Nouvelle politique agricole de la Suisse (1989 - 1998)
(Dieser Text ist nur auf französisch verfügbar.)
Des subventions
à l'économie de marché et de la culture intensive à
l'écologie
Ce dossier relate
les profondes modifications qu'a connue l'agriculture helvétique au cours
de la dernière décennie. Tous les textes mis ici à disposition
ont été publiés dans l'Année politique suisse. Ils
n'ont pas été modifiés, si ce n'est la suppression d'une
grande quantité de notes de bas de page citant les sources. Par ailleurs,
certains éléments ayant joué un rôle mineur ou disséminés
dans d'autres chapitres ou sous-chapitres ont été écartés
de cette version disponible uniquement sur notre site Internet. Par exemple,
la probématique liée aux accords du GATT n'est que peu présente
dans ce dossier. Pour une vision complète du sujet, il convient donc
de se référer à la version imprimée de l'Année
politique suisse et d'utiliser l'index des matières.
Vers une nouvelle
politique agricole?
L'agriculture helvétique
semble entrer dans une zone de turbulences qui pourrait tendre à une
restructuration en profondeur de son système. L'environnement international
fait pression de façon toujours plus insistante; pris en tenaille entre
les demandes de libéralisation du GATT et de la CE, le protectionnisme
suisse est sur la défensive. Au GATT, lors des négociations ayant
eu lieu en 1989 dans le cadre de l'Uruguay round, le principal sujet de désaccord
portait sur l'agriculture. De même, lors de la rencontre entre J.-P. Delamuraz
et Carla Hills, représentante du président des Etats-Unis pour
les affaires commerciales internationales, ce fut le seul point de discorde
notable; si les Etats-Unis désirent un démantèlement du
soutien à l'agriculture, ils ne voient, par contre, aucun inconvénient
aux paiements directs non liés à la production .
Mais le Département
fédéral de l'économie publique ainsi que l'Union suisse
des paysans (USP) sont opposés à une généralisation
de cet instrument qui tuerait, selon eux, l'esprit d'entreprise. La pression
sur les structures agricoles helvétiques provient également de
l'intérieur où les paiements directs et l'urgence des problèmes
écologiques sont les questions clefs autour desquelles s'articulent les
nombreuses propositions qui se font jour sur le dossier agricole. C'est au sein
des Chambres et dans les initiatives qui suivirent celle dite "en faveur des
petits paysans" que ces idées émergent. Deux motions et une initiative
parlementaire furent déposées dans la foulée du bon score
réalisé par l'initiative précitée, ayant toutes
pour fondement ce couple paiements directs - protection de l'environnement.
La motion Ruckstuhl (pdc, SG) demande au Conseil fédéral une révision
de la loi sur l'agriculture suivant cette nouvelle orientation. Celle du radical
P. Wyss (prd, BS) souhaite que des mesures soient prises en faveur des exploitations
agricoles familiales et respectueuses de l'environnement. Enfin, l'initiative
parlementaire Neukomm (ps, BE) désire l'extension des paiements directs
afin d'assurer le maintien d'une agriculture saine et rationnelle et propose
des prestations particulières à titre écologique. Des taxes
seraient prélevées sur les engrais et les produits polluants pour
financer en partie cette politique.
C'est d'extrême
justesse que le peuple suisse, suivant la voie du Conseil fédéral
et des Chambres qui avaient recommandé le rejet sans contre-projet, s'est
prononcé, par 51% des voix contre 49%, contre l'initiative "pour une
protection des exploitations paysannes et contre les fabriques d'animaux (Initiative
en faveur des petits paysans)". Lancé en 1983 par le tandem rassemblant
la maison de distribution Denner et l'Association suisse pour la protection
des petits et moyens paysans (VKMB), ce texte désirait instaurer un régime
agricole plus libéral et privilégier les petites exploitations
paysannes. Il était construit selon deux axes bien distincts. D'une part,
il définissait une exploitation paysanne (donc susceptible d'être
soutenue par la Confédération) selon deux critères: main-d'oeuvre
essentiellement familiale et base fourragère propre de l'ordre de deux
tiers en plaine et de 50% en montagne. D'autre part, il obligeait les importateurs,
qui voyaient les frontières s'ouvrir à leur commerce, à
prendre en charge des produits identiques provenant d'entreprises indigènes
à des prix couvrant les frais afin de garantir le revenu paysan. De plus,
il donnait au Conseil fédéral le pouvoir de prélever des
taxes et même d'interdire certaines importations. Ce texte, qui rompait
de manière nette et plus ou moins contradictoire avec la politique agricole
officielle, fut prompt à créer de fiévreux affrontements.
Cette initiative engagea des débats qui dépassaient la simple
explication sur sa teneur et posaient la question d'un choix profond où
les éléments les plus fondamentaux de la politique agricole étaient
remis en cause. Le résultat serré de la votation fut presque unanimement
interprété comme une mise en question de la politique agricole
actuel et serait donc à situer dans le droit fil de celui sur le référendum
relatif à l'arrêté sucrier en 1986.
Initiative "pour une protection des exploitations paysannes et contre les fabriques
d'animaux (Initiative en faveur des petits paysans)"
Participation:
36,0%
Non: 773 718 (51,1%) / 17 cantons
Oui: 741 747 (48,9%) / 9 cantons
Mots d'ordre:
- Non: PRD, PDC*, UDC, PL, PA; USP, Vorort, USAM.
- Oui: PS*, PES, AN, PST; CSCS, VKMB, UPS, les organisations de protection de
l'environnement.
- Liberté de vote: AdI*; USS.
* Recommandations
différentes des partis cantonaux
Les initiants reçurent
le soutien des partis de gauche, des écologistes ainsi que de l'Union
des producteurs suisses (UPS). Globalement, l'argumentation en faveur de l'initiative
suivit les deux centres d'intérêts propres au VKMB et à
Denner: les petits paysans et la liberté d'importation. Selon les défenseurs
de l'initiative, celle-ci aurait permis d'axer la politique agricole sur l'exploitation
paysanne familiale assurant, en plaine comme en montagne, un revenu équitable.
Les consommateurs auraient pu se procurer des denrées saines, produites
dans le respect de l'environnement. Cela signifie qu'un coup d'arrêt aurait
été donné à l'industrialisation et à l'intensification
de l'agriculture. En d'autres termes, les 5 000 fabriques d'animaux dénoncées
par les initiants qui, en cultivant chacune moins d'un hectare (ce qui ne peut
produire du fourrage que pour 3 vaches ou 20 cochons), élevaient 700
000 porcs et 2 millions de poulets auraient dû disparaître. Cela
aurait stoppé la dégradation de l'alimentation et la pollution
des ruisseaux et des nappes phréatiques causée par la trop grande
concentration de lisier et de fumier. La disparition de ces fabriques aurait
permis un transfert de production au bénéfice des petites exploitations.
Le contribuable aurait été, en conséquence, déchargé
des coûts de mise en valeur des excédents agricoles car les grandes
exploitations n'auraient plus obtenu de subventions. Le bénéfice
du consommateur se serait fait grâce à la liberté d'importation
qui, bien qu'impliquant la prise en charge des produits suisses, aurait été
susceptible de faire baisser les prix. Enfin, cette possibilité d'importer
à loisir aurait considérablement renforcé la position de
la Suisse au sein du GATT et dans les négociations avec la CEE .
Les partis bourgeois,
les organisations patronales et l'USP se sont fermement opposés à
ce projet. Selon eux, l'initiative aurait entraîné la disparition
de 12 000 exploitations qui n'auraient pas forcément été
des fabriques d'animaux mais plutôt de petits domaines qui, pour survivre,
se sont diversifiés dans la production de porc et de volaille. Ce sont
donc les grands domaines possédant des surfaces importantes qui auraient
été les bénéficiaires de ces mesures. De plus, la
distinction entre exploitation paysanne et non-paysanne en fonction du degré
d'auto-approvisionnement en fourrage aurait eu une dimension arbitraire, aurait
augmenté encore la bureaucratie et se serait certainement avérée
inique dans les cas limites. Selon les opposants, l'initiative, loin de protéger
l'environnement, aurait encouragé la culture intensive en raison de la
quantité de fourrage à assurer. D'autre part, elle n'indiquait
absolument pas selon quel mécanisme les prix auraient pu baisser et comment
ce nouveau système aurait été financé. Au sujet
du GATT et de la CEE, il fut avancé que certains points de l'initiative
(limitation ou interdiction des importations) auraient encore augmenté
le protectionnisme agricole et compliqué la position de la Suisse qui
aurait dû renégocier son statut spécial au GATT. Il fut
souvent relevé, de part et d'autre, que le texte de l'initiative était
imprécis, qu'il comportait des lacunes (comme l'oubli de catégories
tels les horticulteurs ou les viticulteurs) et que ses mesures quelquefois sans
nuances étaient à la base de la confusion que l'on a pu trouver
dans le développement des arguments.
La campagne précédent
le scrutin fut d'une vigueur peu commune. Du côté des initiants,
Karl Schweri, P.D.G. de Denner, fut particulièrement actif surtout par
le soutien financier, souvent dénoncé, de son entreprise. C'est
ainsi que la presse fut inondée de placards publicitaires en faveur de
l'initiative ou critiquant la politique agricole officielle. Cette débauche
de moyens a fait prendre ses distances au VKMB qui annonça sa désapprobation
et à l'UPS qui refusa son soutien public. K. Schweri fut aussi le plus
exposé aux attaques des opposants qui assimilèrent souvent l'initiative
à une bonne occasion pour Denner de faire jouer une votation en faveur
de ses seuls intérêts publicitaires et commerciaux. Pour le VKMB,
Ruedi Baumann multiplia les interviews afin de développer les thèses
des petits paysans. J.-P. Delamuraz, pour sa part, mit tout son poids dans la
bataille pour faire échec à l'initiative, axant son discours sur
la problématique relative aux négociations du GATT.
Les résultats
de l'analyse Vox de cette votation font bien apparaître les contradictions
qui ont entouré cette campagne. Si une partie importante des votants
s'est avérée avoir une bonne connaissance du texte de l'initiative,
en revanche, une majorité d'entre eux avoue avoir eu des difficultés
à se faire une opinion. D'autre part, les motivations du oui et du non
sont toutes deux celles de la volonté d'aider les petites exploitations.
Il y a, en général, consensus sur la protection des petits paysans
et sur la défense de l'environnement; c'est sur le problème des
moyens à mettre en oeuvre que les opinions diffèrent. Les votants
favorables à l'initiative sont généralement d'origine urbaine
et ont été sensibles aux arguments sur les denrées alimentaires
saines et aux divers éléments écologiques prônés
par les initiants. Les opposants à l'initiative sont de provenance plutôt
rurale et ont pensé qu'elle nuirait à la petite paysannerie et
ne profiterait qu'aux grands distributeurs; l'analyse montre l'importance de
l'hostilité envers l'action de Denner dans les motivations du non. Elle
met également en évidence que seul 20% de la population se déclare
pleinement satisfait par la politique agricole menée par la Confédération
et que l'objet le plus contesté est la question des subventions. Cette
votation a donc indiqué donc que notre politique agricole, déjà
sur la sellette au GATT et face à la CEE, est désormais perçue
de manière moins positive qu'auparavant à l'intérieur des
frontières mêmes de la Suisse.
Dès le lendemain
de la votation sur l'initiative en faveur des petits paysans, l'USP lança
la sienne intitulée "pour une agriculture paysanne compétitive
et responsable de l'environnement". La récolte des signatures démarra
tambour battant, l'USP ayant mobilisé toutes ses énergies. La
centrale paysanne, consciente du désir de changement manifesté
par le souverain, a agi ainsi, selon son directeur Melchior Ehrler, pour éviter
que l'on ne fasse une politique agricole sans les paysans. Dans le même
temps, l'Alliance des Indépendants (AdI) et le groupe de travail pour
une Nouvelle politique agricole (NAP, sigle alémanique) annonçaient
leur intention de lancer leurs propres initiatives. Après de longues
négociations, ces deux derniers sont arrivés à un accord
et présenteront un texte unique qui reste à rédiger.
Les trois projets
originels ont un tronc commun qui comprend la volonté d'une agriculture
plus proche de l'environnement, plus favorable aux exploitations paysannes familiales
et moins industrielle. Cependant, les modalités diffèrent et des
divergences existent. Le texte de l'AdI est le plus 'européen' et insiste
sur un plus grand respect des lois du marché en même temps qu'une
meilleure protection de la nature par le biais de bases fourragères suffisantes,
de paiements directs et de taxes sur les engrais chimiques. Celui de la NAP
est axé sur des objectifs écologiques où la Confédération
et les cantons auraient un rôle accru. Il vise à protéger
les petites exploitations, à diminuer le nombre d'unités de bétail
autorisé à l'hectare et à assurer que les fourrages importés
soient produits selon des normes identiques à celles de la Suisse. L'initiative
de l'USP est celle qui apporte le moins de changements à la politique
officielle. Toutefois, elle permet à la centrale paysanne de soutenir
le principe d'un usage plus généralisé des paiements directs.
Néanmoins, la plupart du revenu paysan devrait toujours être assurée
par les prix agricoles. Ce projet veut également encourager les exploitations
paysannes qui cultivent le sol et qui ont une base fourragère propre.
La Confédération devrait adapter la production aux conditions
d'écoulement et réglementer l'utilisation des produits auxiliaires.
L'objectif d'avoir une production susceptible d'assurer l'indépendance
du pays est maintenu. Pour leur part, J.-P. Delamuraz et l'Office fédéral
de l'agriculture ont estimé qu'il n'y a pas besoin de nouvelles initiatives
pour procéder aux réformes nécessaires.
Débats
sur la politique agricole
Dans ce processus
de redéfinition de la politique agricole helvétique, divers acteurs
ont proposé leurs vues sur la question. En premier lieu, l'USP a procédé
à un repositionnement important. Si elle rejette tout libre-échangisme
excessif, elle admet que la politique agricole doit évoluer dans le sens
d'un plus grand respect des lois du marché et accepte désormais
l'idée d'une utilisation plus large des paiements directs comme appoint
au revenu paysan 9. L'UDC reste dans une ligne plus traditionnelle; elle ne
veut pas boulverser le système établi à cause du GATT ou
du processus d'intégration européenne. Des paiements directs ne
sont envisagés que si la situation internationale l'exige réellement.
Un accent particulier est toutefois mis sur la protection de l'environnement
10. Le groupe radical-démocratique a demandé, au moyen d'une motion
déposée au parlement, l'établissement de bases légales
pour des paiements directs favorisant des modes de production respectueux de
l'environnement et permettant de lutter contre la surproduction ainsi qu'un
système de prix préférentiels fondé sur des critères
de qualité et d'écologie. Le parti libéral se situe à
l'opposé des ces suggestions et s'est prononcé pour une déréglementation
et une libéralisation importante de l'agriculture. Selon lui, l'agriculture
doit devenir un facteur compétitif, notamment par l'agrandissement des
exploitations .
Au Conseil national, la motion Ruckstuhl (pdc, SG), transmise comme postulat,
a demandé un projet de révision de la loi sur l'agriculture encourageant
l'exploitation du sol de type familial et respectueuse de l'environnement par
un revenu équitable provenant de la production, ainsi que l'utilisation
de paiements directs pour indemniser les prestations non-commerciales . D'autres
propositions de réformes, telles les motions Wyss (udc, BE), Nussbaumer
(pdc, SO) ou Dormann (pdc, LU), également transmises comme postulats,
vont dans le même sens . La commission de la grande chambre a, pour sa
part, transformé l'initiative parlementaire Neukomm (ps, BE) en postulat.
Ce texte suggère l'extension des paiements directs en faveur d'une agriculture
biologique dont le financement serait assuré, en partie, par des taxes
sur les engrais . Au Conseil des Etats, la motion Jaggi (ps, VD), elle aussi
transmise comme postulat, considérant que les commissions agissant en
matière d'agriculture étaient trop souvent occupées par
des professionnels directement concernés, propose un recours plus fréquent
à des personnes indépendantes .
En 1987, J.-P.
Delamuraz avait institué une commission pour étudier en détail
le problème des paiements directs. Cet organe, composé de vingt
experts provenant de tous horizons, fut réuni sous la présidence
de Hans Popp, directeur suppléant de l'Office fédéral de
l'agriculture (OFAG). Il a présenté, en 1990, son rapport final.
Face aux demandes, de la part du GATT et de la CE, de diminution des subventions
et de plus large ouverture des frontières, il a conclu qu'il ne sera
plus possible de protéger l'agriculture uniquement par des prix garantis
qui creuseraient encore l'écart avec l'Europe et le reste du monde. Pour
la commission, la solution réside dans l'extension des compensations
non-liées à la production. Ces paiements directs devraient être
utilisés selon deux axes: assurer les revenus quand la situation ne permet
plus d'agir sur les prix et orienter la production dans un sens favorable à
l'environnement. Le gouvernement aurait la compétence d'en ajuster périodiquement
le montant et pourrait ainsi, régulièrement, jouer sur une combinaison
prix-paiements directs afin d'assurer le revenu paysan [
1].
L'USP s'est déclarée satisfaite que la commission Popp ne se prononce
pas pour une utilisation généralisée des paiements compensatoires,
les solutions qu'elle préconise étant du même ordre d'idées
que celles des experts de l'OFAG .
Nouvelles initiatives
Des tentatives
de remodelage de la politique agricole proviennent également de deux
initiatives populaires. L'une, intitulée "pour une agriculture paysanne
compétitive et respecteuse de l'environnement", fut lancée en
1989 par l'USP. Elle a été déposée en 1990 après
avoir réussi à récolter 262 435 signatures en cinq mois
environ. L'USP a mobilisé toute ses forces dans cette campagne; cette
initiative représente le moyen, pour elle, de pouvoir maîtriser
quelque peu les processus de restructuration qui se sont engagés dans
l'agriculture helvétique. Son texte tente de prendre en compte les demandes
qui pèsent sur les paysans en faveur d'un plus grand respect de la nature
et des règles du libre-marché, tout en essayant de conserver au
maximum les tâches et les protections traditionnelles de l'agriculture.
S'il ne ferme pas la porte à des paiements directs, il propose néanmoins
que le revenu paysan soit autant que possible assuré par les prix.
L'autre initiative, lancée en juin et intitulée "paysans et consommateurs
- pour une agriculture en accord avec la nature", résulte d'un compromis
entre les projets du groupe de travail "Pour une nouvelle politique agricole"
(NAP, sigle alémanique) et de l'Alliance des Indépendants (AdI).
Alors que le premier était principalement axé sur la protection
de l'environnement, le second insistait plutôt sur une libéralisation
du secteur agricole. La synthèse, soutenue par les partis socialiste,
écologique, indépendant et évangélique ainsi que
par de nombreuses organisations de protection des consommateurs, des animaux
ou de l'environnement, vise à rompre, selon les initiants, la politique
actuelle qui assure des prix élevés à la production, entraînant
ainsi des excédents nuisibles autant pour l'environnement que pour les
lois du marché. Pour cela, la Confédération devrait agir
sur les prix, taxer les moyens de production nocifs et ne plus financer les
excédents. Elle compenserait ces manques à gagner par des paiements
directs devant orienter la production dans un sens écologique.
En février,
lors de sa dixième assemblée générale, l'Association
pour la défense des petits et moyens paysans (VKMB) a officiellement
décidé, à une très forte majorité, de se
séparer de l'USP. La principale raison en est l'opposition que cette
dernière avait marqué à l'encontre de l'initiative "en
faveur des petits paysans" en 1989. Cette rupture se dessinait depuis quelques
années: en 1988 et 1989, le VKMB avait présenté un catalogue
de demandes de prix séparé de celui de l'USP et son comité
avait déjà envisagé depuis quelques temps de tourner le
dos à la centrale paysanne de Brugg 21.
Paiements directs
Le
gouvernement a ouvert une procédure de consultation sur l'introduction
de paiements directs complémentaires et de contributions en faveur de
modes de production et d'exploitation respectueux de l'environnement et des
animaux dans la politique agricole par une modification de la loi sur l'agriculture
(art. 31). Ce faisant, il va dans le sens des propositions de la commission
Popp qui a fait part de ses travaux en 1990. Cette modification législative
devrait être présentée aux Chambres en 1992 et constituer
un contre-projet indirect à l'initiative populaire de l'USP "pour une
agriculture paysanne compétitive et respectueuse de l'environnement".
L'Association pour la défense des petits et moyens paysans (VKMB) ainsi
que l'Association suisse des organisations d'agriculture biologique (ASOAB)
se sont prononcées en faveur de l'instauration immédiate d'un
système de paiements directs liés à des critères
écologiques. Elles rejettent cependant les contributions liées
à la surface qui, selon elles, défavorisent les petites exploitations
et font monter les prix des terrains agricoles . D'autre part, confirmant les
profonds changements que connaît l'agriculture, un sondage commandé
par l'USP a révélé que 86% des agriculteurs étaient
prêts à s'engager plus avant, contre rémunération,
dans la protection de l'environnement et de la nature et que 45% d'entre eux
estimaient que la conversion à l'agriculture biologique constitue une
bonne solution .
L'USP a confirmé le virage entamé en 1990 en prenant position
en faveur d'une telle extension des paiements directs mais a cependant considéré
que la modification législative n'était pas une alternative valable
à son initiative, et a regretté que les paiements directs prévus
soient introduits aussi tardivement. Si les représentants de la centrale
paysanne sont heureux que ceux-ci aient pour mission d'encourager une production
respectueuse de l'environnement, ils désirent qu'ils stimulent également
l'esprit d'entreprise et compensent l'inévitable diminution des protections
douanières. L'octroi de ces paiements directs devrait se faire, selon
eux, en fonction de la surface (ce qui tient compte de la diversité en
besoin de main d'oeuvre), mais aussi du degré de difficulté de
l'exploitation due aux conditions de production. L'USP a précisé
que les paiements directs ne doivent pas porter atteinte au revenu paysan et
doivent être accompagnés d'autres mesures permettant à la
paysannerie de faire face aux bouleversements à venir.
Les partis bourgeois ont, eux aussi, soutenu la modification législative
proposée par le gouvernement; le PDC désire une introduction rapide
de ces instruments, le PRD met l'accent sur l'importance de la définition
des critères d'octroi, tandis que l'UDC prétend que les conséquences
financières de cette réforme ont été quelque peu
sous-estimées et qu'il faudrait y remédier. La gauche et les verts
se sont également prononcés en faveur de ces réformes qu'ils
considèrent comme un premier pas dans le changement nécessaire
du système agricole helvétique. Ils demandent cependant que la
teneur de la modification législative soit précisée afin
qu'elle atteigne véritablement son but, que l'élément écologique
soit accentué et que des taxes incitatives soient introduites. Les organisations
de protection de l'environnement ont, pour leur part, prétendu que les
paiements directs n'étaient pas forcément une garantie pour une
agriculture respectueuse de la nature, qu'ils ne devraient pas être liés
à la surface et que d'autres mesures plus concrètes devraient
être prises.
Le Conseil national a transmis comme postulat une motion du groupe radical demandant
que le gouvernement crée les bases légales permettant l'octroi
de paiements directs et la fixation de prix préférentiels fondés
sur des critères d'ordre écologique 15.
L'initiative
"paysans et consommateurs - pour une agriculture en accord avec la nature",
lancée en 1990, a abouti et a été déposée
munie de 110 928 signatures valables. Ce texte, émanant d'organisations
de consommateurs, de paysans, de protection de l'environnement ainsi que de
l'AdI, vise à rendre l'agriculture plus respectueuse de la nature, des
animaux ainsi que des intérêts des consommateurs 16.
Dans son programme de législature, le gouvernement a mis l'accent
sur les modifications à apporter à la politique agricole. Outre
le maintien des objectifs traditionnels de l'agriculture (approvisionnement,
structure familiale, population décentralisée, etc.), les buts
du Conseil fédéral sont principalement de rendre les règles
qui la régissent moins interventionnistes, plus préoccupées
par des considérations de type environnementales et capables d'indemniser
les prestations d'intérêt général. Le 7ème
rapport sur l'agriculture (voir ci-dessous) a consacré cette nouvelle
orientation et la révision partielle de la loi sur l'agriculture (voir
ci-dessous) a permis d'entamer sa mise en oeuvre, en particulier par l'introduction
de paiements directs non liés à la production. C'est également
par le biais du nouveau projet d'arrêté viticole et par une future
révision partielle de l'arrêté sur l'économie laitière
et de l'arrêté sur le statut du lait que le gouvernement a annoncé
vouloir poursuivre ces réformes.
En début
d'année, le Conseil fédéral a présenté son
7ème rapport sur la situation de l'agriculture suisse et la politique
agricole de la Confédération. Ce texte, destiné à
être la "bible" de l'agriculture helvétique pour les prochaines
années, fait suite au 6ème rapport paru en 1984 9. Outre la description
de l'évolution récente et de l'état actuel de l'agriculture
helvétique ainsi que des instruments et de la législation agricole
fédérale, il présente la nouvelle orientation de la politique
agricole, consacrant ainsi des changements qui sont en maturation depuis quelques
années. Le rapport souligne que durant la période couvrant la
seconde moitié des années quatre-vingts, le nombre d'exploitations
a diminué de 6,4%, et ce au détriment des petites exploitations.
Le revenu paysan a suivi l'évolution générale vers la hausse,
même s'il reste proportionnellement inférieur aux autres professions,
surtout en montagne. Notons que l'agriculture occupe 8,8% des dépenses
de la Confédération, ce qui constitue le cinquième poste
du budget.
Selon le gouvernement,
l'évolution récente de l'agriculture a conduit à des degrés
de production trop élevés et qui sont devenus difficilement
supportables, notamment en ce qui concerne l'écoulement des produits
sur le marché. Le corollaire à cette tendance a été
un accroissement des atteintes à l'environnement. Par ailleurs, au niveau
international, la pression en faveur d'une libéralisation des marchés
(GATT et CE) a nettement augmenté. De fait, la paysannerie suisse devra
faire face à une forte concurrence. Elle devra donc être plus compétitive,
tout en respectant mieux l'environnement et en assurant ses fonctions traditionnelles.
Ces bouleversements ont amené le Conseil fédéral à
redéfinir les tâches de l'agriculture, dont les principales
sont l'approvisionnement satisfaisant de la population, le maintien et l'entretien
des sites cultivés, la contribution à la vie économique,
sociale et culturelle de l'espace rural ainsi que l'utilisation et l'entretien
des bases naturelles de l'existence et du paysage. De même, les objectifs
de la politique agricole de la Confédération ont été
redéfinis: il s'agit du maintien d'une agriculture paysanne dont l'élément
moteur est l'exploitation familiale, de l'harmonisation de la production et
de la demande, de l'adaptation de l'intensité d'exploitation aux exigences
écologiques, de l'assurance d'un revenu agricole équitable, de
la possibilité donnée à l'agriculture de fournir ses prestations
à un coût avantageux et de permettre l'importation de produits
agricoles d'un volume approprié.
Pour faire face
à ces défis, ainsi qu'aux tâches et objectifs qui en découlent,
le gouvernement a décidé de donner un rôle plus important
aux paiements directs; c'est ainsi que les modifications de la loi sur l'agriculture
(voir ci-dessous) visant à introduire de nouvelles dispositions à
ce sujet et le message y afférent font partie intégrante du rapport.
Les partis bourgeois
ainsi que l'Union suisse des paysans (USP) se sont montrés satisfaits
de ce rapport qui constitue, à leurs yeux, un fondement valable et réaliste
de la nouvelle politique agricole suisse. Pour leur part, la gauche, les verts
et l'Association pour la défense des petits et moyens paysans (VKMB)
l'ont trouvé trop timide. Il lui ont notamment reproché la place
trop étroite accordée aux paiements directs. Ils ont en outre
regretté que l'octroi de ceux-ci ne soit que marginalement lié
à des exigences écologiques. Le VKMB a même présenté
un "contre rapport" dans lequel il suggère d'étendre les paiements
directs et les soutiens à la protection de l'environnement. Selon cette
organisation, aucune exploitation ne devrait disparaître et il faudrait
rechercher l'argent nécessaire en diminuant de 25% les dépenses
militaires .
Le parlement
a pris acte du rapport qui a satisfait bon nombre d'élus. Certains d'entre
eux ont cependant mis l'accent sur les objectifs contradictoires qu'il contenait,
et surtout sur le problème du financement des nouvelles mesures proposées.
Par ailleurs, le Conseil des Etats a transmis la motion de sa commission demandant
au gouvernement d'édicter des dispositions afin que les mesures sociales
prévues dans le rapport (préretraites, aides au désendettement,
etc.) soient applicables le plus vite possible. Le Conseil national a rejeté
cette motion, mais a adopté un postulat de sa commission reprenant la
même revendication.
Le Conseil fédéral
a présenté son message sur la modification de la loi sur l'agriculture
visant à introduire des paiements directs. Cette réforme est l'aboutissement
de plusieurs années de débats sur le problème du revenu
paysan et des prix des produits agricoles. S'inspirant de nombreuses interventions
parlementaires, du rapport de la commission Popp, et se plaçant dans
la philosophie du 7ème rapport sur l'agriculture, le gouvernement, après
une procédure de consultation encourageante, a proposé au parlement
des nouveaux articles 31a et 31b de la loi sur l'agriculture, qui prévoient
l'introduction de paiements compensatoires selon deux modes. Le premier est
composé de paiements directs complémentaires de caractère
général et non liés à la production. Ceux-ci
sont destinés à compenser une politique des prix qui sera à
l'avenir plus respectueuse des règles du marché et à rémunérer
des prestations d'intérêt public. Ils devront, en outre, encourager
l'agriculture de type familial, la protection de l'environnement et la collaboration
entre les exploitations. Le montant des paiements directs dépendra d'une
série de critères dont, notamment, le type de l'exploitation et
sa surface. Le second concerne des paiements directs destinés à
soutenir des formes d'exploitation respectueuses de l'environnement. Ceux-ci
seront versés sur une base contractuelle et les critères d'octroi
devraient être un emploi moindre d'engrais ou de produits de traitement,
une attention particulière vouée aux animaux et le respect des
mécanismes naturels et des équilibres écologiques.
Les besoins en
paiements directs devraient atteindre un montant situé entre 200 et
300 millions de francs par année. Cette somme pourra être partiellement
compensée par une baisse des prix à la consommation et un accroissement
de certaines recettes. Le surplus de dépenses pour la Confédération
devrait se monter à 100 millions de francs.
Dans le même
paquet législatif, le gouvernement a encore proposé une modification
de la loi visant à adapter la formation professionnelle aux besoins
nouveaux, à l'harmoniser avec la loi fédérale sur la formation
professionnelle et à permettre la création de nouvelles filières
de formation ou de perfectionnement .
Dans un premier
temps, le Conseil des Etats a adopté le projet du gouvernement
à l'unanimité. Il n'a effectué que des modifications de
détail visant à rassurer les paysans, comme, par exemple, de donner
la garantie de la Confédération plutôt que du seul Conseil
fédéral en matière de paiements directs.
Le Conseil national,
pour sa part, fit également un bon accueil à cette modification
législative. La Chambre fut ainsi généralement unanime
pour admettre la nécessité de réformer la politique agricole.
La façon de le faire divisa cependant les parlementaires. Les bourgeois,
outre qu'ils se sont inquiétés du financement des paiements directs,
ont considéré ces derniers principalement sous l'angle d'une compensation
des pertes de revenu dues à une dérèglementation progressive,
alors que la gauche et les écologistes entendaient donner un plus grand
poids aux paiements directs à caractère écologique. Sous
la pression de cette minorité, des modifications ont été
apportées au projet initial dans le sens d'une écologisation
des paiements directs. C'est ainsi que les députés, contre
l'avis de leur commission, ont instauré le principe, à moyen terme
(5 ans), d'une égalité de volume entre paiements directs économiques
et écologiques. Ils ont par contre refusé de subordonner exclusivement
le versement de paiements directs à des prestations à caractère
écologique. Par ailleurs, la chambre a encore introduit, toujours sous
l'impulsion de la gauche et des verts, une limitation de l'octroi de paiements
directs en fonction des revenus et de la fortune de l'agriculteur .
Lors de la procédure
d'élimination des divergences, le Conseil des Etats a ramené
les critères de limitation d'octroi de paiements directs au seul revenu
agricole, sur proposition de compromis d'A. Cottier (pdc, FR). La grande chambre
s'est finalement ralliée de justesse à cette proposition, la gauche
et les écologistes entendant fermement revenir à la proposition
initiale. En revanche, la petite chambre a accepté la disposition introduite
par le Conseil national visant à terme à une égalité
entre paiements directs généraux et écologiques. Face
à ces modifications, des menaces de référendum sont venues
des rangs de la droite, libéraux et démocrates du centre en particulier,
qui étaient opposés à toute limitation en fonction du revenu
ou de la fortune et qui n'ont guère goûté la disposition
prévoyant la parité entre paiements directs généraux
et écologiques .
Pour sa part, la
grande chambre a accepté sous forme de postulat la motion Baumann (pe,
BE) invitant le gouvernement à uniformiser les limites de revenus et
de fortunes déterminantes pour les paiements directs 17. Elle a fait
de même avec un texte de V. Darbellay (pdc, VS) proposant d'étendre
et de moduler les critères relatifs à la surface de l'exploitation
pour le calcul des paiements directs .
En fin d'année,
le gouvernement a mis en consultation les deux
ordonnances destinées
à mettre en application les modifications de la loi sur l'agriculture.
En 1993, 150 millions de francs devraient ainsi être consacrés
aux paiements directs généraux et 40 millions pour les paiements
directs à caractère écologique. Le texte définit
les ayant droit, les montants des paiements ainsi que leurs conditions d'octroi
[
2] . Pour les paiements généraux, les
paysans doivent exploiter une entreprise d'au moins 3 hectares et n'utiliser
comme main d'oeuvre que sept personnes au plus extérieures à leur
famille. Les sommes dévolues, pour les entreprises de plus de 10 hectares,
seront de 1000 francs par domaine en plaine et de 2000 francs en montagne. En
plus, 200 francs par an et par hectare seront versés. Pour les contributions
écologiques, l'ordonnance définit quelles sont les formes particulièrement
respectueuses de l'environnement qui méritent une indemnisation. Il s'agit
de la production intégrée, de la culture biologique, de la détention
d'animaux de rente en plein air, des surfaces de compensation écologiques
et de certaines surfaces assolées .
Dans le cadre de
l'attribution de paiements directs, le Conseil des Etats a transmis comme
postulat la motion Delalay (pdc, VS) qui demandait que les petites exploitations
familiales soient favorisées. Certains critères tels que le type
de production, l'intensité du travail à fournir et les mesures
prises contre les excédents ou en faveur de la qualité devraient
ainsi être pris en compte . Cette même Chambre a par contre rejeté
la motion Weber (adi, ZH) qui entendait, pendant une période de transition,
lier le financement des paiements directs aux moyens dégagés par
la réduction progressive des prix garantis, des quantités dont
la prise en charge est assurée, du volume des importations et des subventions
en faveur de l'agriculture .
Soucieux de résoudre
l'épineux problème du financement de cette nouvelle politique,
le Conseil des Etats a accepté une initiative parlementaire de sa commission,
proposée par R. Jagmetti (prd, ZH), et qui entend, afin de financer
ces nouveaux paiements directs, soumettre à l'impôt sur le
chiffre d'affaire (ICHA) à un taux réduit (1,5%) les denrées
alimentaires et les boissons non alcoolisées. La charge supplémentaire
que cela créerait pour le consommateur serait largement compensée
par la baisse des prix provoquée par l'introduction de paiements directs.
Par ailleurs, un tel système ne porterait pas préjudice à
l'instauration future d'un nouveau régime financier. D'aucuns ont néanmoins
protesté contre cette mesure qui, selon eux, serait prématurée;
il vaudrait mieux lutter contre les excédents et inciter les agriculteurs
à diminuer leur production. Le Conseil national a, pour sa part, accepté
le postulat Tschuppert (prd, LU) demandant au gouvernement d'examiner les possibilités
d'assujettir les produits alimentaires à l'ICHA et de prélever
sur l'ICHA existant 1% en faveur de l'agriculture.
La petite chambre
a, par contre, rejeté la motion Weber (adi, ZH) qui demandait que, par
le biais d'un arrêté fédéral urgent, le financement
des paiements directs soit assuré presque exclusivement par les économies
qu'une déréglementation rapide de l'agriculture entraînerait.
Le Conseil des Etats a estimé qu'une mutation structurelle trop rapide
de l'agriculture serait néfaste pour les paysans et qu'une transition
douce était nécessaire.
La procédure
de consultation sur les deux ordonnances relatives à la loi sur l'agriculture
instituant des paiements directs complémentaires et des contributions
pour prestations écologiques a donné lieu à de nombreuses
critiques de la part des organisations paysannes, des partis politiques et des
cantons. Ainsi, l'USP et l'UDC ont jugé insuffisant le montant destiné
aux paiements directs; de son côté, le VKMB, tout comme les partis
socialiste et écologiste, ont demandé que la somme versée
pour les contributions écologiques soit plus élevée. Quant
à lui, le PRD a estimé que les réglementations pour obtenir
des contributions pour prestations écologiques étaient beaucoup
trop compliquées. Pour les cantons de Vaud, de Genève et du Valais,
les ordonnances prétériteraient les grandes exploitations et les
cultures spéciales, comme la vigne, les fruits et les légumes,
très présentes en Suisse romande. Enfin, les cantons de la Suisse
centrale (UR, AI, NW, OW) se sont inquiétés de la faible part
prévue pour les régions de montagne .
Lors de la présentation
de ces deux nouvelles ordonnances, le Conseil fédéral a également
annoncé sa décision de diminuer de 10 centimes le prix du lait
(voir plus bas); afin de compenser cette baisse, il a augmenté de 130
millions de francs le montant prévu (190 millions) dans le budget
1993 pour les nouveaux paiements directs. Deux types de contributions sont prévus
pour les paiements directs complémentaires: les contributions
à l'exploitation et à la surface. Les premières,
qui sont allouées aux exploitations d'une surface utile supérieure
à 9 hectares, se composent d'une subvention de base oscillant entre 1000
et 2000 francs en fonction des zones et d'une somme complémentaire de
2500 francs, destinée aux exploitants qui détiennent au moins
5 unités de gros bétail. Les secondes, attribuées en fonction
de la surface exploitée, sont composées d'une subvention de base
(250 francs par hectare de surface agricole utile) et d'une contribution en
fonction de la surface herbagère de 160 francs par hectare. Concernant
les paiements pour des prestations écologiques, quatre
catégories sont prises en compte: la compensation écologique (prairies
très extensives, haies et bosquets, etc.), la production intégrée,
la culture biologique et la détention contrôlée d'animaux
de rente en plein air. Pour l'année 1993, un montant de 265 millions
de francs a été attribué pour les paiements directs de
caractère général alors que les contributions pour prestations
écologiques se sont montées à 55 millions .
Le comité
d'initiative "Paysans et consommateurs" a sévèrement critiqué
la faiblesse des contributions pour prestations écologiques. Il
a même déposé plainte auprès de la commission de
gestion du Conseil national car il estimait que le Conseil fédéral
violait l'esprit de la loi et ne respectait pas la volonté du parlement
en introduisant une pareille disproportion entre les montants attribués
pour les deux catégories de nouveaux paiements directs. En réponse
à une interpellation Hämmerle (ps, GR), le Conseil fédéral
a indiqué qu'en 1997, après une période d'introduction,
les montants consacrés pour de telles prestations atteindraient le même
niveau que les paiements directs de caractère général .
La chambre basse
a transmis comme postulat une motion Baumann (pe, BE) qui prie le Conseil fédéral
de mener une étude relative à l'impact sur l'environnement de
la législation agricole en vue de remplacer la politique agricole pratiquée
jusqu'à maintenant par un système simple et transparent de paiements
directs. Elle a fait de même avec une motion Bühler (udc, GR) qui
charge le gouvernement de faire en sorte que les paiements directs versés
aux agriculteurs de montagne soient maintenus comme mesure distincte et non-intégrée
dans les nouveaux paiements directs complémentaires .
Le chef du DFEP
avait mis sur pied en 1992 trois commissions extraparlementaires avec pour mandat
de concrétiser les nouvelles orientations figurant dans le 7ème
rapport sur l'agriculture. Celles-ci ont rendu leurs conclusions sur les thèmes
abordés, soit la production animale, la production végétale
et l'économie agricole. En général, l'objectif à
atteindre est l'accroissement de la capacité concurrentielle et la dérégulation
du secteur agricole avec un retrait de l'Etat partout où cela est possible.
Ce processus devrait être associé à une meilleure prise
en compte de la protection de l'environnement. Ainsi, la commission pour la
production végétale a proposé de créer des surfaces
de compensation, ainsi que de soutenir les productions intégrée
et biologique et la détention contrôlée d'animaux en plein
air. Dans le secteur de la production animale, il a été suggéré
une forte déréglementation dans le domaine de l'élevage.
En ce qui concerne les revenus, le principe du salaire paritaire devrait, selon
les commissaires, prendre en compte des critères écologiques et
d'efficience.
La commission du
Conseil national a traité le projet de nouvel article constitutionnel
qui lui avait été renvoyé en 1993. Elle a repris la proposition
de la Chambre d'assurer le financement de l'agriculture et a ainsi prévu
d'inscrire dans l'article l'utilisation à cette fin de moyens appropriés
provenant du domaine de l'agriculture et des ressources fédérales
en général. Il n'a pas été précisé
d'où serait tiré cet argent et les commissaires ont notamment
renoncé à une solution faisant appel à la TVA.
En plénum,
la Chambre s'est ralliée à sa commission pour ce qui concerne
le financement des paiements directs. Elle a cependant refusé d'accepter
la proposition de majorité qui entendait lier l'octroi de tout paiement
direct à un minimum d'exigences écologiques. De même, elle
a rejeté des propositions de minorité rose-verte d'introduire
des taxes incitatives et de faire dépendre tout paiement direct d'une
conversion aux modes de production biologiques. Un front bourgeois, emmené
par J.-N. Philipona (prd, FR) et soutenu par J.-P. Delamuraz, a fait barrage
aux arguments favorables à une écologisation des paiements directs
en assurant que cela conduirait à promouvoir une agriculture trop chère,
donc peu rentable, qui serait condamnée à terme. Par ailleurs,
le Conseil national a suivi la décision de la petite chambre de 1993
de rejeter l'initiative de l'USP "pour une agriculture paysanne compétitive
et respectueuse de l'environnement". Pour sa part, le Conseil des Etats a facilement
accepté le projet d'article constitutionnel de la grande chambre [
3].
Suite
aux débats parlementaires,
l'USP a retiré son initiative.
Par ailleurs, R. Engler (pdc, AI) a retiré son initiative parlementaire
sur l'encouragement d'une agriculture dynamique. Ce texte demandait autant une
libéralisation de ce secteur qu'une compensation des désavantages
apportés par la concurrence, ainsi que plusieurs autres mesures telles
qu'un encouragement du perfectionnement professionnel ou une meilleure politique
d'investissements.
Le VKMB a déposé
son
initiative
populaire lancée en 1993 "
pour des produits alimentaires bon marché
et des exploitations écologiques" munie de plus de 110 000 signatures.
Le but de ce texte est de concilier les exigences d'une production respectueuse
de l'environnement avec les règles du marché. Il propose essentiellement
de simplifier la législation agricole et de réserver les paiement
directs aux petites exploitations mettant en oeuvre des modes de production
en accord avec la nature. Le référendum lancé en 1993 par
le même VKMB, appuyé par Denner, contre la modification de la loi
sur l'agriculture imposant des contributions de solidarité a également
abouti en début d'année avec plus de 53 000 signatures
Paiements directs
Le Conseil fédéral
a pris une série de décisions propres à mettre en oeuvre
la nouvelle politique agricole, soit diminuer les soutiens à la production
tout en compensant les pertes de revenu par un accroissement des paiements
directs. Le gouvernement a ainsi décidé d'abaisser le prix
du colza de 20 francs par 100 kilos, celui du blé de 4 francs par 100
kilos, de diminuer les contributions à l'élimination du bétail
de 14 millions, de supprimer 34% des suppléments de prix sur les huiles
et les graisses comestibles et de réduire de 50 à 60 centimes
par kilo le prix du beurre. Ces mesures devraient occasionner une perte de revenu
de 293 millions de francs pour les agriculteurs. En contrepartie, mais également
pour compenser la baisse de 10 centimes du prix du lait opérée
en 1993, le gouvernement a décidé d'augmenter de 316 millions
de francs les paiements directs, ce qui devrait signifier une revalorisation
nominale du revenu paysan de 0,7%. De la sorte, les paiements directs complémentaires
selon l'art. 31a de la loi sur l'agriculture sont passés à 800
millions de francs, soit une augmentation de 200 millions. Quant à eux,
les paiements directs pour prestations écologiques selon l'art. 31b de
cette même loi ont été triplés et sont passés
à 171 millions de francs.
Le souverain avait
à se prononcer en début d'année sur le nouvel article constitutionnel
élaboré par les chambres en contre-projet à l'initiative,
entre-temps retirée, de l'Union suisse des paysans (USP). Cet article
était censé fournir les bases constitutionnelles de la vaste réforme
du monde agricole qui vise à rapprocher ce dernier de l'environnement
et du marché. A cet effet, le texte soumis à l'approbation du
peuple et des cantons énumérait d'autres tâches que celle
traditionnelle de l'approvisionnement du pays, telles que l'utilisation durable
des ressources naturelles, l'entretien du paysage ainsi qu'une occupation décentralisée
du territoire. En outre, pour garantir une assise constitutionnelle à
la nouvelle conception de l'aide financière au monde paysan, le projet
du parlement consacrait le principe des paiements directs. Le souverain a
rejeté de justesse l'initiative avec près de 51% de non -
soit moins de 30 000 voix de différence - et 12 4/2 cantons. Le rejet
le plus net est provenu des cantons de Soleure, Bâle-Ville, Bâle-Campagne
et Glaris. Les six cantons romands ont accepté le 3nouvel article, le
canton de Vaud l'approuvant même à plus de 71%. Parmi les cantons
alémaniques, seuls les cantons de Lucerne, de Thurgovie et d'Obwald ont
fait de même. Avec le rejet des deux autres objets soumis en votation
(voir infra), ce vote est apparu comme l'expression d'une aspiration populaire
à des réformes plus importantes que celles proposées.
Votation du 12 mars 1995
Participation:
37,9%
Oui: 836 215 (49,1%) / 8 2/2 cantons
Non: 866 107 (50,9%) / 12 4/2 cantons
Mots d'ordre:
- Oui: PRD (1*), PDC, UDC, PL (1*), PEP, PdL (ex-PA), DS; USP, UPS, Vorort,
USAM, Migros.
- Non: PS (1*), PE, Lega, PdT, AdI; VKMB, USS, CSCS, WWF, organisations
de défense du consommateur, COOP, Denner.
* Recommandations
différentes des partis cantonaux
Lors de la campagne,
les
partisans du nouvel article - les partis bourgeois, l'USP ainsi que
les principales associations économiques du pays - ont souligné
que le texte proposé avait le double avantage de fournir une base constitutionnelle
adéquate à la poursuite des réformes en direction de plus
de marché et d'écologie, tout en laissant suffisamment de marge
de manoeuvre au législateur pour procéder par étapes et
ainsi éviter une précipitation qui pourrait être fatale
à une grande partie des paysans. Selon les défenseurs du projet,
l'opposition à cet article relevait souvent d'un fondamentalisme écologique
irréaliste, prônant la conversion immédiate de l'ensemble
de la population paysanne à l'agriculture biologique sans tenir compte
du fait que la demande pour des produits "bio" ne constitue qu'une part minime
(20%) du marché agricole. Le monde paysan a souligné pour sa part
que cet article avait le mérite de consacrer constitutionnellement le
principe des paiements directs, garantissant ainsi que cette source de revenu
jugée indispensable ne serait pas remise en cause à l'avenir par
des volontés d'économies intempestives. Les paysans ont également
dénoncé la campagne importante des gros distributeurs, lesquels
voudraient, sous couvert de considérations écologiques, confiner
l'agriculture à la production biologique, ayant ainsi le champ libre
pour importer massivement des produits agricoles traditionnels étrangers
[
4].
Les opposants
- principalement les partis socialiste et écologiste, l'Association alémanique
des petits et moyens paysans (VKMB) ainsi que les associations de consommateurs
et de défense de la nature - ont en revanche argué que cet article
ne constituait qu'une réforme illusoire ou du moins beaucoup trop timide,
qui n'apportait rien de nouveau par rapport à la situation existante.
Ils ont regretté notamment que le projet n'affirmait pas plus nettement
la nécessité d'une écologisation de la production agricole,
ne spécifiant pas par exemple que les paiements directs devaient avant
tout financer une production biologique ou intégrée.
L'analyse Vox
a révélé que le vote des partisans et des opposants correspondait
au clivage gauche droite. En effet, tandis que la gauche de l'électorat
a massivement rejeté l'article constitutionnel, le centre et la droite
l'ont majoritairement soutenu, les sympathisants du PDC et de l'UDC y étant
le plus favorables. Par ailleurs, parmi les motivations de ceux ayant refusé
l'article, l'aspiration à une réforme plus importante en direction
du marché et de l'environnement a été prédominante.
Pour les partisans en revanche, c'est la volonté de soutenir la paysannerie
et de lui garantir des ressources financières suffisantes qui a constitué
la motivation principale.
Le gouvernement
a mis en consultation en automne les propositions concernant la deuxième
étape de la réforme de l'agriculture suisse ("Politique agricole
2002") entamée en 1993 avec l'introduction des paiements directs. Conformément
à ce qu'exigent les accords du GATT, le projet prévoit une libéralisation
très importante du secteur primaire, l'Etat se désengageant
de nombreuses productions. Parmi celles-ci, c'est sans doute la production laitière
qui subirait les bouleversements les plus significatifs pour le monde agricole
étant donné son importance pour le revenu paysan (30% de celui-ci).
En effet, selon le projet du gouvernement, les prix du lait et du fromage ne
seraient plus garantis par l'Etat, mais déterminés par la loi
de l'offre et de la demande. Cette libéralisation signifierait la disparition
de la Butyra et la privatisation de l'Union suisse du fromage. Les contingents
laitiers seraient néanmoins maintenus afin d'éviter un effondrement
des prix fatal à l'agriculture. De plus, le prix du lait affecté
à la production fromagère continuerait à être artificiellement
abaissé par le biais d'une subvention, afin de permettre l'écoulement
du fromage helvétique à l'étranger. Les propositions mises
en consultation prévoient également que le secteur des céréales
serait touché par cette libéralisation, notamment par l'abaissement
des droits de douane sur les céréales importées. Les productions
viticole, maraîchère et de viande connaîtraient une libéralisation
similaire. En revanche, la betterave sucrière et la pomme de terre bénéficieraient
encore de l'ancien régime, le gouvernement étant de l'avis que
ces deux aliments de base ne doivent en aucun cas manquer au pays. Le Conseil
fédéral a en outre souligné que cette vaste réforme,
qui devrait commencer en 1997 et se clore en 2002, pourrait signifier une baisse
annuelle des prix de 5% dès son achèvement. Cette baisse des prix
serait compensée par une hausse du montant des paiements directs, le
gouvernement prévoyant d'augmenter ceux-ci de 175 millions de francs
par an jusqu'à un plafond de 3 milliards en 2002. Ces paiements directs
ne permettront pas néanmoins de compenser totalement les effets de la
concurrence: les gouvernement estime que le nombre d'exploitations baissera
de 2% chaque année et passera de 94 000 en 1990 à 70 000 en 2002.
Paiements directs
et fixation des prix
Le gouvernement
a poursuivi en 1995 la nouvelle politique qui vise à rapprocher les prix
administrés des produits agricoles de ceux du marché ainsi qu'à
supprimer les paiements liés à la production. Il a en effet décidé
de baisser les prix des betteraves, du seigle et du fourrage. Il a également
supprimé les contributions à l'élimination du bétail
ainsi que les contributions à l'exploitation du sol dans des conditions
difficiles. Pour compenser les effets négatifs de ses mesures sur le
revenu paysan (perte de 69 millions), le Conseil fédéral a accordé,
en plus des 26 millions prévus au budget 1995, 150 millions de francs
supplémentaires de paiements directs. Il n'a cependant pas répondu
aux exigences de l'USP qui réclamait un montant de 450 millions de francs
supplémentaires ainsi que 100 millions pour des mesures socio-structurelles.
De plus, contrairement aux desiderata de l'organisation faîtière
des paysans, ces 150 millions ont été affectés exclusivement
à des paiements directs pour prestations écologiques, lesquels
ont par conséquent augmenté de 171 à 321 millions de francs.
L'USP a vivement critiqué la décision de plafonner les paiements
directs complémentaires à 800 millions de francs, soulignant que
cette mesure constituait la preuve que le gouvernement n'avait pas la volonté
de garantir un revenu suffisant au monde paysan par le biais de ces nouveaux
instruments. Le VKMB a quant à lui dénoncé le caractère
électoraliste de cette décision prise à quelques semaines
des votations sur l'article constitutionnel, lequel risquait d'être rejeté
par la sensibilité écologiste de l'opinion publique.
Dans son rapport
sur le programme de législature 1995-1999, le Conseil fédéral
a tracé les grandes lignes de son action dans le domaine agricole. Deux
points fondamentaux constitueront les axes de la politique gouvernementale en
la matière: compétitivité et durabilité. Au sujet
du premier objectif, le gouvernement entend diminuer les interventions étatiques,
tant réglementaires que financières, ce afin d'encourager les
exploitations les plus innovatrices. En ce qui concerne la promotion d'une agriculture
écologique, les paiements directs pour prestations écologiques
devraient constituer à l'avenir la seule source de subventions pour la
paysannerie. Du point de vue des finances publiques, l'exécutif s'attend
à ce que la diminution des subventions visant à faciliter l'écoulement
des produits agricoles ne soit pas à même de compenser l'accroissement
des montants versés au titre de paiements directs. Ce n'est qu'en 2002
que les dépenses agricoles devraient connaître un fléchissement.
Article constitutionnel
sur l'agriculture
L'initiative
"paysans et consommateurs" ayant été retirée par ses
auteurs, le peuple et les cantons étaient appelés à se
prononcer au mois de juin sur le seul contre-projet élaboré par
le parlement. A la différence de l'article refusé en 1995, le
texte soumis à l'approbation populaire proposait notamment d'inscrire
dans la Constitution le principe selon lequel les paiements directs ne devraient
être versés à l'avenir que sous condition du respect d'exigences
écologiques minimales (production intégrée). Le contre-projet
mentionnait également que la Confédération pourrait édicter
des prescriptions en matière de provenance, de qualité et de méthodes
de production des denrées alimentaires. Enfin, l'article élaboré
par le parlement prévoyait l'interdiction de l'utilisation abusive d'éléments
fertilisants et autres produits chimiques.
Le souverain
a accepté très largement le contre-projet avec près
de 77,6% de oui et l'unanimité des cantons. Parmi ces derniers, les cantons
des Grisons, Genève, Bâle et Zurich ont été les plus
favorables au nouvel article. L'accueil le moins enthousiaste est provenu des
cantons de Schwytz, Valais et Vaud, même si, dans ces cantons également,
plus des deux tiers des votants se sont exprimés positivement.
Votation du 9 juin 1996
Participation:
31,4%
Oui: 1 086 534 (77,6%) / 20 6/2 cantons
Non: 313 874 (22,4%) / 0 canton
Mots d'ordre:
- Oui: PS, PRD, PDC, UDC (2*), PE, PL, PEP, AdI, DS (1*), PdT; Vorort,
USAM, USS, USP, UPS, VKMB.
- Non: PdL.
* Recommandations
différentes des partis cantonaux
Lors de la campagne,
les partisans du contre-projet - à savoir la quasi-totalité
des partis, les associations paysannes, écologistes et économiques
- ont souligné que le texte proposé fournissait une base constitutionnelle
aux réformes entreprises dans le secteur agricole vers plus de marché
et d'écologie. Ils ont également relevé que cet article
prenait mieux en compte les préoccupations de la population en matière
de protection de l'environnement et d'information du consommateur que ne le
faisait celui rejeté l'an dernier. Les associations paysannes ont quant
à elles argué, à l'égard de leur base, que si le
texte prévoyait le versement des seuls paiements directs écologiques,
le Conseil fédéral s'était engagé à respecter
un moratoire de cinq ans pendant lequel les paiements directs complémentaires
continueront à être versés. Les leaders paysans ont également
souligné que l'adoption de cet article permettrait de barrer la route
à l'initiative beaucoup plus extrémiste de l'Association alémanique
des petits et moyens paysans (VKMB) "pour des produits alimentaires bon marché
et des exploitations agricoles écologiques".
Pour les opposants
- principalement le parti de la liberté et la Chambre vaudoise de l'agriculture
- le contre-projet relevait au contraire d'un fondamentalisme écologiste
inacceptable qui allait bien au-delà des préoccupations des citoyens
en matière de protection de l'environnement. L'article soumis à
l'approbation des citoyens poursuivait de plus des buts contradictoires, l'importante
réglementation administrative ainsi que l'augmentation des coûts
impliquées par l'écologisation de la production étant contraires
à la volonté de rapprocher l'agriculture de l'économie
de marché. Enfin, il était irréaliste de vouloir convertir
l'ensemble du secteur primaire à un mode de production écologique,
la demande pour des produits respectueux de l'environnement n'étant pas
suffisante pour en assurer l'écoulement.
L'analyse Vox
a révélé pour sa part que le comportement de vote des partisans
avait été motivé avant tout par des préoccupations
écologistes. Dans le camp des opposants, ce seraient avant tout des motivations
d'ordre financier qui expliqueraient le refus. Par ailleurs, il semble que les
électeurs appartenant à la gauche de l'échiquier politique
aient été plus favorables au contre-projet du parlement. En revanche,
on ne saurait percevoir de différences notoires selon les caractéristiques
socio-démographiques entre opposants et partisans du nouvel article.
Le Conseil fédéral
a recommandé le rejet de l'initiative populaire "pour des produits
alimentaires bon marché et des exploitations agricoles écologiques"
déposée en 1994 par le VKMB. Selon le gouvernement, dans la mesure
où cette initiative visait à modifier l'ancien article constitutionnel
entre-temps remplacé, son acceptation signifierait la réintroduction
de l'ancienne disposition. Ceci aurait comme conséquence que des éléments
fondamentaux du nouvel article adopté en juin - tels que celui ayant
trait à la multifonctionnalité de l'agriculture - disparaîtraient
de la Constitution. L'exécutif a en outre souligné que cette initiative
risquait de soumettre le versement des paiements directs à des exigences
extrémistes (production biologique et détention en plein air)
certainement fatales à la grande majorité de la population agricole.
Enfin, la proposition de plafonner les paiements directs à 50 000 francs
et, par conséquent, de verser la même aide à toutes les
exploitations dépassant 17 hectares ne pourrait que nuire à la
création de grosses exploitations plus efficientes économiquement.
Suite à
la procédure de consultation au cours de laquelle le Conseil fédéral
a pu constater un large soutien à ses propositions, le gouvernement a
présenté son message concernant la deuxième étape
de la réforme de l'agriculture helvétique (Politique agricole
2002). Le projet gouvernemental - qui regroupe dans une loi sur l'agriculture
totalement révisée des dispositions jusqu'alors éparpillées
dans différents textes - propose le passage définitif d'une agriculture
visant à garantir l'autarcie du pays en cas de guerre à une agriculture
poursuivant principalement deux objectifs: d'une part, promouvoir
la conversion de l'agriculture helvétique à l'économie
de marché, d'autre part, assurer sa durabilité.
Au sujet du premier
objectif, c'est principalement le secteur de la production laitière qui
sera affecté. En effet, les prix et la prise en charge du lait et
du fromage ne seront à l'avenir plus garantis par l'Etat, ce dernier
limitant son soutien aux seuls paiements directs. Les paysans devront eux-mêmes
s'occuper de la commercialisation et de l'écoulement de leur production
à l'aide d'organisations privées qui remplaceront l'Union suisse
du fromage (USF) et la Butyra. Seuls le lait servant à la production
fromagère et le fromage destiné à l'exportation dans des
pays extérieurs à l'Union européenne bénéficieront
encore d'une aide. Le contingentement de la production laitière ainsi
qu'une certaine protection douanière seront par ailleurs également
maintenus afin d'éviter tout effondrement trop massif des prix. Outre
le secteur laitier, la production de blé panifiable sera aussi largement
libéralisée après une période transitoire de cinq
ans, l'obligation de prise en charge par la Confédération n'étant
plus nécessaire pour garantir l'approvisionnement du pays. Enfin, dans
les domaines des oléagineux, des betteraves sucrières, des pommes
de terre et des fruits, les réglementations seront davantage axées
sur la concurrence et plus transparentes.
En ce qui concerne
l'écologisation de la production agricole, le projet du Conseil fédéral
prévoit que les paiements directs ne seront à l'avenir versés
que si certaines prestations écologiques (assolement régulier,
bilan de fumure équilibré, surface de compensations écologiques)
auront été fournies. Le message du gouvernement précise
cependant que ces conditions n'entreront en vigueur qu'après un délai
de cinq ans, soit autour de 2003.
Le texte proposé
par le Conseil fédéral comprend également un ensemble de
mesures destinées à garantir la survie du monde agricole helvétique.
Ainsi, pour compenser la baisse des prix résultant de la libéralisation
du secteur primaire, le montant des paiements directs sera augmenté de
170 millions de francs par an jusqu'en 2002 (soit une augmentation totale de
1,2 milliard de francs). Les pertes engendrées par la baisse des prix
s'élevant à 1,9 milliard de francs, les paysans devront cependant
baisser de quelque 700 millions leurs coûts d'ici 2002 pour rentrer dans
leurs frais. Dès l'an 2000, les crédits relatifs à ces
paiements directs seront votés pour des périodes de quatre ans
afin de garantir au monde agricole un maximum de sécurité financière.
Enfin, dans le but de favoriser un regroupement des exploitations seul à
même de permettre aux paysans de dépasser des seuils critiques
de rentabilité, le projet de l'exécutif comprend des modifications
de la loi sur le droit foncier rural ainsi que de celle sur le bail à
ferme agricole [
5].
Réagissant
de manière globalement positive au message du gouvernement, l'USP
a cependant demandé que des mesures sociales supplémentaires soient
prévues. L'organisation paysanne a notamment exigé que soit
réintroduit un instrument permettant de comparer le revenu agricole avec
ceux en vigueur dans les autres secteurs de l'économie, ce afin d'éviter
que la situation économique des paysans ne soit découplée
de l'évolution de la prospérité de la société
en général. Au sujet de la libéralisation de l'économie
laitière, les leaders paysans ont demandé qu'un prix minimal soit
garanti pour le lait. Enfin, l'USP a souligné que si la libéralisation
du secteur primaire ne devait pas profiter aux seuls distributeurs, mais également
au monde paysan, celui-ci devait bénéficier d'une marge de manœuvre
entrepreneuriale plus importante ainsi que d'une baisse des coûts de production,
ce dernier point ne pouvant être réalisé que si les secteurs
économiques en amont de la production agricole étaient à
leur tour libéralisés.
Paiements directs
et fixation des prix
Le Conseil fédéral
a poursuivi sa politique tendant, d'une part, à rapprocher les prix des
produits agricoles de ceux du marché et visant, d'autre part, à
lier l'octroi de l'aide publique au respect de normes environnementales. Au
sujet des prix administrés de la production agricole, il a en effet notamment
décidé de baisser à nouveau les prix des betteraves et
des céréales. En ce qui concerne les paiements directs,
le gouvernement a décidé d'augmenter de 299 millions de francs
les crédits y relatifs. De cette somme, 209 millions de francs (total:
540 millions) seront alloués aux paiements directs pour prestations écologiques.
Seuls les 90 millions de francs restants (total: 890 millions) seront versés
aux paysans à titre de paiements directs complémentaires, ce principalement
afin de venir en aide aux producteurs touchés par la crise de la vache
folle. L'exécutif a par ailleurs précisé que le montant
de ce type de contributions augmentera encore en 1997 et 1998, respectivement
de 60 et 30 millions de francs. En revanche, dès 1999, les paiements
directs complémentaires seront plafonnés, puis progressivement
convertis en paiements directs pour prestations écologiques.
Le Conseil national
a recommandé à une très large majorité le rejet
de l'initiative "Pour des produits alimentaires bon marché et des exploitations
agricoles écologiques" déposée en 1994 par l'Association
des petits et moyens paysans (VKMB). Lors du vote, seuls les députés
écologistes, indépendants, démocrates suisses ainsi qu'une
majorité des socialistes se sont prononcés en faveur du texte,
ces derniers précisant qu'ils prendraient cependant une position définitive
en la matière une fois connu le visage final de la réforme "Politique
agricole 2002".
Rejetant par ailleurs
un contre-projet proposé par l'indépendant Wiederkehr (ZH) - jugé
présenter une version uniquement édulcorée de l'initiative
- les conseillers nationaux ont dénoncé les graves dangers
que celle-ci ferait courir à l'agriculture indigène et à
l'économie tout entière. La disparition préconisée
par les initiants de tout moyen de soutien à l'agriculture à part
les paiements directs et une certaine protection douanière fut notamment
incriminée. Selon la majorité de la grande chambre, la suppression
des soutiens aux prix agricoles et autres garanties de prise en charge au profit
des seuls paiements directs pourrait amener les agriculteurs à se désintéresser
totalement de la production et à devenir uniquement de simples jardiniers
des paysages helvétiques. Il fut également relevé que
la disparition du subventionnement des prix des produits agricoles destinés
à l'industrie agro-alimentaire se ferait sans doute au détriment
de cette branche très fortement exportatrice. Rejoignant le point de
vue exprimé par les conseillers nationaux, le chef de l'économie,
J.-P. Delamuraz, a pour sa part relevé qu'il deviendrait impossible pour
la Confédération, en cas d'acceptation de l'initiative, de prendre
des mesures de soutien telles que celles adoptées pendant la crise de
la vache folle.
Autre élément
de l'initiative à retenir l'attention des députés, la proposition
de plafonner les paiements directs à 50 000 francs et, par conséquent,
de verser la même aide à toutes les exploitations dépassant
17 hectares a suscité de vives critiques au sein des rangs bourgeois
du Conseil national. Selon ces derniers, cette disposition constituait une entrave
inadmissible à l'évolution structurelle du secteur primaire, empêchant
un regroupement des exploitations pourtant susceptible de permettre d'importantes
économies d'échelle.
Si, sur le fond,
les conseillers nationaux ont partagé l'avis négatif exprimé
par le gouvernement - lequel avait précédemment également
recommandé le rejet de l'initiative - ils n'ont en revanche pas suivi
l'exécutif sur une question plus strictement juridique. L'initiative
visant explicitement à compléter l'article constitutionnel (art.
31 bis al. 3 lett. b) remplacé entre-temps par une nouvelle disposition
(art. 31 octies), le Conseil fédéral avait estimé que son
acceptation par le peuple et les cantons équivaudrait le cas échéant
à réintroduire l'ancien article. Conformément à
l'avis exprimé par la commission de l'économie et des redevances
ainsi que par le comité des initiants défendant que le texte en
question s'appliquait désormais à la nouvelle disposition, les
conseillers nationaux ont jugé que cette solution n'était pas
conforme à l'idéal démocratique: incitant les citoyens
à rejeter l'initiative sous peine de réintroduire l'ancien article
constitutionnel désormais dépassé, elle empêchait
la libre formation de la volonté populaire.
Examinant à
son tour l'initiative du VKMB, le Conseil des Etats a, à
l'unanimité des voix, recommandé son rejet en invoquant
les mêmes griefs que ceux avancés par le Conseil national. Sur
la question juridique mentionnée ci-dessus, les représentants
des cantons ont également suivi l'opinion de la grande chambre.
Lors de sa session
d'automne, le Conseil national s'est penché sur la vaste réforme
de l'agriculture helvétique ("
Politique agricole 2002") présentée
l'année précédente par le gouvernement. Au terme d'un débat-fleuve
- non moins de 186 articles et 222 propositions d'amendement furent en effet
discutés -
la grande chambre a adopté le projet qui
lui était soumis à une majorité extrêmement étroite
(68/67) et non sans quelques modifications d'importance. Ce score très
serré s'explique par l'opposition hétéroclite qui, lors
du vote sur l'ensemble, s'est cristallisée autour de la nouvelle loi
sur l'agriculture: d'un côté, une alliance de députés
socialistes, écologistes, indépendants et du parti de la liberté
qui avaient tenté, tout au long de l'examen de détail et presque
toujours en vain, d'infléchir le texte dans le sens de plus d'écologie
et de marché; de l'autre, une large majorité des députés
romands radicaux et libéraux, qui estimaient au contraire que les contraintes
en matière d'écologie prévues par la nouvelle loi ne permettraient
pas aux paysans de faire face à la libéralisation parallèlement
introduite [
6].
Lors de l'examen
de détail, les discussions se sont focalisées principalement
sur les mesures de soutien à la production agricole, les paiements
directs et l'économie laitière. En ce qui concerne
le premier sujet, les députés eurent à examiner plusieurs
propositions roses-vertes soutenues par les indépendants et les représentants
du parti de la liberté. L'une d'elle, provenant d'une minorité
de la commission de l'économie et des redevances (CER), proposait de
réduire, dans un délai de cinq ans, les contributions fédérales
versées dans le but de faciliter l'écoulement des produits agricoles
(soutien à la promotion à l'étranger, contributions à
l'exportation, aide à l'économie laitière et végétale,
etc.) jusqu'à un montant équivalant à 25% de la somme affectée
aux paiements directs. Rejetant assez nettement la proposition, la majorité
de la grande chambre a relevé que si une réduction de l'aide à
la production était effectivement un des buts de la réforme, le
chiffre de 25% était absolument irréaliste, du moins dans un premier
temps, et ne pouvait que conduire à la ruine de l'agriculture. Argumentant
de façon similaire, les députés ont également rejeté
une proposition Baumann (pe, BE) de supprimer la possibilité pour la
Confédération d'alléger les différents marchés
agricoles en cas de crise particulière. Certains parlementaires n'ont
pas manqué de rappeler à ce sujet que sans une telle base légale,
le marché bovin aurait connu, lors de la crise de la vache folle, un
effondrement des prix encore plus important et sans doute fatal à de
nombreux agriculteurs. Enfin, le Conseil national a réservé le
même sort à une proposition du démocrate-chrétien
Kühne (SG) demandant que les différentes mesures visant à
garantir un certain revenu au monde agricole (soutien aux prix, paiements directs,
etc.) soient découplées de la situation des finances fédérales:
de l'avis d'une très grande majorité de la chambre du peuple (excepté
l'UDC), accepter cette proposition ne pouvait que constituer une provocation
pour l'opinion publique dans cette période d'austérité
budgétaire.
En ce qui concerne
les paiements directs, la grande chambre a également suivi dans
ses grandes lignes le projet du gouvernement, les conseillers nationaux refusant
à nouveau les différentes propositions roses-vertes en faveur
de plus d'écologie. Ainsi, alors qu'elle acceptait la proposition de
l'exécutif de soumettre l'ensemble des paiements directs, après
une période transitoire de cinq ans, à des exigences écologiques
minimales (production intégrée), la majorité bourgeoise
de la chambre du peuple a refusé de comprendre parmi ces dernières
- contrairement à ce que souhaitait le socialiste Gysin (BS) - la non-utilisation
d'organismes génétiquement modifiés: les députés
ont en effet estimé préférable d'attendre le contre-projet
indirect à l'initiative sur le génie génétique attendu
pour la fin de l'année, quitte ensuite à entrer en matière
sur une telle modification 5. Une proposition Wiederkehr (adi, ZH) visant à
ce que les montants versés à titre de paiements directs pour prestations
écologiques correspondent, au minimum, au tiers de l'ensemble des paiements
directs (paiements directs complémentaires, contributions pour terrains
en pente, contributions pour conditions de production difficiles, etc.) fut
elle aussi écartée: aux yeux des députés, la proportion
envisagée était totalement irréaliste au vu de la part
encore très petite des produits écologiques sur le marché
indigène. En outre, une telle disposition ne tarderait pas à devenir
totalement obsolète lorsque, dans cinq ans, l'ensemble des paiements
directs, soumis à des exigences écologiques, deviendront des paiements
directs pour prestations écologiques.
Afin d'accroître
la légitimité et la transparence de la politique menée
en la matière auprès de la population, la grande chambre a néanmoins
tenu - sur proposition de la CER et à une très large majorité
- à ce que le gouvernement fixe des
limites concernant notamment le
revenu, la fortune et la surface au-delà desquelles les paiements
directs devront être échelonnés, voire supprimés.
A cette décision s'étaient préalablement opposés
les députés bourgeois romands, selon lesquels la proposition de
la CER n'était que le résultat du chantage exercé par les
défenseurs de l'initiative "Pour des produits alimentaires bon marché
et des exploitations agricoles écologiques" (cf. supra). Estimant que
ces limites devaient pouvoir être modifiées rapidement par voie
d'ordonnance, la grande chambre a en revanche refusé une proposition
Baumann (pe, BE) de fixer dans la loi des chiffres concernant les limites de
surface [
7].
Au sujet des dispositions
relatives à l'économie laitière, les différentes
propositions du gouvernement furent elles aussi dans l'ensemble approuvées,
même si certaines furent corrigées dans le sens désiré
par le monde paysan. Les conseillers nationaux ont notamment donné leur
accord à ce que les prix et la prise en charge du lait et du fromage
ne soient plus garantis par l'Etat. Alors que le projet de l'exécutif
prévoyait que seuls le lait servant à la fabrication de fromage
et le fromage destiné à l'exportation puissent bénéficier
d'un subventionnement, la majorité bourgeoise de la grande chambre a
décidé, sur proposition du député Kühne (pdc,
SG), d'étendre ce régime de faveur au lait produit sans ensilage,
ce afin de promouvoir les productions artisanales des régions de montagne.
Soucieux de réduire à terme le coût financier important
pour les deniers publics (360 millions par an pour l'exportation de fromage;
640 millions par an pour l'ensemble de l'économie laitière), le
Conseil national a cependant tenu à ce que ces différents soutiens
soient limités à une période transitoire de dix ans.
Une proposition du socialiste Strahm (BE) de limiter à cinq ans la validité
de ces mesures fut pour sa part rejetée, la majorité bourgeoise
relevant qu'on ne pouvait passer si rapidement d'une économie planifiée
à une économie totalement libéralisée sans mettre
en danger de nombreux emplois dans l'agriculture et l'industrie agro-alimentaire.
Sur la question
plus particulière des contingents laitiers, la chambre du peuple
s'est également montrée soucieuse de ne pas porter préjudice
aux intérêts des paysans. Alors que le projet du gouvernement prévoyait
de ne pas indemniser les producteurs en cas de réduction des contingents,
le Conseil national a opté pour une solution inverse: à l'argumentation
des députés roses-verts et du chef du DFEP selon laquelle un dédommagement
ne pouvait se justifier puisque les contingents ne constituaient nullement un
droit à produire, mais découlaient uniquement d'une autorisation
susceptible comme telle d'être annulée ou restreinte, la majorité
de la grande chambre a répliqué qu'un tel système inciterait
les paysans à réduire leur production. Le Conseil national a en
outre refusé une proposition Fässler (ps, SG) demandant d'interdire
la location ou la vente de contingents entre producteurs. Alors que les
partisans de la proposition socialiste rappelaient que le commerce de contingents
donnait lieu à des rentes de situation inacceptables largement à
l'origine du refus populaire en 1995 de l'arrêté laitier, la majorité
du plénum a pour sa part estimé que de tels transferts étaient
indispensables aux producteurs pour être à même d'adapter
leurs contingents à leur situation de production.
Parmi les autres
questions traitées par la loi (production végétale, viticulture,
formation professionnelle, recherche agricole, etc.), seules les dispositions
relatives à la production animale et à l'utilisation des matières
auxiliaires dans l'agriculture firent encore l'objet de passes d'armes entre
les partisans et les opposants d'une écologisation et d'une libéralisation
plus poussées de l'agriculture. Au sujet de la production animale,
le socialiste Gysin (BS) tenta en vain de supprimer le fonds de réserve
destiné à alléger le marché de la viande en
cas d'excédent temporaire. La grande chambre estima en effet que ce secteur
de l'agriculture, d'ores et déjà très libéralisé,
ne pouvait se passer d'un tel instrument, indispensable en cas d'effondrement
des prix. Le Haras fédéral d'Avenches (VD) fut également
au centre des critiques des députés roses-verts, qui voulaient,
par souci d'économie, que la Confédération se désengage
totalement de son exploitation. De l'avis que les réformes réalisées
(privatisation partielle) avaient d'ores et déjà permis de substantielles
économies, la chambre du peuple a préféré s'en tenir
à la copie de l'exécutif, certains parlementaires ne manquant
pas d'ajouter que la participation financière de l'Etat était
nécessaire à la poursuite de l'élevage de la race des chevaux
des Franches-Montagnes.
Au sujet de l'
utilisation
des matières auxiliaires, les représentants socialistes proposèrent
d'
interdire l'utilisation d'antibiotiques comme stimulants de croissance,
dangereux à leurs yeux notamment pour la santé de l'être
humain. Peu, voire pas du tout convaincue de l'existence d'un tel danger, une
très courte majorité de députés rejeta la proposition,
arguant par ailleurs que l'interdiction de ce genre de substances rendrait impossible
tout accord avec l'UE en matière agricole. Proposant d'introduire une
taxe frappant les engrais minéraux et les excédents d'engrais
de ferme, le socialiste Ledergerber (ZH) se heurta lui aussi au refus de
la grande chambre: de l'avis des conseillers nationaux, un tel impôt ne
pouvait que défavoriser l'agriculture indigène face à une
concurrence internationale moins soucieuse d'environnement. De plus, la nouvelle
loi permettait d'ores et déjà d'atteindre le but poursuivi par
la proposition, les paiements directs n'étant versés, après
une période transitoire de cinq ans, qu'à condition de renoncer,
du moins partiellement, à l'utilisation de ce genre de produits [
8].
Suite à
l'adoption par le Conseil national de la nouvelle loi sur l'agriculture, l'
Association
des petits et moyens paysans (VKMB),
franchement mécontente
de la mouture adoptée par la chambre du peuple, a fait savoir qu'il ne
saurait être en l'état question de retirer son initiative "Pour
des produits alimentaires bon marché et des exploitations agricoles écologiques"
(cf. supra). Enjoignant le Conseil des Etats à corriger le tir, l'association
suisse alémanique a notamment demandé à ce que des
modifications
soient apportées
en ce qui concerne le soutien à la production
(suppression sur dix ans des interventions étatiques)
et les conditions
d'octroi des paiements directs. Au sujet de ces dernières, le VKMB
a exigé que la non-utilisation d'organismes génétiquement
modifiés et d'antibiotiques ainsi que la détention contrôlée
d'animaux en plein air figurent également parmi les exigences prévalant
lors du versement des paiements directs. Des limites en matière de revenu
et de fortune devront de plus figurer dans la loi: à partir de 80 000
francs de revenu ou de 800 000 francs de fortune, les contributions devront
être réduites, les agriculteurs au bénéfice de revenus
dépassant les 120 000 francs ou d'un patrimoine supérieur à
1 million de francs devant quant à eux être exclus de tout versement
[
9]. Le montant des paiements directs devrait par
ailleurs être plafonné à 55 000 francs pour une exploitation
de plaine. Si ces changements ne sont pas introduits, l'initiative sera maintenue
et servira en quelque sorte de référendum constructif contre la
nouvelle loi sur l'agriculture [
10].
Compris également
dans le message du gouvernement relatif à la "Politique agricole 2002",
les projets de modification de la loi sur le
droit foncier rural et de
celle sur le
droit de bail à ferme agricole ont été
adoptés à une large majorité par le Conseil national lors
de sa session d'hiver. Soucieuse de faciliter le regroupement d'exploitations
plus efficientes économiquement, la grande chambre a en effet approuvé
les différentes propositions assouplissant les dispositions qui régissent
l'acquisition des exploitations agricoles. Seuls la gauche et les écologistes
se sont opposés aux modifications prévues, craignant une dérive
vers des exploitations surdimensionnées et ne correspondant plus au modèle
traditionnel de l'exploitation familiale. Certains parlementaires bourgeois
se sont étonnés du conservatisme des députés roses-verts,
si enclins sur d'autres points à prôner une réforme en profondeur
de l'agriculture[
11].
Paiements directs
et fixation des prix
Le Conseil fédéral
a augmenté de 107 millions de francs les montants affectés
aux paiements directs écologiques (total: 647 millions). Les paiements
directs complémentaires restent eux au niveau de 1996 (890 millions).
En ce qui concerne les prix administrés, le gouvernement a renoncé
à baisser les prix du blé panifiable. Cette décision devrait
rapporter près de 40 millions au monde paysan. La production de pommes
de terre devra quant à elle se frotter aux lois de l'offre et de la demande.
Réagissant aux mesures prises, l'USP s'est déclarée déçue.
Elle a notamment regretté que le gouvernement ne prenne pas de mesures
supplémentaires en faveur des producteurs de bétail, fortement
touchés par la crise de la vache folle.
Le peuple suisse
a rejeté en septembre l'initiative «pour des produits alimentaires
bon marché et des exploitations agricoles écologiques» lancée
par le VKMB (Association des petits et moyens paysans) et à laquelle
les chambres fédérales, le gouvernement et la majorité
des partis politiques s'étaient fermement opposés. Plusieurs organisations
écologiques avaient même décidé de ne pas la soutenir.
Il faut dire que les autorités mettaient simultanément sous toit
le concept de «Politique agricole 2002» qui abondait dans le même
sens, mais de façon plus mesurée. Seuls les Démocrates
suisses et le Parti écologiste suisse ont combattu pour l'acceptation
du projet, le PS préférant pour sa part laisser la liberté
de vote. Déposée en 1994, cette initiative demandait notamment
que la tendance à la libéralisation du marché soit
accentuée et que les paysans se reconvertissent à
une agriculture plus écologique. Pour les inciter à faire
le pas, le projet prévoyait que la politique des revenus paysans ne soit
plus réalisée qu'à l'aide de paiements directs d'un maximum
de 50 000 francs par exploitation, à condition que soient utilisées
des méthodes respectueuses de la nature et des animaux. Quant aux mesures
de protection contre les produits étrangers, elles auraient désormais
été limitées aux simples droits de douane.
Cette initiative
a provoqué une véritable levée de boucliers chez la
grande majorité des agriculteurs. Un peu partout dans la campagne
suisse on a vu apparaître des calicots ou des NON géants construits
avec des bottes de paille. Le monde paysan, malgré des moyens financiers
trois fois moins importants – selon les chiffres articulés dans la presse
– que ceux des initiants soutenus par la maison Denner, a conduit une campagne
extrêmement active. Au fil des mois précédant la votation,
les écologistes et le président du PES Ruedi Baumann en tête
se sont peu à peu distancés du grand distributeur, revenant même
sur des déclarations de ce dernier. L'initiative a finalement été
largement rejetée par 1 793 591 non (77%) contre 535 873 oui (23%), ainsi
que par la totalité des cantons. La Suisse romande avec cinq cantons
(VD, JU, VS, FR, NE) dépassant les 80% de non et la Suisse centrale avec
quatre cantons (OW, NW, SZ, LU) ont été particulièrement
vigoureuses dans leur refus.
Votation du 27 septembre 1998
Participation:
52%
Oui: 535 873 (23,0%) / 0 canton
Non: 1 793 591 (77,0%) / 20 6/2 cantons
Mots d'ordre:
– Oui: PES (1*), DS (1*), Lega.
– Non: PRD, PDC, UDC, PL, AI (1*), UDF, PdL, PEP, PCS, Vorort, USP, USAM,
FSE.
– Liberté de vote: PS (5*).
(* Recommandations
différentes des partis cantonaux.)
L'analyse Vox a
mis en évidence que l'initiative n'avait trouvé un écho
favorable au sein d'aucune catégorie spécifique de la population.
Les sympathisants du PDC, de l'UDC et du PRD ont suivi largement la consigne
de vote négative de leur parti, alors que les sympathisants du PS ont
également rejeté l'initiative, mais plus faiblement. C'est sur
la gauche de l'échiquier politique que l'initiative a recueilli le plus
de voix. Les caractéristiques socio-démographiques habituelles
(âge, sexe, formation, salaire, résidence, région linguistique,
etc.) ne permettent pas d'expliquer le comportement de vote. Parmi les personnes
ayant voté oui, c'est l'argument de soutien aux petits paysans qui est
le plus entré en ligne de compte pour la prise de décision. Par
contre, le fait que l'entreprise Denner ait soutenu l'initiative semble avoir
nui à celle-ci. Pour ce qui est des motivations des non, c'est le soutien
aux paysans en général qui est ressorti du sondage. Une large
frange des opposants a aussi exprimé qu'elle préférait
la politique des autorités fédérales en la matière.
Une analyse statistique mesurant le poids relatif des arguments a, en fin de
compte, montré que les votants étaient restés sceptiques
face à l'initiative et que c'était surtout les arguments «contre»
qui avaient convaincu.
Le nouveau concept «Politique agricole 2002» a continué
en 1998 son parcours devant les chambres fédérales. Le Conseil
des Etats est entré en matière sans opposition en tant que deuxième
chambre sur la loi fédérale sur l'amélioration de l'agriculture.
S'agissant de l'examen de détail, il a apporté quelques 58 modifications
à la version du Conseil national, revenant dans l'ensemble à une
vision moins protectionniste de l'agriculture et plus proche des règles
du marché et de l'écologie.
Dans ses corrections
les plus importantes, la petite chambre a jugé tout d'abord que les enveloppes
budgétaires votées par le parlement pour une période
de quatre ans doivent être contraignantes. A savoir que contrairement
à ce qu'avait désiré le Conseil national, le Conseil fédéral
n'a pas la possibilité de transférer des crédits au sein
d'une enveloppe budgétaire globale. Ainsi, des fonds destinés
aux paiements directs ne peuvent, par exemple, pas être engagés
pour des mesures de soutien du marché. Autre rectification de taille
apportée par les sénateurs: dans un délai de cinq ans après
l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, les mesures de soutien au
marché diminueront d'un tiers, ce qui représente une économie
de quelques 400 millions de francs sur les 1200 millions affectés à
cet usage en 1998. Concernant l'économie laitière, les conseillers
aux Etats sont revenus sur une modification du projet du gouvernement effectuée
par le National quant à une éventuelle réduction des
contingents laitiers rendue nécessaire par une adaptation au marché.
Une telle réduction ne donne, selon eux, pas droit à une indemnisation.
Par contre, un supplément versé aux producteurs qui fabriquent
du fromage sans ensilage a été maintenu par 22 voix contre 15,
conformément à la volonté de la première chambre,
mais contre l'avis du Conseil fédéral. Sur le plan des paiements
directs, une proposition socialiste de la minorité de la commission
de l'économie et des redevances (CER) de réduire les paiements
directs à partir d'une fortune imposable de 700 000 francs ou d'un revenu
de 80 000 francs a finalement été retirée et à l'opposé,
la tentative des protectionnistes de maintenir des prix-seuils garantis
par la Confédération a également échoué.
C'est finalement à l'unanimité (27 voix) que le Conseil des Etats
s'est prononcé en faveur de l'ensemble du projet et l'a transmis à
la chambre du peuple.
A ce stade de l'élimination
des divergences, la CER a proposé au Conseil national d'adhérer
à 38 modifications, de camper sur sa position initiale pour 8 autres
et de rectifier à son tour 12 points modifiés par le Conseil des
Etats. Concernant les points sensibles, la grande chambre s'est rallié
à ce dernier sur la diminution d'un tiers en cinq ans des mesures
de soutien au marché. Des propositions de la gauche de réduire
celles-ci de moitié, voir complètement à terme, n'ont pas
trouvé grâce devant l'assemblée. La majorité a estimé
nécessaire de prévoir une phase de transition suffisante pour
s'adapter aux nouvelles structures, mais n'a pas désiré non plus
en faire davantage que les pays de l'UE qui pratiquent également des
mesures de soutien au marché. Le Conseil national n'a pas non plus suivi
l'avis du gouvernement et de la petite chambre sur le sujet des contingents
laitiers par 71 voix contre 60, n'entérinant pas la possibilité
pour le Conseil fédéral d'exclure des transferts les contingents
qui ne sont pas utilisés et de les réduire en cas de besoin. Sur
le thème des paiements directs, il a confirmé la version du Conseil
des Etats qui a apporté une exigence supplémentaire à l'octroi
de ces paiements, à savoir des conditions de détention convenables
pour les animaux de rente. Par contre, le Conseil national s'est opposé
à l'attribution d'une enveloppe budgétaire pour une période
de quatre ans qui ne permette pas au Conseil fédéral d'opérer
des transfert de crédits entre différents secteurs. Il a également
refusé par 82 voix contre 55 de suivre la chambre des cantons via une
proposition de minorité Schmid (udc, BE), se prononçant pour une
attribution de contributions écologiques qui concerne toutes les exploitations.
Enfin, le Conseil national s'est déterminé en faveur de la minorité
Binder (udc, ZH), qui désirait inscrire dans la loi l'obligation de
prouver que la viande importée provient d'animaux affouragés sans
antibiotiques comme stimulateurs de performance.
Il a fallu ensuite
encore deux lectures devant le Conseil des Etats, une devant le Conseil national
et une conférence de conciliation pour éliminer les dernières
divergences. Concernant l'attribution d'une enveloppe budgétaire, c'est
finalement la version plus stricte de la chambre des cantons qui l'a emporté.
Sur les contributions écologiques, toutes les exploitations pourront
en bénéficier, mais sous certaines conditions. Sur la question
des contingents laitiers, la chambre du peuple s'est aussi ralliée
à la vision initiale du gouvernement. A propos du thème des matières
auxiliaires de l'agriculture, il a finalement été retenu que l'importation
de celles-ci devait être libre. Quant à l'importation de viande
produite sans antibiotiques, c'est en fin de compte la version plus souple
du Conseil des Etats qui a prévalu, ceci afin d'éviter une interdiction
totale d'importation pour certains produits qui aurait pu conduire à
une violation des traités internationaux. Le Conseil national a finalement
accepté la loi fédérale sur l'amélioration de l'agriculture
par 102 voix contre 48 (PS et Verts) et 20 abstentions. Le Conseil des Etats
a fait de même à l'unanimité.
Le passage d'une
agriculture sous contrôle étatique à une situation plus
proche de l'économie de marché est mise en évidence par
la diminution du nombre d'ordonnances d'application de 106 à 56. Dans
le secteur du lait notamment, le nombre d'articles fond de 831 (1989) à
176 (1999) et sera finalement de 133 en 2003.
Deux projets de
modification de loi compris dans le message du gouvernement relatif à
la «Politique agricole 2002» se trouvaient également devant
le parlement en 1998. L'objectif commun de ces deux projets était d'assouplir
certaines mesures de politique structurelle et d'accorder ainsi une plus grande
autonomie aux agriculteurs dans la gestion de leur entreprise. Celui concernant
la loi fédérale sur le droit foncier rural a finalement
été accepté par le Conseil national sur le score de 114
voix contre 57 (PS et Verts) et à l'unanimité par le Conseil des
Etats. L'autre modification concernant la loi fédérale sur
le bail à ferme agricole a été adoptée en vote
final par 119 voix contre 55 dans la chambre basse et à l'unanimité
dans la chambre des cantons.
Consécutivement
à l'adoption de la nouvelle loi sur l'agriculture qui entre en vigueur
le 1er janvier 1999, le gouvernement a présenté son message sur
l'enveloppe budgétaire de 14 milliards de francs qui couvrira
les dépenses agricoles pour une période de quatre ans (2000-2003).
Les paiements directs constituent la plus grosse partie de ce crédit-cadre
avec 9,5 milliards, suivent les indemnités de soutien au marché
avec 3,5 milliards et l'amélioration des conditions de production avec
un milliard. Cette somme devrait couvrir les 95% des dépenses de l'Office
fédéral de l'agriculture selon le conseiller fédéral
Pascal Couchepin. Seuls ne sont pas compris dans cette enveloppe les coûts
du personnel et des stations de recherche agricole. En moyenne, les dépenses
consacrées à l'agriculture pendant cette période seront
donc de 3,5 milliards de francs par année, ce qui correspond à
la situation de l'année 1998. Le seul poste qui a été significativement
réduit est celui concernant la production et l'écoulement où
400 millions seront supprimés, comme l'avaient décidé les
chambres fédérales dans la nouvelle loi. C'est l'économie
laitière qui est principalement touchée par cette mesure, conséquence
des accords du GATT interdisant les subventions à l'exportation et autres
prises en charges. Selon l'USP, la somme de 14 milliards constitue un minimum
absolu.
Paiements directs
et fixation des prix
Conséquence
de la nouvelle politique agricole 2002, l'attribution de paiements directs sera
désormais destinée uniquement aux exploitations s'étant
converties à la production intégrée. A partir d'un revenu
imposable de 80 000 francs, les paiements directs seront réduits. Ils
ne devront pas non plus conduire à un revenu dépassant 120 000
francs. Dans la même optique, les paysans disposant d'une fortune imposable
de plus d'un million de francs ne pourront pas bénéficier de cette
manne fédérale, pas plus que ceux qui possèdent une exploitation
supérieure à 90 hectares ou plus de 135 unités de gros
bétail.
1
Cette formule occasionnerait forcément des dépenses supplémentaires
pour la Confédération. Par exemple, c'est une somme de 200 millions
de francs par an qu'il faudrait trouver dans le cas d'une augmentation de 4% du
revenu paysan sous forme de paiements directs. Pour résoudre ces problèmes
financiers, la commission a recommandé, soit d'utiliser les fonds de la
caisse fédérale, de taxer certains engrais, de taxer les denrées
alimentaires importées qui seraient produites selon des méthodes
nuisibles pour l'environnement ou d'étendre la TVA à ces celles-ci.
2
En principe, les paysans de plus de 65 ans et ceux dont le revenu est supérieur
à 150 000 francs devraient être exclus.
3
La décision sur le financement des paiements directs a permis au CN de
ne pas donner suite à l'initiative parlementaire Rychen (udc, BE).
4
Il est à noter également que le Vorort, lors de sa prise de position
en faveur du projet, a mis en garde les citoyens que le rejet de ce dernier pourrait
conduire les paysans à se retourner contre les accords du GATT, au sujet
desquels un référendum était alors pendant.
5
Il est à relever en outre que la libéralisation de la production
de blé panifiable prévue par le projet du gouvernement devra être
soumise à l'approbation du souverain, cette mesure impliquant une modification
constitutionnelle. Enfin, au sujet des conséquences financières
de la réforme, il faut souligner que l'abandon de la garantie de la prise
en charge de la production agricole permettra une économie de 500 millions
de francs de sorte que, compte tenu de l'augmentation des paiements directs, la
facture nette sera de quelque 700 millions de francs en 2002 pour les finances
fédérales. Les consommateurs devraient pour leur part économiser
quelque 1,4 milliard de francs d'ici 2002.
6
Lors du débat d'entrée en matière, le groupe libéral
a en vain proposé, pour ces mêmes raisons, de renvoyer au gouvernement
le projet de loi avec comme mandat d'examiner les mesures à même
de diminuer les coûts de production de l'agriculture. Le CN a par ailleurs
également rejeté une proposition de renvoi en commission du socialiste
Hubacher (BS). Ce dernier estimait que le nombre très élevé
de propositions d'amendement devait être préalablement réduit
au sein de la CER.
7
L'écologiste bernois aurait voulu que seules les exploitations s'étendant
sur moins de 25 hectares touchent l'intégralité des contributions,
les exploitations entre 25 et 50 hectares et celles de plus de 50 hectares ne
recevant respectivement que 50% et 0% de l'aide étatique. Interrogé
sur ce point, le chef de l'économie a laissé entendre que l'ordonnance
d'exécution comprendrait des chiffres plus généreux (<30
ha: 100%; 30-60 ha: 50%; 60-90 ha: 25%; >90 ha: 0%).
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Lors des débats sur la réforme agricole, le CN a également
adopté un postulat de la CER invitant le CF à intégrer la
formation professionnelle des agriculteurs au sein du projet de révision
de la loi sur la formation professionnelle
9
Lors des débats au CN, J.-P. Delamuraz s'est engagé à fixer
dans l'ordonnance des limites plus élevées: 100 000 et 200 000 francs
pour le revenu; 1 et 2 millions de francs pour la fortune.
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La menace du VKMB quant au maintien de son initiative semble par ailleurs avoir
été entendue, du moins en partie, par la commission du CE, cette
dernière optant pour d'importantes modifications par rapport au projet
adopté par le CN. Parmi celles-ci, la CER propose notamment que les contributions
versées à titre de soutien à la production soient réduites
d'un tiers d'ici 2004. La suppression du supplément versé pour le
lait produit sans ensilage, celle du dédommagement en cas de réduction
des contingents laitiers ainsi que l'interdiction de l'utilisation des antibiotiques
font également partie des suggestions de la commission. Saluant les concessions
faites, le VKMB a cependant jugé le projet de la CER encore insuffisant.
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. Figurant elle aussi dans le "paquet" de la réforme agricole, la modification
de loi sur les épizooties a également été adoptée
par le CN. La révision a pour objectif l'introduction d'un système
d'identification et d'enregistrement des animaux à même d'améliorer
l'information sur la provenance des bêtes.