. Bien que poursuivant une finalité fort différente
de celle de la motion du groupe UDC, la motion Comby (prd, VS) - qui
enjoint le Conseil fédéral de réactiver la demande d'adhésion
de la Suisse à l'UE sitôt connu le résultat des négociations
bilatérales - a également été transmise sous la
forme moins contraignante du postulat, et ce en dépit de l'opposition
formulée par les députés Reimann (udc, AG) et Frey (udc,
ZH). En revanche, la motion Keller(ds, BL) chargeant le Conseil fédéral
de baser sa politique étrangère sur le strict maintien de la neutralité
du pays et, à ce titre, de renoncer notamment à l'adhésion
de la Confédération à l'Union européenne n'a pas
été transmise par les députés du National. Un postulat
du même auteur demandant au gouvernement de revoir son rapport sur la
politique étrangère de la Suisse en tenant compte de l'opinion
exprimée par la majorité des citoyens lors du vote sur l'EEE devait
d'ailleurs connaître le même sort.
C'est au terme d'une discussion nettement plus circonscrite - durant laquelle
fut à nouveau soulignée la nécessité de ne pas modifier
la répartition des compétences en matière de politique
étrangère telle que définie par la Constitution - que les
députés du Conseil des Etats ont eux aussi rejeté
sans contre-projet l'initiative des Démocrates suisses/Lega.
Réunis à Lucerne dans le cadre du premier Forum "Europa-Dialog",
les ministres des affaires étrangères d'Autriche, de Suède,
de Finlande et de Norvège ont fait part aux autorités helvétiques
ainsi qu'à un public d'un millier de personnes de leurs expériences
mutuelles au sein et en dehors de l'UE. Bien que les représentants des
trois nouveaux membres de l'Union aient jugé de façon positive
leur entrée au sein de l'Europe des Quinze, ils se sont néanmoins
gardés de dresser une image par trop idyllique de la construction européenne,
reconnaissant que celle-ci ne résoud en aucun cas de façon automatique
les problèmes des Etats-membres. Mettant en exergue le poids important
accordé aux petits pays dans le processus décisionnel européen,
les ministres autrichien, suédois et finlandais ont invité la
Suisse à profiter de l'échéance de 1998 - année
durant laquelle l'UE considérera son élargissement aux pays d'Europe
centrale et orientale - pour se présenter aux portes de l'Union. De son
côté, le dignitaire norvégien a déclaré que
son pays n'envisageait pas d'organiser un nouveau référendum en
vue d'adhérer à l'UE après l'échec de novembre 1994.
Tirant un bilan positif de ce forum, les organisateurs de l'"Europa-Dialog"
ont fait part de leur intention de réitérer cette manifestation
en 1997.
A l'appel du Mouvement pour l'Europe, de la ville de Zurich, du canton de Genève
et des trois quotidiens "Tages Anzeiger", "La Regione" et "Le Nouveau Quotidien",
quelque 3000 personnes se sont réunies à Zurich pour commémorer
le 50
e anniversaire de la proclamation du discours sur les "Etats-Unis
d'Europe" par
Winston Churchill. Invité d'honneur de cette fête
intitulée "Europe, notre cause commune", l'ex-chancelier de la République
fédérale d'Allemagne Helmut Schmidt a adressé un vibrant
appel en vue de la participation de la Suisse au processus de construction européenne.
Munie de 106 442 signatures récoltées non sans mal, l'
initiative
"Oui à l'Europe" a été déposée dans le
courant du mois de juillet à la Chancellerie fédérale.
Rappelons que cette initiative demande que la Confédération engage
sans délai des négociations avec l'UE en vue d'y adhérer;
elle constitue pour l'heure la troisième initiative populaire pendante
concernant les relations Suisse-UE [
(10)].
Au vu de l'avancée difficile des négociations bilatérales
entre la Suisse et l'UE, l'option visant à faire revoter une seconde
fois le peuple helvétique sur l'Espace économique européen("EEE
bis" ou "EEE-bis à l'essai") a rassemblé les suffrages
d'un nombre grandissant de proeuropéens, tant parmi les partis gouvernementaux
- exception faite de l'UDC - qu'au sein des milieux économiques et syndicaux.
Jugeant que l'adhésion de la Suisse à l'UE n'est pas envisageable
dans le contexte actuel, les partisans de cette voie médiane ont laissé
entendre que pareil scrutin pourrait avoir lieu en 1997 ou 1998. Sous l'impulsion
d'une interpellation déposée par le député valaisan
Simon Epiney (pdc), une dizaine de parlementaires favorables à la réactivation
du dossier EEE devait même recommander au Conseil fédéral
de retirer la demande d'adhésionde la Suisse à l'Union,
ceci afin de dépassionner le débat sur l'Europe et de préparer
le terrain pour cette seconde votation populaire sur l'Espace économique
européen. Cette proposition de retrait fut d'ailleurs reprise par l'UDC
lors des entretiens de la Maison de Watteville qui se tinrent au début
du mois de novembre: présentée comme un moyen à même
de faciliter l'aboutissement des négociations bilatérales ainsi
que l'acceptation de leurs résultats par le peuple suisse, cette voie
sembla alors trouver un écho grandissant auprès des présidents
des partis socialiste et radicaux. Elle fut en revanche fraîchement accueillie
par le Conseil fédéral qui s'est attaché à répéter
son intention de maintenir le cap dans la conduite des affaires européennes.
De leur côté, les opposants à toute forme d'intégration
de la Confédération à l'UE devaient réitérer
à maintes reprises leur volonté d'empêcher la conclusion
de tout accord passé avec l'UE qui pourrait être dommageable aux
intérêts helvétiques. Ainsi, la menace d'un référendumcontre
le résultat des négociations bilatérales menées
avec les Quinze dans les domaines clés de la libre circulation des personnes
et des transports terrestres s'est faite pressante tout au long de l'année,
limitant par là-même la marge de manœuvre des négociateurs
suisses à Bruxelles.
Les négociations
entre la Suisse et l'Union européenne concernant la conclusion d'accords
bilatéraux sectoriels se sont poursuivies tout au long de l'année
sous revue sans pour autant que les deux parties n'arrivent à s'entendre
de façon définitive sur les questions particulièrement
conflictuelles de la libre circulation des personneset des transports
routiers. Au vu des principes de "globalité et de parallélisme
approprié" établis dès le début des négociations
par les Quinze, aucun des sept accords sectoriels n'a ainsi pu être conclu
d'ici la fin de l'année, et ce bien que les dossiers qualifiés
de techniques (recherche, obstacles techniques aux échanges, produits
agricoles et accès aux marchés publics) aient fait l'objet d'un
large assentiment tant du côté helvétique que de celui des
négociateurs européens.
Pressé dès le début d'année par les associations
faîtières de l'économie suisse désireuses de voir
aboutir les pourparlers dans les semaines qui suivaient, le Conseil fédéral
chargea dans un tout premier temps ses négociateurs de rédiger
des clauses évolutives "acceptables de part et d'autre" non plus
pour le seul domaine de la libre circulation des personnes, mais également
pour ceux des transports terrestres et aériens: concernant la libre circulation
des personnes, le gouvernement devait initialement réitérer sa
volonté de se limiter dans une première phase à une amélioration
qualitative du statut des travailleurs européens en Suisse (abolition
du statut de saisonnier, regroupement familial, mobilité géographique
et professionnelle), suivie par la suite d'un nouveau tour de table sur la libre
circulation à proprement parler. Dans le domaine des transports routiers,
la stratégie à deux vitesses chère au gouvernement helvétique
tablait sur une augmentation du nombre des 40 tonnes autorisés à
circuler en Suisse, ou sur un élargissement de la zone frontière
dans laquelle ces véhicules auraient été admis. Le second
volet des négociations relatif à ce dossier aurait alors porté
sur une éventuelle levée de la limite des 28 tonnes à partir
de 2005 ainsi que sur l'introduction de taxes d'incitation favorisant le transit
alpin par le rail.
Bien que le principe même de l'introduction de clauses évolutives
n'ait pas été exclu par les Quinze, le vœu des autorités
suisses de voir s'achever le dur exercice des bilatérales d'ici à
la moitié de l'année 1996 ne devait toutefois pas se réaliser
en raison des divergences de vue entre les parties concernant la question
du contenu de ces clauses. Ne prévoyant la fixation d'aucune date ni
moyens pour parvenir aux objectifs finaux des négociations - menace de
référendum oblige -, la position helvétique ne pouvait
en effet convenir aux négociateurs européens désireux de
voir la Confédération prendre des engagements précis et
contraignants sur les questions relatives à la libéralisation
de son marché du travail et à la levée de l'interdiction
des 40 tonnes. Conscients des craintes que pareilles revendications ne manqueraient
pas de susciter dans l'opinion publique suisse, les Quinze laissèrent
néanmoins déjà entrevoir la possibilité d'inclure
une clause de sauvegarde à laquelle la Suisse pourrait avoir recours
en cas d'afflux massif de travailleurs étrangers sur son territoire.
Afin de sortir de l'impassedans laquelle se trouvaient à nouveau
négociateurs suisses et européens à la fin du mois de janvier,
les autorités helvétiques lièrent de nombreux contacts
informels durant les mois de février et mars avec les délégués
de tous les pays membres de l'Union ainsi qu'avec la Commission européenne.
Au terme de ces discussions exploratoires dont la teneur fut largement tenue
confidentielle - mais au cours desquelles la Suisse aurait pour la première
fois lancé l'idée d'abandonner la préférence accordée
sur son marché du travail aux personnes domiciliées en Suisse,
puis le système de contingentement de la main-d'œuvre étrangère
-, le Conseil fédéral procéda à une évaluation
de la situation. Prenant acte de l'accueil fort mitigé réservé
par les Quinze aux nouvelles propositions helvétiques à l'occasion
notamment de la réunion en mars des ministres européens des transports,
le gouvernement se déclara alors prêt à modifier le mandat
de négociationsuisse afin d'éviter que le processus bilatéral
engagé depuis la fin 1994 se solde sur un constat d'échec.
Dans la perspective de procéder en avril aux adaptations nécessaires
de l'offre suisse dans les domaines de la libre circulation des personnes et
des transports routiers, une large procédure de consultation auprès
des partis politiques, des cantons et des partenaires sociaux fut ouverte. Fort
du soutien que devaient à cette occasion lui témoigner les instances
dirigeantes de l'ensemble des partis gouvernementaux - UDC y compris - ainsi
que les commissions de politique extérieure du parlement, le Conseil
fédéral décida en conséquence d'élargir le
mandat de ses négociateurs à Bruxelles dans le dossier clé
de la libre circulation des travailleurs ainsi que dans celui des transports
routiers: déterminé à rester en deçà des
dispositions comprises dans le Traité EEE de 1992, le gouvernement proposa
à ce titre que l'accord sur la libre circulation entérine dans
un premier temps l'abandon de la préférence reconnue aux Suisses
et aux étrangers munis d'une autorisation d'établissement vis-à-vis
des ressortissants de l'UE déjà établis sur le territoire
helvétique, suivi deux ans plus tard et toujours sur une base réciproque
de la suppression pure et simple de cette disposition pour l'ensemble de la
main-d'œuvre en provenance de l'Union. Quant aux négociations portant
sur la suppression potentielle des contingents, la nouvelle offre suisse prévoyait
que celles-ci débutent cinq ans après l'entrée en vigueur
de la première étape. Concernant le domaine des transports terrestres,
le Conseil fédéral se dit par ailleurs prêt à procéder
à une adaptation progressive du poids maximal des camions dès
2001, pour autant que le passage des 28 aux 40 tonnes soit associé à
une hausse coordonnée avec l'UE des taxes routières afin que le
transfert de la route au rail soit promu et que les coûts externes du
trafic routier soient internalisés. En contrepartie de ces concessions,
les autorités suisses formulèrent à nouveau leurs revendications
en matière de transports aériens, à savoir que l'Union
offre la possibilité aux compagnies nationales d'organiser dès
l'entrée en vigueur de l'accord sectoriel des vols vers l'Europe, puis
que des améliorations progressives leur soient consenties afin que cinq
ans plus tard les avions suisses puissent effectuer des vols internes dans les
pays européens.
Cette percée spectaculaire qui, l'espace d'un instant, laissa présager
l'aboutissement proche des négociations bilatérales fut néanmoins
d'emblée hypothéquée par les déclarations des Démocrates
suisses et du député UDC et président de l'ASIN, Christoph
Blocher, qui annoncèrent leur intention de lancer un référendumcontre
les accords sectoriels avec l'UE au cas où ceux-ci seraient conclus sur
la base des dispositions comprises dans la nouvelle offre des autorités
fédérales. Le recours à la procédure référendaire
fut d'ailleurs également évoqué par le parti de la liberté
et les Verts. Quant aux Quinze - dont la Suisse espérait un signal favorable
suite aux concessions accordées -, la majorité d'entre eux accueillit
de manière positive les nouvelles propositions de la partie helvétique.
Plusieurs Etats-membres, Espagne et Portugal en tête, rappelèrent
toutefois qu'à leurs yeux la Suisse se devait de souscrire à l'objectif
de la libre circulation avant qu'une modification des directives de négociation
données à la Commission européenne ne soit entreprise.
Au terme d'un examen détaillé de l'offre helvétique, les
ministres des affaires étrangères des Quinze reconnurent à
leur tour que celle-ci avait imprimé une nouvelle dynamique au processus
bilatéral entre la Confédération et l'UE. En dépit
de cette appréciation générale favorable , les partenaires
de l'Union firent cependant clairement comprendre aux négociateurs suisses
que s'ils approuvaient désormais officiellement l'approche par étapes
telle que suggérée par le Conseil fédéral, ils attendaient
en revanche davantage de concessions dans les deux domaines clés des
négociations: ainsi, les Quinze devaient avant tout rappeler leur attachement
à une mise en oeuvre pleine et entière de la libre circulation
des personnes, en échange de quoi ils se déclarèrent disposés
à octroyer à la Suisse la clause de sauvegarde ad hoc. Ils réitérèrent
par ailleurs leur revendication concernant l'accès des poids lourds de
40 tonnes aux centres économiques du Plateau suisse dès l'entrée
en vigueur de l'accord sectoriel et insistèrent sur le fait qu'un certain
nombre de règles soit d'ores et déjà fixé pour s'assurer
que la redevance alpine suisse sera proportionnelle et non-discriminatoire.
Bien que les deux parties aient déclaré vouloir profiter du nouvel
élan insufflé par la réponse encourageante de l'Union européenne
aux concessions suisses, la réunion en juillet des ministres des affaires
étrangères des Quinze se solda sans que ceux-ci ne formulent
les contre-propositions détaillées que la partie helvétique
s'estimait alors en droit d'obtenir de l'UE. Seule une déclaration d'intention
dans laquelle les partenaires de l'Union demandèrent que les négociations
bilatérales soient menées à bien dès que possible
devait marquer cette rencontre qui ne conduisit cependant à la fixation
d'aucune échéance pour parvenir à cet objectif.
Le souhait des autorités fédérales de voir aboutir le périlleux
exercice des bilatérales avant la fin de l'année ne fut pas davantage
exaucé à l'issue des diverses rencontres que tinrent les négociateurs
suisses et européens ainsi que les ministres des transports et des affaires
étrangères des Quinze durant les mois de septembre à décembre.
Bien que la Commission européenne eût, dans une large mesure, reconnu
le bien-fondé des thèses helvétiques concernant la mise
en place d'une taxe poids lourds reflétant la vérité des
coûts du trafic routier, la majorité des pays membres de l'UE -
Autriche, Italie et France en tête - rechigna néanmoins à
s'engager sur cette voie avant qu'un débat sur la question ne soit mené
à l'échelon interne de l'Union. Dans le domaine de la libre circulation
des personnes, les Quinze se bornèrent à répéter
les revendications formulées jusqu'alors: que la Suisse s'engage de façon
contraignante sur ce principe, sans quoi aucun accord sur les bilatérales
ne pourrait être trouvé. L'intransigeance de l'UE en la matière
fut néanmoins tempérée par une proposition de la Commission
européenne visant à introduire une clause de sauvegarde taillée
sur mesureen vue d'apaiser les craintes de la population helvétique:
baptisée "mécanisme d'évolution contrôlée",
ce dispositif complexe de fermeture du marché de l'emploi helvétique
en cas d'afflux massif de ressortissants européens pourrait être
actionné unilatéralement par la Confédération durant
une période transitoire de quelques années, et ce sans que l'Union
ne prenne de mesures de rétorsion. Passé ce délai, ce mécanisme
se transformerait en clause de sauvegarde classique dont l'utilisation - limitée
dans le temps - nécessiterait alors l'accord préalable des deux
parties. Malgré cette contre-proposition qualifiée d'intéressante
par les autorités helvétiques, la Berne fédérale
réitéra une nouvelle fois son refus quant à la conclusion
d'un accord entraînant le passage automatique vers la libre circulation
intégrale des personnes. Cette divergence de fond entre la Suisse et
l'UE devait toutefois singulièrement s'aplanir au début du mois
de décembre après que négociateurs suisses et européens
eurent communément élaboré une solution de compromis
: aux termes de cette dernière, l'accord sectoriel consacrerait la suspension
des contingents de main-d'œuvre européenne dès 2005, et ce pour
une année d'essai. A l'issue de cette période probatoire durant
laquelle la Suisse pourrait actionner la clause de sauvegarde unilatérale,
les autorités fédérales et éventuellement le peuple
suisse devraient alors se prononcer formellement sur le renouvellement ou non
de cet accord limité à sept ans, sans toutefois que cette décision
ne fasse l'objet d'un nouveau round de négociations comme la Suisse l'avait
exigé jusqu'alors. En cas d'acceptation du principe même de la
libre circulation par la Confédération, cette dernière
se verrait alors accorder une période transitoire de sept à neuf
ans au terme de laquelle tout mécanisme de freinage devrait être
abandonné en vue de garantir la libéralisation pleine et entière
de son marché du travail. Suite à cette embellie inespérée
dans un domaine qui jusqu'alors avait constitué la principale pierre
d'achoppement des négociations, le point de friction entre la Suisse
et l'UE semble désormais devoir se cristalliser sur le secteur des transports
routiers où les positions des deux parties n'ont pour l'heure pu faire
l'objet d'aucun compromis concernant la question de la fiscalité à
travers l'Arc alpin.
Après s'être
penché en 1996 sur l'initiative populaire "Négociations d'adhésion
à l'UE: que le peuple décide!" des Démocrates suisses/Lega,
le Conseil national a entamé l'examen de l'initiative concurrente intitulée
" Pour notre avenir au cœur de l'Europe ". Lancé par les jeunes
du Comité "Né le 7 décembre" au lendemain du scrutin négatif
de 1992 sur l'entrée de la Suisse au sein de l'Espace Économique
Européen, ce texte propose de déléguer au seul gouvernement
la faculté de négocier, conclure et ratifier l'accession de la
Confédération à l'EEE. Bien qu'ayant permis de réactiver
le débat sur l'intégration de la Suisse au sein de l'Europe, le
traitement de l'initiative des jeunes n'a fait que confirmer une fois de plus
la polarisation persistante des positions partagées par les différents
groupes parlementaires sur cette délicate question. Contraints de rejeter
l'initiative compte tenu de son non respect des formes constitutionnelles en
matière d'adhésion aux traités internationaux, les pro-européens
n'ont cependant pas manqué de saluer la volonté politique des
jeunes initiants d'enrayer la logique d'isolement dans laquelle se trouve plongée
la Suisse depuis cinq ans. Les nombreuses interventions des députés
favorables à l'Europe ont à ce titre laissé entrevoir une
légère différence d'appréciation quant à
la voie à suivre en matière d'intégration: Si les groupes
socialiste et libéral - estimant que l'EEE ne représente plus
une étape suffisamment attrayante en raison des modifications subies
par cet accord depuis 1992 - se sont dès lors clairement prononcés
en faveur de l'adhésion à terme de la Suisse à l'Union
européenne, plusieurs députés radicaux et démocrates-chrétiens
ont tenu à défendre l'alternative médiane que constitue
à leurs yeux l'option EEE bis. L'ensemble des députés proeuropéens
n'ont en revanche parlé que d'une seule voix concernant la priorité
absolue à accorder aux négociations bilatérales en tant
que première étape du rapprochement de la Suisse vers l'Europe.
Si les opposants traditionnels à toute forme d'intégration - à
savoir, le groupe UDC dans sa majorité, le parti de la liberté
et les Démocrates suisses/Lega - ont à leur tour invoqué
comme principal argument de rejet le non respect des dispositions constitutionnelles
en matière de traités internationaux tel que consacré par
l'initiative des jeunes, certains d'entre eux n'ont pas manqué de réitérer
leurs critiques de fond sur la construction européenne. Ayant fait la
quasi-unanimité des voix contre elle en raison des moyens retenus par
les initiants dans leur quête d'une Suisse au cœur de l'Europe, l'initiative
du Comité "Né le 7 décembre" a finalement été
rejetée, sans contre-projet, par 104 voix contre 6, 42 députés
ayant quant à eux préféré s'abstenir. Compte tenu
des différentes pressions exercées par le monde politique sur
le mouvement "Né le 7 décembre", et au vu du faible soutien accordé
par la grande Chambre à leurs revendications, les jeunes proeuropéens
se sont alors résignés à retirer leur initiative
.
Rejetée
en 1996 par le parlement pour les mêmes motifs d'ordre constitutionnel
que ceux invoqués contre l'initiative des jeunes, l'initiative des Démocrates
suisses/Lega " Négociations d'adhésion à l'UE: que le
peuple décide!" a en revanche été soumise au verdict
populaire au début du mois de juin. Compte tenu de l'hostilité
unanime des partis gouvernementaux et de l'Action pour une Suisse indépendante
et neutre (ASIN) à l'encontre de ce texte, la campagne qui précéda
le scrutin fut étonnamment calme en comparaison des débats enflammés
que suscite généralement la question européenne. Craignant
de pécher par excès d'optimisme à un moment où l'ensemble
des observateurs s'accordaient à reconnaître l'échec programmé
de l'initiative, huit associations proeuropéennes - regroupées
au sein d'une "Plate-forme suisse Oui à l'Europe" - décidèrent
néanmoins de relancer le débat sur l'intégration en publiant
à cette fin un manifeste appelant la population à rejeter massivement
l'initiative des Démocrates suisses/Lega, d'une part, et prônant
un rapprochement rapide de la Confédération vers l'UE, d'autre
part. Face à cette offensive qui reçut l'appui de nombreux parlementaires,
les auteurs de l'initiative créèrent à leur tour un comité
de soutien à leurs revendications auquel ne vinrent toutefois s'associer
que des représentants de l'Union démocratique fédérale
(UDF) et du parti catholique populaire (KVP). Contrairement aux craintes partagées
par certains politiciens quant à un brusque réflexe de fermeture
de la part de l'opinion publique, ce déséquilibre des forces en
présence fut largement confirmé le soir de la votation, puisque
l'initiative des Démocrates suisses/Lega a été très
nettement rejetée par le peuple - 1 189 440 voix contre 416 720 -,
ainsi que par tous les cantons.
L' analyse Vox sur les résultats du scrutin a permis de mettre
en évidence une prépondérance de votes négatifs
dans tous les groupes de population observés: Ainsi, ni le sexe, ni l'âge,
ni le statut professionnel ou encore la religion ne semblent avoir joué
un rôle significatif dans l'attitude du vote. Un rejet équivalent
de l'initiative a par ailleurs été observable au sein des grandes
villes et à la campagne, de même qu'en Suisse alémanique
et en Suisse romande. Il s'est toutefois avéré que l'opposition
aux revendications des Démocrates suisses/Lega a été nettement
moins virulente parmi les personnes se sentant proches de l'UDC qu'au sein des
sympathisants des autres partis gouvernementaux. L'analyse du comportement du
vote par rapport à l'axe idéologique gauche-droite a d'ailleurs
révélé que le rejet de l'initiative a eu tendance à
s'accroître à mesure que l'on se rapprochait de la gauche de l'échiquier
politique. L'examen des raisons avancées par les votants pour justifier
leur décision a finalement montré que la question de l'adhésion
de la Suisse à l'UE n'a joué qu'un rôle secondaire dans
le résultat du scrutin, du fait que les opinions se sont avant tout formées
sur la base des motifs d'ordre constitutionnel invoqués par les autorités.
Ainsi, l'analyse Vox est parvenue à la conclusion que le rejet à
plus de 70% de l'initiative ne pouvait en aucun cas être interprété
comme un témoignage d'ouverture en faveur de l'entrée de la Confédération
au sein de l'Union européenne.
Initiative populaire
"Négociations d'adhésion à l'UE: que le peuple décide!"
Votation du 8 juin 1997
Participation:
35,4%
Non: 1 189 440 (74,1%)
Oui: 416 720 (25,9%)
Mots d'ordre:
- Oui: PdL, DS, Lega dei Ticinesi, UDF, Parti catholique populaire.
- Non: PS, PRD, PDC, UDC, PES, PLS, PEP, Ady; Vortex, Centre patronal, USS.
Les débats
sur une éventuelle adhésion de la Suisse à l'EEE (voie
EEE bis), voire à l' Union européenneont été,
en 1997, largement évincés par la priorité absolue accordée
par la classe politique et par les médias aux négociations bilatérales.
La perspective de leur conclusion avant la fin juin, puis les efforts déployés
par la suite en vue de relancer le processus bilatéral dans l'espoir
de le mener à terme avant la fin de l'année ont en effet relégué
au second plan les discussions concernant un rapprochement plus significatif
de la Confédération vers l'Europe. Peu satisfaits de cette absence
de vision à moyen et long termes, les partisans de l'adhésion
de la Suisse à l'UE ont néanmoins tenté à plusieurs
reprises de relancer le débat sur l'intégration européenne.
A ce titre, la " Plate-forme suisse Oui à l'Europe " - née
du rassemblement de huit organisations proeuropéennes - invita le Conseil
fédéral à réactiver sa demande d'adhésion
à l'Union sitôt les négociations bilatérales achevées.
Cette revendication, formulée au lendemain du vote sur l'initiative des
Démocrates suisses/Lega, fut reprise par la suite par le comité
" Né en 1848", auteur d'un manifeste en faveur de l'entrée
de la Suisse au sein de l'UE et auquel plus de 2000 personnalités des
mondes politique, économique, médiatique et culturel apposèrent
leur signature .
Le mutisme quasi total dans lequel s'était jusqu'ici retranchée
la classe politique à l'égard de toute tentative plus ambitieuse
de rapprochement de la Suisse vers l'Europe fut soudainement brisé à
la suite des difficultés rencontrées dans le cadre des négociations
bilatérales au début du mois de novembre. Face à l'impasse
qui se dessinait alors, les conseillers fédéraux Jean-Pascal Delamuraz
et Moritz Leuenberger se déclarèrent en effet favorables à
l'ouverture d'un nouveau débat public sur l'adhésionde
la Confédération à l'UE. Cette impulsion en faveur de la
relance du processus d'intégration ne fut toutefois que de courte durée
en raison de la reprise active des pourparlers à l'échelon bilatéral
dont le caractère prioritaire fut réaffirmé par le Conseil
fédéral à la fin du mois de novembre.
Trois ans après son entrée en vigueur, le Traité sur l'Espace
économique européen ( EEE) a fait l'objet d'un bilan
extrêmement positif à l'occasion d'une conférence de
presse donnée par le secrétaire général de l'AELE,
Kjartan Johannsson. Reconnaissant que les pays de l'AELE membres de l'EEE -
à savoir la Norvège, l'Islande et le Liechtenstein - sont contraints
de s'aligner sur le droit européen, le diplomate islandais a cependant
déclaré que cette absence de droit de codécision était
en grande partie compensée grâce à la participation active
de ces trois Etats aux travaux des quelque 200 comités chargés
d'élaborer la législation communautaire. Concernant la Suisse,
K. Johannsson a regretté que celle-ci ne profite pas davantage de la
possibilité qui lui est offerte de faire entendre son point de vue lors
des réunions internes de l'AELE consacrées à l'EEE. A l'occasion
de la commémoration du 5e anniversaire du refus par le peuple
suisse d'adhérer à l'EEE, le député UDC et président
de l'ASIN, Christoph Blocher, a pour sa part apprécié d'une
toute autre manière la valeur de cet accord. Qualifiant ce dernier de
"contrat colonial" qui aurait non seulement conduit en Suisse à une restriction
des droits populaires, mais aussi à une diminution de la prospérité
et du niveau des salaires, le tribun zurichois s'est dès lors réjoui
de la voie en solitaire empruntée par la Confédération
depuis 1992. Il l'a d'ailleurs fait savoir dans le cadre d'une opération
de relations publiques sans précédent au cours de laquelle une
brochure d'information louant les vertus de l'"Alleingang" a été
acheminée auprès de 3,6 millions de ménages. L'appréciation
de la situation portée par le député UDC n'a cependant
pas manqué de trancher avec les constats nettement plus pessimistes dressés
par le monde économique et la classe politique dans sa majorité.
Le Conseil des Etats a décidé de ne pas donner suite à
l'initiative déposée fin 1995 par le canton du Jura qui
demandait que la Confédération réactive la demande d'ouverture
de négociations d'adhésion avec l'Union européenne et qu'elle
s'engage, indépendamment du processus bilatéral, pour de rapides
pourparlers en vue d'une entrée de la Suisse au sein de l'UE. Pareille
requête a en effet été jugée malvenue en raison des
conséquences néfastes qu'elle ne manquerait pas d'avoir sur le
bon déroulement des négociations bilatérales sectorielles
ainsi que sur le climat politique en Suisse.
Trois ans après leur lancement officiel, les négociations bilatérales
sectorielles entre la Suisse et l'Union européenne n'ont toujours pas
connu la percée décisive qui aurait permis aux deux parties de
conclure d'ici à la fin 1997 un accord politique global dans les sept
domaines faisant l'objet de pourparlers. Cette impossibilité d'élaborer
un compromis qui puisse satisfaire à la fois les intérêts
helvétiques et communautaires fut d'autant plus surprenante au regard
des prévisions faites en début d'année quant à la
conclusion probable des négociations avant l'été. Cependant,
après avoir achoppé durant de nombreux mois sur l'épineux
dossier de la libre circulation des personnes, le processus bilatéral
s'est heurté à une incompatibilité totale de vues
entre négociateurs suisses et européens au sujet des transports
terrestres . Soucieuses de garantir le transfert du trafic de transit de
la route au rail conformément aux exigences de la politique suisse en
matière de transports, les autorités fédérales fixèrent
dans le courant du mois de janvier à 600 francs le montant maximal des
taxes à prélever à partir de 2005 sur chaque camion de
40 tonnes effectuant la traversée Bâle-Chiasso. Tablant pour leur
part sur une ponction maximale de 340 francs pour le même trajet, les
Quinze ne manquèrent pas de rejeter sans autre forme de procès
les prétentions suisses qui furent qualifiées de prohibitives.
Les divergences de vues entre la Berne fédérale et Bruxelles dans
le domaine des transports routiers ne se limitèrent toutefois pas au
seul montant des taxes, mais concernèrent également la clause
de sauvegarde non fiscale et unilatérale demandée expressément
par la Confédération ainsi que l'établissement d'un certain
quota annuel de 40 tonnes autorisés à circuler sur le territoire
suisse avant 2005. Compte tenu des profondes dissensions existant sur ces aspects
bien précis du dossier des transports, les négociations bilatérales
ne tardèrent pas à devenir le théâtre d'un véritable
bras de ferdurant lequel la Suisse fut peu à peu amenée à
revoir ses ambitions premières à la baisse, sous peine de provoquer
la rupture définitive des pourparlers. Soumises à un ultimatum
de la part de l'Union concernant le montant des taxes routières, les
autorités fédérales proposèrent en avril d'imposer
les poids lourds de manière différenciée en fonction de
leurs émissions polluantes. Le système envisagé par la
partie helvétique prévoyait à ce titre d'abaisser le niveau
moyen des taxes à 460 francs (inflation non comprise), ce qui demeura
cependant trop élevé aux yeux de la Commission européenne.
L'intransigeance de l'UE à l'égard des positions défendues
par la Suisse fut d'ailleurs couronnée par le refus des Quinze de convoquer
en mai un Conseil extraordinaire des ministres européens des transports
dont il était initialement attendu l'achèvement des négociations
sectorielles dans ce domaine.
Après l'intense activité diplomatique déployée jusqu'alors
par les deux parties en vue d'achever les pourparlers bilatéraux avant
l'été, l'annulation de cette réunion fut à l'origine
d'une période de léthargie de quatre mois durant laquelle le rythme
des rencontres entre les négociateurs suisses et européens connut
un fort ralentissement. Sur le plan interne, cette nouvelle crisedu processus
bilatéral fut diversement appréciée par les principaux
acteurs de la scène politique suisse. La consternation que provoqua ce
blocage parmi les milieux économiques conduisit ces derniers à
revendiquer davantage de flexibilité de la part du gouvernement de manière
à ce que les négociations puissent encore aboutir avant la fin
1997 et non pas en 1998 comme le laissa alors entrevoir le conseiller fédéral
Moritz Leuenberger. A l'inverse des partis gouvernementaux qui ne tardèrent
pas à réaffirmer leur soutien à la stratégie poursuivie
par le Conseil fédéral, plusieurs formations politiques et associations
aux sensibilités différentes, voire même contradictoires
(ASIN, Association transport et environnement, PES, Comité de l'Initiative
des Alpes) laissèrent quant à elles planer la menace latente
d'un référendumau cas où le gouvernement serait amené
à faire de trop grandes concessions à l'UE dans l'optique de relancer
les pourparlers en matière de transports. Soumis à des pressions
tant sur le front intérieur qu'à la table des négociations,
le Conseil fédéral s'est trouvé en fait tout au long de
l'année dans la délicate position consistant à concilier
les revendications très rigides des groupes à capacité
référendaire sur le plan national avec les appels à la
flexibilité sans cesse proférés par les Quinze.
En dépit de la faible marge de manœuvre dont elles disposaient, les autorités
fédérales soumirent de nouvelles propositions à
l'Union dans le courant du mois d'octobre. Portant principalement sur des taxes
routières ramenées à 410 francs en moyenne à partir
de 2005, sur un subventionnement temporaire du trafic ferroviaire à travers
l'arc alpin (à raison de 200 millions de francs par année au maximum
dès 2006) ainsi que sur de solides clauses de sauvegarde unilatérales,
cette offre fut parallèlement doublée d'exigences dans d'autres
secteurs des négociations, à savoir l'octroi des 5e et
7elibertés (cabotage) aux compagnies aériennes suisses
et la participation d'experts helvétiques aux différents comités
chargés d'assister la Commission européenne et le Conseil des
Quinze dans leurs travaux. Au terme d'un examen approfondi des diverses concessions
accordées par la Confédération, les Quinze refusèrent
cependant une nouvelle fois de convoquer un Conseil extraordinaire des ministres
des transports qui aurait permis de lancer la phase finale des négociations.
Face à ce camouflet qui devait anéantir définitivement
tout espoir de conclure le processus bilatéral avant la fin de l'année,
le gouvernement helvétique se déclara alors prêt à
renoncer à l'établissement d'une clause de sauvegarde non fiscale
en tant que mesure propre à éviter un afflux massif de poids lourds
sur le territoire suisse. Bien que jugé de façon positive par
la Commission européenne, ce nouveau signe d'ouverture de la part des
autorités fédérales n'en demeura pas moins insuffisant
aux yeux des ministres des affaires étrangères des Quinze qui
- après avoir tiré un rapide bilan de l'ensemble des négociations
en cours avec la Suisse à la fin du mois de novembre - réitérèrent
leur intention de mener à bon port le processus bilatéral pour
autant que la Confédération fasse preuve de davantage de flexibilité
dans le domaine des transports. Cette pression constante exercée par
les Quinze conduisit les autorités fédérales à assouplir
une fois encore leurs prétentions en matière de fiscalité
routière, puisque celles-ci laissèrent miroiter une éventuelle
diminution de 250 à 200 francs du montant moyen des charges qui seront
prélevées sur les poids lourds de 34 tonnes durant la période
comprise entre 2001 et 2005. Réunis à la mi-décembre, les
ministres européens des transports prirent acte avec satisfaction des
pas importants accomplis par la Suisse depuis son offre du mois de janvier.
En se déclarant prêts à continuer les négociations
dans le secteur des transports terrestres sur la base des "coûts réels
d'infrastructure", les Quinze s'attaquèrent cependant au fondement même
de la politique des transports poursuivie par la Berne fédérale,
puisque celle-ci vise l'internalisation des coûts externes liés
au trafic routier.
L'attention portée de manière quasi exclusive par les médias
et le monde politique aux pourparlers sur les transports eut pour corollaire
la mise en veilleuse de nombreux points techniques non encore résolusdans
les autres secteurs des négociations. En dépit du compromis politique
auquel étaient parvenus négociateurs suisses et européens
en décembre 1996, le domaine de la libre circulation des personnes a
continué d'être l'objet de tractations sur différents points
cruciaux. Parmi ceux-ci ont notamment figuré le calcul des seuils au-delà
desquels la Suisse pourrait être habilitée à actionner la
clause de sauvegarde lui permettant de freiner un éventuel afflux massif
de ressortissants européens sur son marché du travail, le problème
de la libéralisation de certaines prestations de service, l'éventuelle
flexibilisation du régime d'accès à la propriété
immobilière par des étrangers (Lex Friedrich) ainsi que différentes
questions touchant au domaine des assurances sociales (assurance-maladie et
assurance-chômage). Dans le cadre des pourparlers relatifs à l'agriculture,
plusieurs Etats-membres de l'Union ont demandé à pouvoir bénéficier
de concessions tarifaires supplémentaires pour des produits tels que
l'huile d'olive, le vin, la viande et les fromages. Ces revendications se sont
toutefois avérées d'une importance mineure en comparaison des
doutes que l'UE a émis en fin d'année quant à la compatibilité
de l'offre suisse avec les règles de l'OMC. A dire vrai, plusieurs points
des négociations considérés jusqu'ici comme acquis furent
soudainement remis en question par certains pays membres de l'Union, à
l'image du système complexe de clauses de sauvegarde et de contingents
provisoires élaboré en 1996 dans le domaine de la libre circulation
des personnes. Signe d'un certain durcissement de la part des Quinze à
l'égard d'un processus s'éternisant, cette nouvelle forme de pression
opérée sur la Suisse par l'UE fut particulièrement patente
au mois de novembre durant lequel Bruxelles déclara qu'aucun des sept
dossiers n'avait alors atteint un degré de maturité qui puisse
justifier le lancement, au niveau politique, de la phase finale des négociations.
C'est toutefois dans l'optique d'aplanir les divergences restantes que les négociateurs
suisses et européens élaborèrent en fin d'année
un plan de travail commun comprenant une liste d'une trentaine de questions
litigieuses à résoudre d'ici au mois de mars 1998.
Le groupe de travail
Suisse-Europe a relancé l'idée de l' adhésion de la Confédération
à l'EEE . Un de ses membres, Georg Stucky (prd, ZG), a défendu
avec un succès devant le Conseil national un postulat demandant l'établissement
d'un rapport comparatif sur les conditions et les conséquences d'une adhésion
à l'EEE et l'UE, ceci après la ratification des accords bilatéraux
par le parlement ou l'acceptation de ceux-ci par le peuple. Le rapport devrait,
selon le postulant, fournir un calendrier de mise et œuvre et exposer les avantages
et les inconvénients sur les différents domaines de la politique
suisse.
Notamment dans le but de fournir aux Chambres fédérales un outil
pour se déterminer sur l'initiative «Oui à l'Europe»,
une motion Suter (prd, BE) a prié le Conseil fédéral de présenter
un rapport périodique sur les progrès de l'intégration
européenne , un rapport sur l'impact des réformes économiques
engagées au sein de l'UE dans la perspective de l'Union économique
et monétaire et ses conséquences pour la Suisse, un inventaire des
réformes à accomplir en cas d'adhésion de la Suisse et un
exposé de la politique prévue pour atteindre l'objectif stratégique
d'adhésion à l'UE. Dans sa réponse écrite, le gouvernement
a expliqué qu'il avait déjà pris l'initiative de faire préparer
un rapport d'intégration (voir infra) et qu'il était prêt
à y incorporer les requêtes du motionnaire sous forme de postulat
afin de ne pas être contraint par la notion de périodique. Le Conseil
national a suivi cette proposition. Concernant le même sujet, il a également
transmis deux postulats (CPE et groupe radical-démocratique) demandant
au gouvernement de présenter un rapport sur les autres possibilités
d'intégration européenne (UE, EEE) et leurs conséquences
avant la fin de l'année. De son côté, la chambre des cantons
a donné son feu vert à deux postulats Beerli (prd, BE) demandant
un rapport sur l'intégration européenne et un état des négociations
bilatérales.
Quatre mouvements proeuropéens (Mouvement européen suisse, Mouvement
né le 7 décembre 1992, Jeunes fédéralistes européens
et Action Europa-Dialogue) de Suisse ont fusionné afin de rassembler leurs
forces dans la lutte contre l'ASIN (Action pour une Suisse indépendante
et neutre) de Christoph Blocher. Cette nouvelle structure dirigée par le
conseiller national Marc Suter (prd, BE) compte désormais 4000 membres.
Elle a pris le nom de Nouveau mouvement européen suisse (NOMES)
et s'est définie pour tâche immédiate de soutenir l'initiative
«Oui à l'Europe». Le conseiller fédéral Jean-Pascal
Delamuraz a été élu Président d'honneur en compagnie
de Christiane Brunner (ps, GE).
La brochure d'informations «La Suisse et l'Europe, cinq ans après
le rejet de l'EEE», envoyée à 3,6 millions de ménages
helvétiques a la fin 1997 par Christoph Blocher (udc, ZH), a été
sévèrement critiquée par le Conseil fédéral.
Estimant que cette publication ne contribuait pas à une discussion franche
et sereine, le gouvernement a relevé que les chiffres cités avaient
été choisis en dehors de leur contexte de manière à
accréditer les thèses de l'auteur et s'est prononcé fermement
contre cette vision revendiquant un avenir optimiste pour une Suisse en dehors
de l'UE . La Société pour le développement de l'économie
suisse (Sdes) a également réfuté les données utilisées
par Christoph Blocher.
Après quatre
années, les négociations sectorielles avec l'UE ont trouvé
leur conclusion au niveau politiqueau mois de décembre à Vienne.
La volonté de l'Angleterre, puis surtout de l'Autriche, d'aboutir à
un compromis avant la fin de leur période de présidence de l'Union
a constitué un élément important de cet aboutissement. En
début d'année, le domaine des transports a été
le principal objet de litige , rapport au coût estimé trop élevé
par l'UE de la taxe poids lourds. Les ministres des Affaires étrangères
des Quinze ont également exigé plus de souplesse de la part de la
Suisse dans les dossiers de la libre circulation des personnes (statut des saisonniers),
de l'agriculture (plus grande ouverture aux produits de l'UE) et des allocations
chômage. Un coup de frein important a été enregistré
au mois de mars avec le veto de l'Allemagne sur le compromis des transports.
Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger et le commissaire européen
Neil Kinnock s'étaient pourtant mis d'accord à Kloten (ZH) à
la fin du mois de janvier. Mais l'Allemagne a complètement contesté
les bases du calcul du montant de la taxe poids lourds. Suite à ce blocage,
les ministres des affaires étrangères de l'UE n'ont pas traité
à la fin d'avril le point des bilatérales avec la Suisse, comme
il était initialement prévu. Malgré ceci, les négociateurs
suisses et européens sont parvenus en juin à un accord sur la libre
circulation des personnes et sur l'agriculture. Concernant le premier point, la
Suisse a surtout accepté de revoir sa position sur l'attribution des prestations
de l'assurance chômage pour les travailleurs étrangers de courte
durée. Ce faisant, elle a vaincu les principales réticences de l'Espagne
et du Portugal. Sur le second point, elle a accepté la libéralisation
du marché du fromage.
Deux semaines plus tard, les principales divergences ont été éliminées
et ont ouvert la voie à une première conclusiongénérale.
Celle-ci restait toutefois conditionnée à l'acceptation du compromis
de Kloten par les Quinze et à la résolution de problèmes
institutionnels ou techniques comme celui de l'appellation «Champagne»
(revendiquée par la France et les vignerons d'un petit village vaudois)
ou de la viande séchée des Grisons (conflit sur la question des
règles d'origine). Dans cette optique, l'acceptation par le peuple de la
redevance poids lourds liée aux prestations (RPLP) et du financement des
transversales alpines (NLFA) ont fourni des arguments de poids à cette
conclusion politique. De plus, l'arrivée au pouvoir de la gauche en
Allemagnea fait tomber le veto qui bloquait le dossier des transports, lui
apportant même un soutien conséquent. La Suisse a toutefois dû
faire encore quelques concessions pour que soit définitivement clos le
chapitre des transports.
Après la conclusion de ce point qui était de loin le plus sensible,
une véritable course contre la montre s'est engagée afin de conclure
les bilatérales avant la fin de l'année . L'Autriche, présidente
de l'UE pour le deuxième semestre 1998, s'est montrée particulièrement
déterminéeà ce sujet. Une opposition tactique de la France
sur le transport aérien a toutefois failli renvoyer la conclusion à
1999. Multipliant les réunions ministérielles et diplomatiques,
les partenaires ont toutefois réussi à s'entendre à l'occasion
du sommet européen de Vienne. La Suisse a encore concédé
certains points marginaux dans la libre circulation des personnes. Par exemple,
les ressortissants de l'UE déjà occupés en territoire helvétique
ne seront pas concernés par les diverses restrictions et le calcul des
contingents. La période transitoire de deux ans assurant une priorité
aux travailleurs domiciliés dans le pays a toutefois pu être maintenue.
Berne a par contre lâché du lest dans l'agriculture. L'ouverture
aux produits communautaires (notamment fraises, tomates, vins doux) a été
augmentée d'une valeur commerciale de quelques 100 millions de francs.
L'interdiction pour les vignerons de Champagne(VD) d'utiliser ce nom a
également été entérinée. Concernant la viande
séchée des Grisons fabriquée avec de la viande argentine,
les concessions ont été liées à la levée
de l'embargo de certains pays de l'UE (suite à la maladie de la vache
folle) sur l'importation de viande bovine suisse . En contrepartie, la
Suisse a entre autres pu obtenir les 5e et 7e libertés dans le transport
aérien. Malgré un dernier baroud d'honneur du Portugal , les
négociations ont été définitivement conclues au niveau
politique au soir du 11 décembre . Il faut rappeler que la clause «guillotine»,
exigée par l'UE, suppose que les sept dossiers constituent un paquet et
ne pourront être traités séparément. Le Conseil fédéral
a d'ailleurs communiqué qu'ils seront présentés comme tels
dans l'arrêté fédéral y relatif. Des mesures d'accompagnement,
concernant notamment le dumping salarial, feront partie d'un paquet distinct.
Au lendemain de l'accord, les Démocrates suisses et la Lega ont annoncé
le lancement d'un référendumcontres les bilatérales
.
Les négociations ont donc débouché sur sept accords
. Le premier concerne la recherche . Il pose que la Confédération
peut ainsi participer, comme les membres de l'EEE, au quatrième programme-cadre
de recherche (PCR) de l'UE, ainsi qu'au cinquième qui a débuté
à la fin de cette année. Réciproquement, les instituts de
recherche de Suisse sont également ouverts aux scientifiques européens
qui pourront participer à leurs programmes. Des experts et représentants
suisses sont de plus autorisés à suivre en tant qu'observateurs
les travaux de tous les comités s'occupant du PCR.
Le deuxième accord est celui de la libre circulation des personnes
. Dans ce cas, il a été choisi de procéder par étapes.
Pendant une première phase de cinq ans, les conditions de séjour
et de travail des citoyens de l'UE en Suisse seront améliorés. Après
deux ans, la priorité donnée aux travailleurs domiciliés
sur territoire helvétique ainsi que les contrôles discriminatoires
des contrats de travail seront abandonnés et, simultanément, les
citoyens suisses bénéficieront d'une totale liberté de circulation
dans l'UE. La Suisse maintient lors de cette première phase son système
de contingents, sans exception pour les ressortissants de l'UE. Dans la deuxième
phase, la Suisse autorisera à l'essai la libre circulation des citoyens
européens. En cas d'afflux massif, elle pourra toutefois réintroduire
son système de contingents. Au bout de douze ans, la libre circulation
deviendrait effective et définitive. Seule une dénonciation de l'accord
ou l'appel à une clause de sauvegarde générale pourrait être
effectué en cas de graves problèmes. Cet accord est conclu pour
une période initiale de sept ans et sera ensuite prorogé pour une
période indéterminée. Il comporte également des dispositions
sur la reconnaissance mutuelle des diplômes et certificats de capacité
professionnelle , sur la coordination des prestations sociales et l'acquisition
de biens immobiliers. Une période de transition de sept ans a été
prévue avant que le Suisse soit astreinte à fournir la totalité
des prestations de l'assurance-chômage pour les saisonniers et travailleurs
de courte durée (moins d'un an).
Le troisième accord porte sur les marchés publics . La principale
mesure consiste à ce que la Suisse et l'UE s'octroient réciproquement,
également au niveau des communes, les règles de libéralisation
de l'OMC. Les deux parties s'engagent à faire tous les efforts pour que
les soumissionnaires non indigènes ne soient pas traités de manière
discriminatoire.
Dans le quatrième accord concernant les obstacles techniques au commerce,
il s'agit avant tout de simplifier le commerce des produits industriels entre
les deux entités. La reconnaissance mutuelle des évaluations de
la conformité (examens, certifications, inspections) devra permettre d'éliminer
tous les contrôles à double, ce qui profitera notamment aux domaines
phares de l'industrie d'exportation suisse.
Le cinquième accord traite des produits agricoles et vise à
faciliter les échanges de certains biens de consommation comme les produits
laitiers, la viande, les fruits et légumes, les produits horticoles. Pour
ce faire, il a été prévu une suppression ou une réduction
des droits de douane. Des améliorations sont également apportées
dans des secteurs non tarifaires tels que les contrôles vétérinaires.
En outre, des dispositions sur la protection réciproque des appellations
de vins et spiritueux ont été ajoutées.
Les deux derniers accords sont relatifs aux transports terrestres et aériens.
Ils établissent les bases d'une coordination de la politique en la matière
entre la Suisse et l'UE. L'élément principal pour la partie terrestreconcerne
le rehaussement progressif de la limite pour les poids lourds à 40 tonnes
d'ici à 2005, moyennant une augmentation de la taxe de passage à
297 francs suisses (180 ECU) sur le parcours Bâle - Chiasso. La taxe augmentera
dès la mise en service du premier tunnel des NLFA, mais au plus tard en
2008. Par contre, l'interdiction de circuler de nuit est maintenue, avec toutefois
quelques assouplissements dans l'accomplissement des formalités douanières.
Dans les airs , l'accord règle l'accès des compagnies aériennes
au marché libéralisé des transports aériens. Les compagnies
suisses bénéficieront progressivement sur deux ans de quatre nouvelles
libertés (par exemple: Zurich-Paris, Paris-Zurich, Zurich-Paris-Madrid
et Paris-Madrid). L'égalité totale avec celles de l'UE (soit la
possibilité d'effectuer des vols intérieurs dans un autre pays)
devra par contre faire l'objet de nouvelles négociations au bout de cinq
ans. Selon Kaspar Villiger, le coût des accords bilatéraux se situera
entre 500 et 800 millions de francs suisses par année. La majorité
de ces frais devrait découler des assurances sociales.
Le Conseil fédéral
a choisi de rejeter l'initiative « Oui à l'Europe
», qui demande l'ouverture de négociations sans délai, et
de lui opposer un contre-projet indirect non soumis au référendum
sous la forme d'un arrêté fédéral simple. Ce texte
stipule, dans les grandes lignes, que la Suisse participe au processus d'intégration
européenne et vise dans ce but à adhérer à l'UE,
mais que c'est le Conseil fédéral qui prépare les négociations
et décide du moment de la réactivation de la demande d'adhésion.
Fondamentalement d'accord avec l'idée d'une adhésion à
l'UE - il en a fait son but stratégique à long terme - le gouvernement
n'a pas voulu risquer un échec des négociations bilatérales
et la possibilité d'un refus devant le peuple. Ce faisant, il a réaffirmé
le caractère éminemment prioritaire de la conclusion des bilatérales
et préféré garder le pouvoir de décider en temps
voulu de la candidature de la Suisse à l'UE.
En début d'année, la conseillère nationale Grendelmeier
(adi, ZH) a demandé par voie de postulat que le Conseil fédéral
présente un rapport sur la relance de la demande d'adhésion
de la Suisse à l'Union européenne et examine si les négociations
sur l'adhésion devaient être conduites à la place des bilatérales
ou parallèlement à elles. Cette proposition étant combattue
par un membre de l'UDC, la discussion a été renvoyée. Lors
de la session d'été, c'est le groupe radical démocratique
de la même chambre qui a invité le gouvernement à faire
un état des négociations bilatérales et de leurs chances
de succès. Cette fois transmis, le postulat demandait qu'en cas de probabilité
négative, le Conseil fédéral expose la manière dont
il entendait poursuivre le processus d'intégration ayant pour objectif
l'adhésion à l'UE.
Un sondage paru en janvier a révélé qu'un tiers des
personnes interrogées(dont 57% des romands contre 28% des alémaniques)
étaient favorables à une adhésion immédiate à
l'UEet que 29% souhaitaient y entrer après la conclusion des négociations
bilatérales. Quelques 67% des sondés estimaient qu'en 2010, la
Suisse ferait partie de l'Union européenne. A la fin de l'année,
un autre sondage a montré que le nombre d'opposants avait encore légèrement
reculé (-4,5%). Par ailleurs, le groupe parlementaire démocrate-chrétien
des Chambres fédéraless'est prononcé majoritairement
(26 voix contre 2 et 7 absentions) pour une adhésion de la Suisse
à l'UE , ceci sans passage par l'EEE. Il a été suivi
par une majorité écrasante des membres du parti lors d'un congrès
qui s'est déroulé à Bâle.
L'UE a élevé la voix afin que la Suisse coopère davantage
à la lutte contre la contrebande de cigarettes . Selon les Quinze,
la Confédération sert de plaque tournante à un trafic qui
prétérite ses intérêts dans la lutte contre la fraude
au budget européen. Un accord a été signé en début
d'année entre Berne et Bruxelles afin d'améliorer la coopération
entre les administrations douanières, mais les effets tardent trop à
se faire sentir selon la Commission européenne. Par ailleurs, la Suisse,
l'Autriche, l'Italie, l'Allemagne et la France se sont rencontrés dans
le Vorarlberg autrichien pour tenter de rapprocher leur politique de sécurité.
Lors de cette réunion ministérielle à laquelle a participé
le conseiller fédéral Arnold Koller, il a également été
question des problèmes liés à l'asile, au Kosovo et de
la place de la Confédération au sein de l'espace Schengen. A cet
égard, il a été convenu unilatéralement de créer
un groupe chargé d'élaborer une solution pour que la Suisse adhère
à Schengen sans faire partie de l'UE, comme c'est le cas pour l'Islande
et la Norvège. Avec l'entrée en vigueur de l'espace Schengen en
début d'année, la Suisse s'est trouvée encore davantage
isolée en Europe.
Les Quinze ont réservé un accueil favorable à la demande
de la Suisse de participer à la Conférence européenne.
Il a été estimé que la Suisse avait vocation a intégrer
un jour l'UE et que par conséquent, il n'y avait aucun obstacle à
ce qu'elle fasse partie de la Conférence. Ce forum de consultation politique
est normalement ouvert aux membres de l'UE et aux autres pays qui veulent y
adhérer. Pour la première fois, la Suisse a donc pu participer
à cette réunion en octobre. Désormais elle sera associée
au travaux sur la lutte contre le crime organisé et la coopération
en matière d'environnement.
Le gouvernement
suisse souhaiterait se rapprocher de l'UE dans le domaine de la sécurité
afin de pallier aux inconvénients dus à son isolement dans le
domaine des visas, de l'asile ou de la coopération policière et
judiciaire. Le Conseiller fédéral Arnold Koller a affirmé
vouloir réexaminer entièrement le système de sécurité
intérieure suisse pour remédier aux limites actuelles dans la
lutte contre la criminalité internationale et la maîtrise des problèmes
migratoires. Une déclaration d'intention en vue de l'ouverture de pourparlers
sur un accord parallèle de la Suisse à la Convention de Dublin
(domaine de l'asile) aurait d'ailleurs dû être adjointe aux accords
bilatéraux signés avec l'UE, mais les Quinze ne sont pas parvenus
à se mettre d'accord sur un projet devant déboucher sur une convention
permettant à la Suisse de sortir de son isolement en la matière.
Par conséquent, Berne n'a pas souhaité entrer non plus en matière
sur le thème de la fraude douanière comme le souhaitait Bruxelles.
Au mois de novembre, la Commission européenne s'apprêtait à
demander aux Quinze un mandat de négociation en vue de conclure avec
la Suisse un accord d'entraide judiciaire en matière pénale pour
protéger les intérêts financiers communautaires. La publication
du rapport 1998 sur ce sujet a fait considérer à l'Unité
de coordination de la lutte antifraude (UCLAF) – désormais rebaptisé
Office européen de lutte anti-fraudes (OLAF) – que l'amélioration
des instruments de coopération entre la Suisse et l'Union était
une nécessité de première importance. En décembre,
l'UE a finalement obtenu de la Suisse qu'elle ouvre des négociations
sur le problème de la fraude douanière.
Afin notamment
de fournir une base solide aux débats parlementaires sur l'initiative
« Oui à l'Europe ! » et au contre-projet qu'il y a opposé
(voir infra), le Conseil fédéral a publié le très
attendu rapport sur l'intégration 1999. Après un premier chapitre
introductif et un deuxième très factuel qui donne un aperçu
complet des répercussions sur la Suisse des politiques et programmes
communautaires en cas d'adhésion à l'UE, de participation à
l'EEE, d'entrée en vigueur des accords sectoriels ou de maintien du statu
quo, c'est dans le troisième chapitre que le Conseil fédéral
fait discrètement part de sa préférence à terme
pour la voie de l'adhésion à l'UE. Selon lui, les développements
de ces dernières années confirment et renforcent son opinion selon
laquelle une pleine participation à l'Union européenne est dans
l'intérêt prioritaire de la Suisse. Sans toutefois masquer certaines
difficultés prévisibles comme un coût situé entre
3,1 et 3,9 milliards de francs suisses par an, le Conseil fédéral
estime probable à long terme l'utilité d'une adhésion pour
l'économie suisse. Par ailleurs, le fait que des questions importantes
pour la Suisse (sécurité, concurrence fiscale, système
social, cadre institutionnel de l'UE) ne soient toujours pas réglées
sur le plan européen milite, selon lui, pour une adhésion prochaine
de la Confédération afin qu'elle puisse faire entendre sa voix.
La stratégie
du Conseil fédéral se résume ainsi à trois axes
fondamentaux que sont le soutien du processus d'intégration, le désir
d'améliorer l'accès au marché européen pour les
exportations suisses tout comme la réduction des désavantages
économiques subis et enfin la volonté d'agir contre l'isolement
politique et culturel du pays. Pour ce faire, le gouvernement privilégie
depuis 1991 la thèse de l'adhésion à l'UE comme la voie
la plus adaptée pour la Suisse de défendre à terme ses
intérêts sur le continent. Mais dans l'immédiat, il donne
la priorité absolue à l'entrée en vigueur des accords bilatéraux
et tant que celle-ci ne sera pas achevée, il n'a pas l'intention d'ouvrir
des négociations d'adhésion. D'ailleurs, le Conseil fédéral
continuera de suivre cette voie sectorielle aussi longtemps que les deux parties
en manifesteront l'intérêt, est-il mentionné dans le rapport,
mais simultanément, il considère que cette dernière présente
des limites bientôt atteintes. Le chemin de l'adhésion à
l'EEE n'est par contre plus celui préconisé par le Conseil fédéral.
Il juge désormais que les faiblesses institutionnelles de l'accord EEE
font que ce dernier ne peut plus être considéré comme une
solution indépendante et durable pour les relations entre la Suisse et
l'UE. A cet effet, le rapport rappelle que le pilier AELE au sein de l'EEE a
perdu une grande partie de sa force depuis que l'Autriche, la Finlande et la
Suède ont rejoint l'Union et que, surtout, cette tendance devrait encore
se renforcer avec l'élargissement prévu de l'UE. Enfin, le Conseil
fédéral rejette en bloc la voie solitaire déclinée
en trois variantes. Premièrement, la conclusion d'accords sectoriels
sans but d'adhésion lui paraît peu réaliste dans la mesure
où, comme le montre la situation actuelle, c'est précisément
le fait d'avoir à terme un objectif d'adhésion qui a permis d'entamer
avec succès des négociations avec l'UE. La deuxième variante
de la voie solitaire avec alignement sur l'UE, notamment sur le plan législatif
et juridique (par exemple reconnaissance des diplômes), est à exclure
absolument pour des raisons de souveraineté politique et, également,
car rien ne pourrait assurer à la Suisse un juste retour des prestations
économiques fournies. Troisièmement, la voie d'une politique «
offshore » (construction du pays quasi uniquement basée sur les
activités tertiaires comme le secteur bancaire ou les sociétés
financières) de la part de la Suisse est également rejetée
pour des raison de politiques nationale, sociale et économique et également
en raison du risque de représailles de la part des autres pays.
La publication
de ce rapport a suscité de nombreuses réactions et commentaires
relayés par la presse. Les pro-européens ont notamment salué
le fait que le Conseil fédéral n'ait pas retardé la publication
de ce rapport, malgré l'échéance proche de la votation
populaire sur les négociations bilatérales et le désir
de ne pas créer une confusion avec l'adhésion à l'UE. Du
côté des partis gouvernementaux, les radicaux ont décrit
le rapport comme une base de décision fondamentale pour le dialogue sur
l'intégration, le PDC a souhaité voir les bilatérales sous
toit avant d'entamer le débat sur l'adhésion, l'UDC a jugé
le Conseil fédéral « europhorique » et le PS a regretté
l'absence de scénarios temporels.
Après un
renvoi visant à ne pas interférer avec le paraphe des bilatérales,
la Commission européenne s'est prononcée sur un document interne
concernant les relations futures entre l'Europe et la Suisse. En substance,
elle a pris position contre un deuxième train de négociations
sectorielles avec la Suisse tant que les accords bilatéraux n'auront
pas été ratifiés. Passé ce cap, elle serait prête
à entrer en matière sur un nouveau paquet d'accords, mais à
condition que la Suisse coopère dans la lutte contre le crime organisé
et en matière de fiscalité de l'épargne. L'organe exécutif
a également affirmé que l'UE avait de toute façon peu à
gagner d'un nouveau paquet d'accords surtout favorables à la Confédération
et s'est refusé à accorder un « ticket gratuit au pays le
plus riche d'Europe ». La Commission européenne préférerait
de loin que la Suisse adhère à l'UE, notamment afin qu'elle participe
financièrement au pot commun. Selon ses dires, l'obtention par la Suisse
d'un accès sans limite (EEE à la carte) et avec peu de contraintes
institutionnelles supprimerait tout stimulant à l'adhésion et
ne favoriserait pas les forces pro-européennes. Le Conseil fédéral
souhaiterait par contre entamer rapidement des négociations dans huit
autres secteurs (accès au marché européen de l'électricité
et des services, notamment financiers; libre-échange pour les produits
agricoles transformés; participation aux programmes européens
dans les domaines de la formation et de l'audiovisuel; coopération en
matière de statistiques; adhésion à l'Agence européenne
de l'environnement et accord parallèle à la Convention de Dublin
sur le pays de premier asile). A l'occasion des entretiens trimestriels de Watteville
qui réunissent les quatre partis gouvernementaux, la décision
a été unanime pour reconnaître que les accords bilatéraux
constituaient l'objectif prioritaire de la Suisse et qu'ils ne préjugeaient
pas de l'adhésion ou non à l'Union. L'UDC, le PDC, le PRD et le
PS ont également accepté les échéances majeures
suivantes de l'agenda politique suisse, à savoir d'abord la votation
sur les bilatérales (en cas de succès du référendum)
et ensuite seulement les discussions parlementaires sur l'initiative «
Oui à l'Europe ».
Pour le détail
des accords bilatéraux avec l'UE, des adaptations législatives
et des mesures d'accompagnement, voir, concernant les transports terrestres
et aériens, infra, part. I, 6b (Politique des transports), sur la libre
circulation des personnes, voir infra, part. I, 7a (Ausländerpolitik),
sur la recherche, voir infra, part. I, 8a (Forschung), sur l'agriculture, voir
infra, part. I, 4c, (Politique agricole).
Après la
conclusion des négociations entre la Suisse et la Commission européenne
intervenue au niveau politique en décembre 1998 à Vienne, l'année
1999 a été encore riche en rebondissements. Dès la fin
du mois de janvier, alors que la signature était initialement programmée
au printemps, certains éléments ont laissé supposer un
nouveau retard avec notamment le reproche de la France à la Commission
européenne d'avoir interprété abusivement certaines dispositions
de la législation communautaire dans le domaine de la libre circulation
des personnes. En outre, un litige est survenu concernant la définition
des marchandises légères pouvant être transportées
par les poids lourds en Suisse. Du côté des autorités helvétiques,
on a par contre plutôt tenté d'accélérer le processus.
Au début du mois de février, les quatre partis gouvernementaux
ont réaffirmé leur volonté d'achever la procédure
de ratification avant la fin de la législature, quitte à organiser
une session spéciale des chambres fédérales en août.
Pour la majorité de la classe politique, le télescopage entre
les débats parlementaires sur les bilatérales et ceux sur l'initiative
« oui à l'Europe » devait être évité
à tout prix. C'est à la fin du mois de février que les
quelques 4000 pages des accords bilatéraux, annexes et autres déclarations
ont été paraphés par les négociateurs des deux parties,
sans d'ailleurs que le problème des marchandises légères
soit réglé de façon définitive. A cette fin, un
comité mixte a été chargé d'étudier le problème
en détail et d'établir des critères à ce sujet.
La Suisse contestait notamment le fait que les voitures soient considérées
comme des marchandises légères. Quelques jours plus tard, une
autre difficulté a fait son apparition. Suite à une erreur dans
la version finale remarquée trop tardivement par l'administration suisse,
les architectes ETS ont été privés de la reconnaissance
de leur diplôme en Europe. Malgré le préavis favorable de
la Commission européenne pour un arrangement à l'amiable, quatre
pays (France, Espagne, Italie et Grèce) ont refusé de réouvrir
le dossier, par crainte d'une concurrence extérieure renforcée.
Ce n'est finalement qu'au mois de juin que les accords bilatéraux ont
pu être signés par les deux parties au Luxembourg, après
un retard supplémentaire causé par la nécessité
de traduire le paquet dans les onze langues de l'UE. Il faut également
noter que l'Allemagne, qui présidait l'UE lors du premier semestre 1999,
a joué de son influence pour clore ce dossier avant de passer le témoin
à la Finlande.
Publié deux
jours après la signature des accords au Luxembourg, le message du Conseil
fédéral relatif à l'approbation des accords sectoriels
entre la Suisse et l'UE a recommandé d'accepter les sept accords, présentés
en bloc selon la volonté des Quinze. Adjoints à ceux-ci, on trouvait
également un arrêté fédéral sur le financement
suisse aux programmes européens de recherche pour les années 2001
et 2002 (non soumis au référendum), trois mesures d'accompagnement
concernant l'agriculture, le transfert du trafic transalpin de la route au rail,
et les conditions minimales de travail et de salaire applicables aux travailleurs
détachés en Suisse, ainsi qu'une quatrième mesure d'accompagnement
sous la forme d'un arrêté fédéral sur le plafond
de dépenses pour la promotion du trafic combiné (non soumis au
référendum). En sus, douze adaptations législatives dans
le domaine de la libre circulation des personnes, deux dans le domaine des transports
et une relative aux denrées alimentaires et objets usuels étaient
présentées pour être soumises au parlement.
Lors de la procédure
de consultation relative aux accords, toutes les organisations consultées
se sont prononcées en faveur de la ratification des sept accords sectoriels,
qu'elles ont globalement qualifiées de positifs. Par contre, des critiques
ont émané de divers milieux en ce qui concerne les mesures d'accompagnement.
Brandissant l'arme du référendum, les syndicats et la gauche ont
demandé des mesures plus concrètes contre le dumping salarial
que celles préconisées par le Conseil fédéral. A
cette menace est venue s'ajouter celle des écologistes et des défenseurs
des Alpes, désireux d'endiguer l'afflux prévisible et massif des
poids lourds. Ces derniers ont entre autres réclamé une augmentation
des contrôles, afin de limiter les abus, et davantage de subventions dédiées
au trafic ferroviaire. Même les cantons, qui se sont exprimés favorablement
sur les bilatérales par la voie de la Conférence des gouvernements
cantonaux (CGC), ont fait part de leurs doutes sur le sujet du trafic de transit
des poids lourds. Le gouvernement tessinois a également exprimé
ses préoccupations quant à un risque de dumping salarial et social
majeur pour son canton. Par ailleurs, le Conseil fédéral a commandé
plusieurs études qui ont toutes relevé que du point de vue économique,
les accords bilatéraux seraient positifs pour la Suisse. A terme, une
augmentation de 2% du PIB et une diminution du chômage sont même
prévisibles. Selon le Conseiller fédéral Pascal Couchepin,
le montant à gagner annuellement en cas d'acceptation des bilatérales
serait de quelques deux milliards de francs, alors que le coût annuel
est estimé à un milliard, dont environ 600 millions à la
charge de la Confédération.
Ce n'est finalement
qu'à la fin du mois d'août lors d'une session extraordinaire que
le parlement s'est saisi du dossier des accords sectoriels. Peu avant, un sondage
réalisé par l'Institut GFS avait révélé qu'une
large majorité des personnes interrogées (61%) voterait à
ce stade oui aux bilatérales. Cette tendance était toutefois plus
forte en Suisse romande (70%) qu'en Suisse alémanique (58%). Un autre
sondage publié peu après a révélé les mêmes
tendances mais avec un pourcentage d'opinions favorables moins élevé
en moyenne suisse (55%). En outre, les sondés conditionnaient cette fois
leur oui à des mesures d'accompagnement efficaces. Première chambre
à traiter du sujet, le Conseil national se prononça, contre une
proposition des Démocrates suisses, par 171 voix contre 3 pour l'entrée
en matière. Lors du débat fleuve qui précéda cette
décision, la quasi totalité des 75 orateurs salua la signature
des accords bilatéraux. Le seul bémol à ce concert de louanges
fut l'annonce, par le président des Démocrates suisses Rudolf
Keller (BL), que son parti lancerait quoi qu'il advienne un référendum,
principalement à cause des mesures sur la libre circulation des personnes.
Lors de l'examen de détail, les députés rejetèrent
(115 voix contre 57) une proposition de la gauche qui désirait lier la
ratification des accords à l'adoption des mesures d'accompagnement et
une proposition conjointe Maspoli (Lega, TI) et de la minorité UDC de
la commission qui voulait instaurer le référendum obligatoire
sur les accords. Par contre, la chambre du peuple se prononça favorablement
à l'encontre de deux propositions minoritaires de la droite de la commission
(UDC et PDL) allant dans le sens des intentions exprimées par le Conseil
fédéral. La première, visant à ce que le parlement
décide de la reconduction de l'accord sur la libre circulation des personnes
au moyen d'un arrêté fédéral soumis au référendum,
fut acceptée par 93 voix contre 71. La seconde, fixant que ce même
accord n'était valable que pour les Quinze et pas pour d'éventuels
nouveaux membres de l'UE, fut avalisée par 87 voix contre 81. A l'issue
de cette première lecture, le conseil national se prononça sur
l'ensemble du projet par 144 voix contre 3 (DS et Lega) et 28 abstentions (notamment
UDC).
Devant le Conseil
des Etats, l'entrée en matière fut cette fois décidée
sans opposition. La discussion porta essentiellement sur les deux modifications
introduites par le conseil national concernant la libre circulation. Jugeant
que la formulation déterminée par celui-ci était équivoque,
le Conseil fédéral présenta deux nouvelles propositions
précisant qu'il s'agissait du référendum facultatif dont
il fallait parler à propos de la reconduction de l'accord et de son extension
à d'éventuels nouveaux membres de l'UE. Convaincu par cette version,
la petite chambre y souscrivit sans opposition et se prononça à
l'unanimité sur l'ensemble. En deuxième lecture, la chambre du
peuple se rallia également à cette vision sans opposition. La
possibilité que le peuple se prononce après une période
d'essai était une des conditions de base pour que l'UDC ne lance pas
un référendum. A l'occasion du vote final, le conseil national
a accepté cet arrêté fédéral portant approbation
des accords par 183 voix contre 11 (5 UDC, 2 PDL, 2 DS, 1 Lega et 1 PRD) et
une abstention. Le Conseil des Etats a fait de même à l'unanimité.
Parallèlement
à cette discussion, le Conseil national a rejeté par 99 voix contre
75 deux postulats qui demandaient qu'en cas de référendum sur
les accords et les mesures d'accompagnement, le peuple se prononce en premier
lieu sur ces dernières. Dans son rapport écrit, le gouvernement
avait considéré que ces deux entités législatives
distinctes constituaient une unité politique et, qu'en cas de double
référendum, seule une votation séparée le même
jour permettrait de ne pas prétériter l'une ou l'autre formation
politique 15.
Suite à l'adoption par le parlement des différentes mesures d'accompagnement
rendant l'entrée en vigueur des accords bilatéraux plus acceptables
pour certaines régions ou groupes sociaux, les partis de gauche et les
syndicats, tout comme l'UDC, les défenseurs des Alpes et les écologistes,
ont finalement renoncé à lancer un référendum. Malgré
ce large consensus, les Démocrates suisses ont tenu parole et ont confirmé
qu'ils commenceraient la récolte des signatures à la fin du mois
d'octobre, comme le leur a autorisé le gouvernement en raccourcissant
le délai légal. Parmi les partis politiques d'une certaine envergure,
seule la Lega a décidé de soutenir cette action. Les deux formations
de droite ont choisi d'attaquer uniquement les accords par voie de référendum
et non pas les mesures d'accompagnement. A la fin de l'année, les deux
partis avaient obtenu environ 30 000 signatures sur les cinquante mille nécessaires.
Bien que Pascal Couchepin ait exprimé ses inquiétudes vis-à-vis
d'un scrutin populaire, un nouveau sondage publié mi-septembre faisait
toutefois état d'un large soutien des citoyens suisses, 65% des personnes
interrogées s'étant déclaré « franchement
pour » ou « plutôt pour » la ratification des bilatérales.
Préoccupé par la proximité avec la Lombardie, le gouvernement
du canton du Tessin a fait part de ses revendications aux Conseillers fédéraux
Couchepin et Leuenberger lors d'une entrevue à Berne. L'exécutif
du canton italophone espérait notamment obtenir la construction anticipée
du tunnel de base du Monte Ceneri, mais cette demande aurait été
reçue avec peu d'enthousiasme à Berne, tout comme celles ayant
trait à l'augmentation du nombre de fonctionnaires fédéraux
dans ce canton ou à la création d'un observatoire sur l'application
des accords avec l'UE. Par contre, des garanties ont été données
aux Tessinois concernant des contrôles supplémentaires sur l'autoroute
A2 afin de parer au déferlement des 40 tonnes.
Le Conseil fédéral
a transmis aux chambres son message relatif à l'initiative populaire
« Oui à l'Europe ! » en leur recommandant de la rejeter.
Bien que le gouvernement partage largement la vision des promoteurs de l'initiative,
il ne désire pas entamer immédiatement des négociations
d'adhésion avec l'UE et veut surtout éviter toute confusion avec
le dossier des accords bilatéraux qu'il considère comme prioritaire
(voir supra). Comme contre-projet indirect à ce texte, le gouvernement
a élaboré un arrêté fédéral simple
(non soumis au référendum) en reprenant plusieurs éléments
de l'initiative, notamment le premier article qui stipule que « la Suisse
participe au processus d'intégration européenne et vise dans ce
but à adhérer à l'Union européenne ». Dans
ce projet, le Conseil fédéral mentionne toutefois clairement qu'il
souhaite se réserver la décision de la réactivation de
la demande d'adhésion en fonction des débats sur le rapport d'intégration
(voir supra), de l'état des négociations bilatérales et
sur la base des consultations. A la suite de la publication de ce message, le
Nouveau mouvement européen suisse (NOMES) a annoncé qu'il ne retirerait
pas son initiative tant que la procédure d'intégration ne serait
pas entamée. Le parlement a jusqu'au 30 juillet 2000 pour se prononcer
sur ce texte et au cas où il déposerait son propre contre-projet,
le vote sur l'initiative pourrait être retardé d'un an et repoussé
en 2002 ou 2003. Dans cet esprit, la discussion sur une motion Comby (prd, VS)
demandant l'ouverture de négociations pour une adhésion à
l'UE dès l'entrée en vigueur des accords bilatéraux a été
combattue par le démocrate du centre Hanspeter Seiler (BE) et renvoyée
par le Conseil national.
Plusieurs sondages
ayant trait à l'adhésion de la Suisse à l'Union européenne
ont été publiés en 1999. Rendue publique à la fin
de l'année par l'EPFZ, une enquête a mis en évidence que
79% des Suisses approuveraient l'adhésion si la votation était
fixée en 2010. De janvier à août, les opinions favorables
à une adhésion sont passées de 50% à 57%. Un autre
sondage effectué dans les pays de l'UE a montré que la Suisse
serait la bienvenue dans l'Union. Le septante pour-cent des personnes interrogées
s'est prononcé positivement à l'égard d'une adhésion
de la Suisse. Avec un score de 84%, les Danois et les Hollandais se sont montrés
les plus favorables, alors que le Royaume-Uni (64%), l'Irlande (64%) et le Portugal
(59%) ont été les plus sceptiques.
Le conseiller national
Christoph Blocher (udc, ZH) a proposé un moratoire sur la question européenne
jusqu'en 2005 si la Suisse accepte les accords bilatéraux. Ce délai
permettrait de calmer le jeu entre les partis pour pouvoir ensuite reprendre
sereinement le débat. Sur ce même thème, le Conseiller fédéral
Pascal Couchepin a parlé lui d'un moratoire de fait rendant irréaliste
un vote sur l'adhésion à l'UE avant 2008. Cette date correspond
au début de la deuxième étape de l'accord sur la libre
circulation des personnes contre laquelle un référendum sera possible.
Le NOMES, par la bouche de son président Marc Suter (prd, BE), a réagi
à ces déclarations et a affirmé pour sa part qu'il s'était
fixé comme but une adhésion en 2006. Provenant même du parti
radical, d'autres réactions furent émises les jours suivants pour
regretter cette prise de position du ministre de l'économie.
1. Après l'Autriche en 1989 et la Suède en 1990, la Finlande a déposé
une demande d'adhésion au mois de mars.
2. La révélation par les médias de la décision du CF
de déposer une demande d'ouverture de négociations avec la CE,
sans que les députés en aient été informés,
a donné lieu à de nombreuses critiques des parlementaires à
l'égard de la politique d'information du gouvernement. A l'occasion de
la discussion sur le programme de législature 1992-95, le CE a largement
abordé ce sujet et ce qui a été appelé l'"exercice
raté" du 18 mai. Par ailleurs, le CN a transmis le postulat Vollmer (ps,
BE) qui invite le Conseil fédéral à examiner la possibilité
de créer des structures complémentaires d'information et de participation
afin d'améliorer la communication entre le gouvernement et le parlement
durant les négociations en vue d'une adhésion.
3. En ce qui concerne le rapport sur la question de l'adhésion à
la CE, voir plus loin.
4. Ces textes législatifs ne devaient entrer en vigueur qu'en cas d'approbation
du traité EEE par le peuple et les cantons.
5. Message relatif à l'approbation de l'accord sur l'EEE. Le Conseil fédéral
avait prévu d'englober dans un même arrêté fédéral
d'approbation la ratification du traité et, sous la forme d'une disposition
constitutionnelle transitoire, la délégation au parlement de la
compétence d'adopter les modifications du droit fédéral
sans les soumettre à référendum facultatif.
6. Le CN genevois J. Maître (pdc) a déposé une motion demandant
au CF, sur la base des éléments nouveaux comme le oui du Liechtenstein
et l'annonce d'initiatives populaires, d'organiser un nouveau scrutin et d'entamer
de nouvelles négociations avec la CE.
7. Le CE a décidé de se rallier à la proposition du CN sans
même discuter du rapport.
8. Il est à relever que la Commission de politique extérieure du
CN a décidé de renvoyer la discussion relative aux deux initiatives
pro et anti-européennes, estimant judicieux de ne les traiter qu'une
fois les négociations bilatérales achevées.
9. La journée "Europe, notre cause commune" - organisée à
Zurich par le
TA, le
NQet le Mouvement européen de Suisse
- réunit, quant à elle, plus de mille pro-Européens venus
en grande partie de Suisse romande. Le jour même de cette manifestation,
Christoph Blocher (udc, ZH) devait rappeler, à l'occasion de l'assemblée
annuelle de l'ASIN, son intention de lancer un référendum contre
tout résultat des négociations bilatérales jugé
par trop défavorable aux intérêts helvétiques.
10. Il est à relever que malgré l'aboutissement de l'initiative "Oui
à l'Europe", le mouvement "Né le 7 décembre" a décidé
de ne pas retirer son initiative populaire demandant un nouveau vote sur l'EEE.